I : Le commencement

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La lune régnait toujours en maître, lorsqu'une personne soutira brutalement Hestia de son sommeil. Elle reçut quelques coups sur l'épaule, ce qui l'a fit grogner avec mépris. Son corps mou s'était retourné avec nonchalance dans sa couche. Elle exprima son mécontentement par un râle. Sans s'en rendre compte, elle poursuivit son rêve. Un rêve étrange.

- Hestia, Hestia...

L'individu persista à la secouer tel un arbre à fruit. S'il continuait de la sorte, c'était une pêche qu'il allait recevoir.

- Réveille-toi ! Nous avons un problème...

Le seul problème pour l'instant était l'insistance de l'individu. La jeune fille finit par ouvrir ses grands yeux. Ils avaient la couleur des ténèbres bleutés, les reflets de lumières dans ceux-ci étaient des éclats tranchants de violet. Sa vision demeurait floue. Elle distinguait dans l'obscurité les courbes d'un homme de moyenne taille. Elle battait des paupières pendant quelques instants. Son rêve s'évapora aussi vite que sa mauvaise humeur lorsqu'elle aperçut Côme, son cousin. Il affichait malgré lui un air terrifié, ce qui déformait son visage constellé de taches de son.
Elle repoussa en hâte sa couverture et questionna son cousin des yeux. Les cheveux blonds de Côme étaient incroyablement bien peignés, il lui lança un long regard soutenu. Rien de cette situation n'était coutumier.

- Dépêche-toi à te vêtir, ta présence est requise immédiatement dans l'orangerie.

Ce sont les seuls mots qu'il lui adressa avant de tourner les talons, et de disparaître de sa chambre.

L'orangerie était le nom donné à une serre de la demeure. De grands cerisiers et étendues vertes poussaient sous des vitraux, qui remplissaient chaque jour la salle de milliers de couleurs. Habituellement, les invités importants étaient reçus au centre de cette orangerie. Cela provoquait toujours de l'admiration chez les visiteurs. Mais l'implication de ce lieu à un moment aussi inattendu, signifiait qu'il se passait quelque chose de grave... La présence d'Hestia avait toujours été évincée de chaque événement.  Si elle devait paraître aujourd'hui, elle était dans l'obligation de se montrer impeccable, à la hauteur du titre qu'elle endossait depuis sa naissance.

Elle repoussa machinalement la masse de ses cheveux en arrière. Le tract lui donnait l'envie de se gratter les mains. Hestia savait au plus profond d'elle que n'importe quel rêve qu'elle avait pu réaliser cette nuit, il devait être certainement mieux que ce qu'il l'attendait en dehors de sa chambre. Elle jeta un coup d'œil circulaire à la pièce et observa l'accumulation de sa passion. Entre ces quatre murs tenait plus de deux cents bouquins, tous avaient des reliures parfaitement lisses, comme s'ils n'avaient jamais été lus. Pourtant, Hestia pouvait raconter leur contenu par cœur.
La jeune fille n'était jamais sortie hors du temple, sa demeure. Sa vie se limitait à sa chambre, le salon et la salle de bain. Sa seule évasion se figurait donc dans les livres, elle imaginait vivre de folles aventures à la place des protagonistes. Ce qui combla le temps d'une lecture la solitude qu'elle ressentait quotidiennement. Elle détacha doucement son regard de ses bouquins et se leva sans attendre.
Il était temps d'y aller.

Après une très courte marche, elle arriva d'un pas lourd vers la serre, avec un mauvais pressentiment qui se laissait voir sur ses mains. Celles-ci étaient devenues toutes rouges sous ses coups de griffes, elle ne se rendait même pas compte de l'état de celles-ci, tant elle était absorbée par ses pensées.
Le cœur de la demoiselle s'accéléra lorsqu'elle aperçut son cousin.

Côme l'attendait devant les portes massives que surveillaient deux soldats au regard sévère. Vêtu de son plus bel habit, son cousin demeura campé contre le mur. Il tapait du pied avec impatience. Son inquiétude forma un affreux pli à son front, il semblait avoir pris cinq ans en quinze minutes.

HestiaWhere stories live. Discover now