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(Sunrise in Asgardstrand, Edvard Munch)

Il y a un moment maintenant, j'avais rêvé que nous
étions parti en vacances ensemble. Je ne sais pas où l'on était, mais j'avais la vague impression que tu connaissais bien les environs. Tout était décousu, comme le montage des vieux films de famille capturés par caméscope et dont les cassettes prennent la poussière, naufragées dans des tiroirs qu'on n'ouvre jamais. Plus personne ne les touche ni ne les regarde, mais ces souvenirs restent insubmersibles à la surface de nos cœurs, parfois agités par les flots de nos lointains regrets.

Nous étions installés dans une charmante maison de campagne, non loin de la mer. À peine un pied posé dehors que le sable se frayait déjà un chemin dans le sillon de nos orteils. Le Soleil illuminait sans relâche la berge déserte. Au loin, au sommet des vagues qu'on voyait se heurter avec hargne contre de robustes étocs, apparaissaient des halos blancs, semblables à des perles nacrées. Le spectacle était délectable, le climat délicat. Il faisait délicieusement chaud, mais pour ce qui est du feu que je ressentais au creux de moi, je ne pourrais dire si il était davantage causé par la présence infinie du Soleil ou de la tienne.

Plus tard, nous nous étions reposés dans une clairière verdoyante bordée par un champ de lavande. Les majestueux cyprès, nos seuls témoins, s'offraient à l'Olympe et leurs feuilles émeraudes, par moment, frétillaient en rythme sous l'effet de la brise rafraîchissante.
Ta tête reposait sur mes cuisses, ma main droite jouait distraitement avec tes cheveux indisciplinés. Tu étais sur le dos, les yeux fermés et ton visage tourné vers moi, une main posée sur ma robe blanche. Ton expression paisible et ta respiration lente et profonde m'indiquèrent que tu avais succombé à l'étreinte de Morphée. De cet instant je n'ai le souvenir que de toi, de l'ombre de tes cils sur tes joues rosies par la chaleur, du zéphyr qui te berçait silencieusement, de ta présence céleste et infinie qui aurait pu faire pâlir l'éclat de la grande étoile.
Les alentours étaient déserts, il n'y avait personne pour nous déranger, rien pour nous perturber. Nous étions seulement deux sur Terre. Juste toi et moi, l'un pour l'autre, moi pour toi et toi pour moi.
Dans cet Éden mon esprit n'était pas asservi par mes habituelles inquiétudes. J'étais apaisée par ton rayonnement calme, ton aura bienfaitrice m'était essentielle pour apaiser mon âme en peine. J'aurais pu m'assoupir à tes côtés, mais je tirais un repos suffisant à observer ton corps étreignant le mien.
Finalement nous partimes sous l'étiolement du Soleil, qui s'effaçait peu à peu dans l'immensité du ciel. À l'azur se mêla du carmin, du céladon et du cyclamen. Au rythme de nos pas un tableau irisé se peignait au dessus de nous, mais bientôt, les couleurs laissèrent place au firmament et à son obscurité étoilée.

Une fois réveillée, ce flot onirique me noya dans un sentiment d'incomplétude dont je me serais bien passée : c'était un souvenir que je n'avais jamais vécu mais que j'enviais profondément. Je songeais à tout ces moments, fine écume qui disparaît dans les flots infinis de la mer. Je songeais au Soleil, qui nous avait brûlé l'épiderme, à l'eau salée qui nous avait irrité les yeux, au sable qui s'était faufilé dans tous les plis de nos vêtements. Mais c'est ton corps contre le mien, tes yeux posés sur moi, ta voix profonde, ta présence azurée, ton aura caressante, rassurante, enivrante, qui me manquaient plus que tout au monde.

Finalement, j'en étais venue à cette conclusion douloureuse : Pour te voir je dois fermer les yeux.

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⏰ Dernière mise à jour : Mar 09, 2020 ⏰

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Mirage Marin Où les histoires vivent. Découvrez maintenant