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Nous portions des masques sur le visage, et l'espoir dans nos cœurs, pour cacher nos identités et guider nos pas.

Dans la rue, nous clamions notre amour de la liberté.

Mais nous n'étions personne... rien que quelques rêveurs qui ne voulaient plus être asservis. Demain ils oublieraient nos voix et nos slogans, ils se souviendraient des casseurs et bien vite, ne se rappelleraient même plus de notre engagement.

Nous osions pourtant rêver d'un grand changement, une révolution comme en 1789 ou même en 68 ; quelque chose de grand, quelque chose qui change.

Quelque chose qui mérite qu'on s'en souvienne et qui nous fasse entrer dans l'histoire.

Alors nous marchions, des centaines de corps dressés contre ce que nous combattions, le double de bras ouverts à ce changement si précieux à nos milliers d'yeux.

Et le feu de l'espérance brûler si vivement en chacun de nous...


Comment avait-on pu croire que ce feu brûlerait tout mais nous laisserait indemne ?


Les rues étaient si pleines et tous ensemble, nous ne faisions plus qu'un.

Unis pour tout changer, nous avancions et à chaque pas, l'espoir nous consumait un peu plus.

C'était grisant de se sentir puissant, parce que l'espace d'un instant, nous nous sentions invulnérable, immortel, et indomptable.

Nous étions puissants, si puissants.

Nous avions le pouvoir de tout faire, la chance de tout changer.

Il le fallait !

Notre espoir était si beau.


Et notre mouvement si violent.

Nous avions bien compris que tous les grandes choses se passaient dans le sang.

Nous étions prêt.

Prêt à tout sacrifier pour tout changer.

Notre combat en valait la peine.

N'est-ce pas ?

Alors nous marchions tant que nous le pouvions, des barricades de fortune nous protégeaient des pluies de balles ennemies et nous rendions coup pour coup.

Les décombres sur notre passage, chaque pas destructeurs que nous faisions nous rapprocher de notre espoir.

Et c'était si beau d'espérer.


Les blessures étaient sublimées par ce besoin que nous ressentions tous.

La douleur ne pouvait rien contre nous.

Nous ne cesserions jamais d'avancer.

Et peut-être que si nous continuions, même en rampant, alors peut-être que nous ne serions pas oubliés.

La guerre était dans nos rues depuis si longtemps de toute façon.

Ils l'avaient mise à nos portes, sous nos fenêtres pour que nous restions enfermés.

« Restez là sans bouger, votre routine vous protège, alors travailler et laissez nous vous distraire avec la peur pendant que nous contrôlons vos vies »

Mais la peur ne nous avait pas cloîtré chez nous.

Debout par millier, nous rêvions seulement qu'ils voient ce qu'ils avaient provoqué.

Et qu'ils paient.


La joie brûlait en chacun de nous comme nous avancions, toujours plus déterminés.

Le bruit des balles se mêlait à l'odeur de la poudre.

Et nous avancions toujours.

Tant que nous marchions, nous avions une chance de vaincre.

Nous étions si nombreux.

Ils ne pouvaient pas tous nous arrêter.

Pour un qui posait un genoux à terre, une dizaine venait le relever.

Et nous ne cessions de nous rapprocher de leur forteresse !

C'était si soudain, si inespérée d'arriver jusque là.

Nous nous battions si fort et si gaiement, sous nos masques, nos sourires étaient sincères.

Nous avions tous les âges, tous les visages.

Et nous ne faisions qu'un dans ce combat vers la liberté.

Et ensemble nous criions tous ses endroits où nous écririons son nom, nous hurlions notre rage et notre joie, nous pleurions l'émotion de la victoire.

Nous étions né pour la connaître, nous étions né pour la nommer.

Nous étions des héros modernes, des révolutionnaires, ceux qui changeraient le monde pour le rendre meilleur et nous marchions dans les traces de ceux avant nous qui avait mené eux aussi un tel combat.

Ils avaient vaincu.

Et nous allions vaincre.

Nous le croyions si fort.

Nous avancions et ça devenait évident.

Les choses allaient changer, nous ne serions pas oublier.

Et bientôt, nos slogans seraient scandés partout, ils résonneraient dans les rues et dans les cœurs comme la promesse d'un monde qui aurait des valeurs, et nos voix seraient entendues et l'on suivrait nos pas pour affirmer que nous n'étions pas les seuls rêveurs dans ce monde de fous.


Mais ces cris qui retentissaient parmi nos rangs était-ils vraiment ceux des vainqueurs ?

Alors que nous touchions au but, un doute me fit frissonner alors que l'odeur du sang venait entraver mon enthousiasme.

Je me retournais pour voir nos troupes et retirais mon masque avec fierté.

Terrorisée.

Tandis que des fusils qui n'étaient pas amis pointaient dans notre direction.


Nous rêvions si fort d'une révolution et nous finissions dos au mur, des communards modernes aux portes du Père Lachaise.

Pourtant notre espoir était si beau.

Et tandis que nous mourrions, sans masque et sans espoir, le seul cri que nous entendions était celui des canons qui faisaient taire notre amour de la liberté.

Et nous n'étions personnes... rien que quelques rêveurs que l'on oublierait.

Nous n'étions personneStories to obsess over. Discover now