Dans les alentours de Saint-Chély d'Apcher, une nuit du mois de Novembre :
Les phares de l'Audi Q5 transpercent la nuit, sur le chemin caillouteux qui mène dans la forêt. Le véhicule s'arrête près d'autres voitures qui sont déjà garées. Les phares au xénon rajoutent une teinte de lumière bleutée à celle des énormes spots qui éclairent les lieux. Le cordon de sécurité est déjà en place et les experts en combinaison blanche font les premières constatations pendant que d'autres recherchent les indices. Le médecin légiste est présent, lui aussi. Il est affairé sur le corps, au sol.
La porte de la voiture s'ouvre lentement et un pied se pose au sol, puis un deuxième. Et enfin, la férule d'une canne. Un corps s'extrait de l'automobile. C'est un homme d'une quarantaine d'années, grisonnant, les yeux clairs, la barbe de plusieurs jours. Il ferme la porte et se dirige vers les chattertons en claudiquant, s'appuyant sur la crosse Derby de l'orthèse. Il présente une carte au gendarme en faction devant le cordon. Ce dernier le salue militairement et lui soulève la barrière souple. L'homme se dirige vers la scène de crime en boitant.
La nuit est sombre et froide. Le conducteur de l'Audi est emmitouflé dans une gabardine noire, un chapeau de gardian de couleur noire sur la tête, des gants de cuir noir. Il porte également une paire de jeans noire et des bottines noires. Malgré cela, on voit la buée qui s'échappe de sa bouche à chaque fois qu'il respire. Il approche de l'équipe, qui est affairée sur le corps. Le médecin-légiste se relève et salue l'homme qui arrive.
"- Bonsoir, mon Commandant. Je suis désolé de vous avoir réveillé en pleine nuit, surtout au vu de ce que vous avez subi récemment...
- Ne vous en faites pas, répliqua le Commandant. Le boulot prime, c'est d'ailleurs ce qui me maintient en vie. Quelles sont vos premières constatations ?
- Il s'agit d'une jeune fille, une adolescente je dirais. Dans les 13, 14 ans. D'après moi, vu la lividité cadavérique, cela fait déjà 4 jours qu'elle est morte ; le corps est froid et les organes sont en train de se décomposer. Vu les traces entre ses jambes, je dirais qu'elle a été violée. Et ensuite, elle a été égorgée. Elle s'est vidée de son sang assez rapidement car l'entaille dans son cou est profonde. Je pense qu'il s'agit du même tueur que les trois précédentes victimes. Même procédé, même mode opératoire... Ça ne fait aucun doute !
- Le tueur a-t' il laissé des indices ?
- A priori, aucun. Mais, comme pour les précédentes, il a tracé des initiales sur le corps de la jeune fille. Cette fois, il s'agit d'un D et d'un R.
- Et, bien entendu, on ne connaît pas l'identité exacte de la victime ?
- Non, il n'y a aucun papier d'identité, aucun indice qui pourrait nous aider. Mais, si l'on suit la logique et que l'on part du principe qu'il s'agit bien du même tueur en série, la victime doit avoir un prénom qui commence par D et un nom de famille qui commence par R.
- Bien, je vous remercie, Docteur."
Puis, il s'adresse aux gendarmes qui sont présents sur la scène de crime, d'une voix forte :
"- Mesdames, messieurs, je vous demande votre attention, s'il vous plaît !
- GaaaaaardaVOUS ! hurle un adjudant. Aussitôt, tous les gendarmes présents se tiennent droit comme des I dans un mouvement coordonné au millimètre.
- Notre victime porte un prénom qui commence par la lettre D comme Delta et un nom de famille débutant par R, Roméo, poursuit le Commandant. Je veux trois volontaires pour rentrer avec moi à la gendarmerie, faire des recherches approfondies sur toutes les disparitions d'adolescentes portant ces initiales dans la région. Je vous laisse 2 minutes pour vous mettre d'accord, je vous attends dans mon véhicule.
- À vos ordres, mon Commandant ! répondent en chœur les militaires.
- Repos ! conclut l'adjudant."
Chacun détend son corps et reprend son activité.
L'officier regagne alors son Audi, péniblement. Il se hisse à bord du véhicule. Depuis son accident, il préfère les voitures hautes, qui lui facilitent l'accès à la conduite et les SUV en font partie.
La sonnerie du téléphone portable retentit. Le Commandant répond.
"- Allo ?
- Papa, tu es où ? demande une voix de jeune fille au téléphone.
- Je vais rentrer tard, Aline. Que se passe-t-il ?
- C'est Charlotte. Elle pleure encore et je n'arrive pas à la calmer, elle ne veut pas que j'entre dans sa chambre."
Le Commandant soupire.
"- C'est... Dis-lui que je ne suis pas disponible ce soir, trouve quelque chose s'il te plait.
- Comme toujours... soupire Aline. Ok, papa, je vais me débrouiller. A toute.
- Merci, Aline." Et il raccroche.
Un temps de silence. Puis, le téléphone sonne de nouveau. Cette fois, c'est un numéro masqué qui appelle.
"- Allo ?
- Bonjour, Commandant Peyre..."
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Note de l'auteur :
*Oui, on dit bien "une paire de jeans" et non "un jeans" ni "un jean" comme la langue française a déformé l'expression !
En effet, le "jean" est, à la base, une couleur, le "bleu de Gènes", de la ville en Italie. Les anglo-américains l'ont déformé en "blue jean", qui est devenu "jean".
De même, ce que l'on appelle aujourd'hui le "jeans" est appelé "Denim" outre-Atlantique. Il s'agit également d'une déformation d'un mot révélant l'origine réelle du jean, qui vient "de Nîmes". La toile utilisée était très résistante et servait, entre autre, à créer les pantalons pour les gardians, qui s'occupaient toute la journée des taureaux de Camargue, montaient à cheval et parfois sur les taureaux même, pour les attraper. C'est l'ancêtre du rodéo. Les américains n'ont rien inventé.
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The Red Room
Mystery / ThrillerDes meurtres sordides, un mystérieux meurtrier qui échappe à la gendarmerie... C'est dans ce contexte que le Commandant Peyre reprend le travail après 6 mois de convalescence...
