Prologue

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Un brun au regard bleuté se distingua de la foule étudiante qui émergeait d'un cours de chimie ennuyeux à mourir en se dirigeant d'un pas machinal vers la sortie. Tandis qu'il longeait le couloir, le brouhaha incessant des lycéens parvenait jusqu'à ses tympans, sans pour autant qu'il y prête attention. Il y avait pire.

Ce pire venait d'arriver.

Le groupe de pom-pom girls du lycée se dirigeait vers lui.

Merde.

- Coucou Will! s'écrièrent-elles en même temps.

- Je peux renter avec toi? susurra l'une d'elles.

- Tu veux bien...commença une autre.

Mais il les écoutait à peine, pour ne pas dire du tout.

- C'est très intéressant, les filles, marmonna-t-il.

Tout se passa en une fraction de secondes. Les ténèbres envahirent le couloir, plongeant les lycéens dans un désarroi général. Il sortit une dague, fila dans l'air, effectuant des gestes précis, avec la rapidité de l'éclair, et la lumière revint aussitôt qu'elle était partie.

Mais les ténèbres demeuraient, et avaient pris une teinte rouge.

Les pom-pom girls reposaient sur le carrelage, dans une marre de sang, décapitées.

Will avait disparu.

Une fille hurla.

•••

Une seule personne n'avait pas raté une miette de la pièce. Madison fronça les sourcils et fila vers la sortie en courant. 

Will avait tué ces filles, cela ne faisait aucun doute.

Mais pourquoi?

- Parce qu'elles me tapent sur le système.

La jeune fille se pétrifia et vit Will, perché sur un arbre, à sa droite. Il jouait avec une arme recouverte d'hémoglobine.

- Tu...tu les as...bégaya-t-elle, de stupeur, en se rendant aussi bien compte de l'énormité de ce que son camarade de classe avait fait que de son apparition subite sur les branches d'un arbre.

Comment a-t-il fait pour se déplacer aussi vite et efficacement?

- Hum ça, ça ne te regarde pas, ajouta-t-il. Sur ce, il sauta et se réceptionna sur le capot d'une Audi garée sur le trottoir.

Madison sursauta et recula d'un pas, avec un bras en avant comme pour se protéger d'une quelconque attaque de la part de son interlocuteur. Ce dernier sourit.

- Je ne vais pas te faire de mal, dit-il.

- J'ai des doutes, fit-elle en se détendant un peu.

- Ce n'est pas mon problème, répondit-il en s'en allant, les mains dans les poches de sons sweat. À toutes.

- At-...

Mais il avait déjà disparu.

- Ce mec est flippant, grommela-t-elle entre ses dents.

Sur ce, elle partit dans la direction opposée et sortit un livre de son sac. Le vent faisait voltiger sa longue chevelure de jais, ses deux billes argentées filaient rapidement parmi les mots, ses doigts blancs et fins parcouraient gracieusement les pages.

Et de loin, un adolescent qui devait avoir environ son âge, le haut du visage à moitié dissimulé sous une capuche vaste, l'observait d'un œil menaçant.

Se sentant observée, Madison leva le nez de son livre. Elle inspecta rapidement les environs des yeux et, ne constant rien de louche, se replongea aussitôt dans sa lecture.

Elle n'aurait pas dû négliger ses arrières.

La capuche, noire, fila comme une fusée et la poignarda dans son dos. Un petit cri de stupeur s'échappa des lèvres de la jeune fille, suivi d'un léger filet de sang qui commençait son déluge. Bientôt, ce furent des torrents de sang qui serpentèrent sur son menton, avant qu'elle ne s'effondre par terre, sur le trottoir. L'inconnu l'empoigna, la porta sur son dos et courut, ni vu ni connu, avec sa super-vitesse.

Le temps passa, l'agresseur ne s'aperçut pas qu'entre-temps, la jeune fille qu'il portait avait repris ses esprits et constaté la situation dans laquelle elle venait d'être empêtrée, bien contre son gré. Réaction immédiate, elle réussit, en rassemblant ses forces, à l'étrangler - la position dans laquelle il la portait aidant - et à le faire tomber,  il amortit même la chute. Ni une ni deux, elle se releva, avec peine, et courut, avec la force du désespoir, sans se demander où elle allait, se dirigeait, n'obéissant qu'à l'instinct de survie qui veillait en chaque mortel de ce monde. 

Elle arriva bientôt dans un quartier sombre et sale, qui ressemblait surtout à un repaire de truands. Ne sachant que faire, elle s'arrêta un instant pour reprendre son souffle. Ne voulant d'abord pas se faire repérer par quiconque, elle fila derrière une camionnette qui semblait vide, et s'adossa contre le mur décrépi d'une vieille maison délabrée aux murs en briques, en levant les yeux au ciel. Puis elle jeta un regard à sa blessure dont elle retira sa main, et constata avec stupeur qu'elle avait perdu énormément de sang. Elle serra les dents quand une violente douleur lui transperça le ventre, en niveau de l'entaille.

- Cet enfoiré a réussi à faire traverser la lame depuis mon dos jusqu'à mon ventre...gémit-elle en serrant les dents pour supporter la douleur.

N'en pouvant plus, elle tomba à genoux par terre, et en relevant les yeux, vit une scène des plus étranges.

La chaleur, étouffante. L'atmosphère, lourde de tension.

Elle ne savait pas quoi faire face aux deux hommes qui se dévisageaient, semblant l'un et l'autre prêt au combat. Elle ne prévit pas que l'un d'eux sortirait un Glock. Ni qu'il pointerait l'arme vers elle.

Le feu éclata, le coup résonna dans toute la ruelle.

La dernière chose qu'elle vit avant de fermer les yeux fut la clarté du ciel étoilé, avec la lune qui semblait tout observer, perchée sur son trône céleste.

L'un des hommes - celui qui n'avait pas tiré - s'avança vers elle, se pencha sur son corps évanoui, et après l'avoir attentivement observée, se redressa et lança à l'autre :

- Abruti c'est la fille que le maître a demandé de rapporter à l'agence...

- Et alors?

- Et alors, t'as tiré sur elle. Et alors, elle était déjà blessée. Et alors, elle va peut-être mourir alors que le patron l'a demandée vivante. Et alors, on risque d'y laisser nos couilles.

Il serra les dents et ajouta :

- Ce sale gamin a dû la laisser s'échapper...fait chier.








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