La Chambre

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3-10-2019

La Chambre

Donc euh voilà on ferme nos yeux. Dans ma tête un p'tit lutin en forme de Joseph s'installe dans son... pouf!

Et la grotte se fait chaleureuse. Le coussin — ou est-ce un lit? — se creuse.

Une petit flamme fait danser les ombres des pages qui tournent à pleine vitesse. Un TGV de mots. Et un ogre dorénavant qui les dévore.

Il n'en a jamais assez. Il a faim. Si faim. Il gonfle, se déforme. La flamme fragile après les heures, s'éteint.

Et je m'enfonce dans mes draps. Je coule. J'entends le lapin blanc crier qu'il est en retard. Alice lui réponds de l'attendre et, géante, ricane et me pointe du doigt alors que je... tombe.

Ça doit en être de famille parce qu'elle est profonde.

Ah, c'est donc ça ce sourire intérieur? Pas très plaisant. Je préfère le point de mes vacances de cet été. Mais je le vois à la surface lever l'ancre et s'en aller vers des horizons lointains. Pendant que moi, je touche le fond. Sous l'eau.

Attaché à un boulet, le juge sur son trône m'observe froidement. Dans la cour tout autour, les ombres ricanent. C'est un Joke.

Il ne manque pas d'air.

Et la voix qui me susurre des sourires, ce qui les rends encore plus bruyant.

Je m'empêtre dans mon lit qui se lève. Il se révolte, ne veut plus se faire rouler dessus. Je suis étouffé contre le mur. Il fait noir. Et la porte de mon placard s'ouvre avec un clic. Elle grince et craque. Le mangeur de mots se glisse sans se presser. La grotte se fait froide.

Je ne peux pas bouger. Je le voudrais pourtant, paralysie du sommeil. Shit. Aller bouge! Bouge! Bouge! Mon corps ne m'appartient plus. Les mots qui ricanent dans mon esprit. Le mangeur de mots se régale.

Le fou ouvre son couteau d'un clac. Me susurre "Pourquoi tu ne souris pas? Je t'en dessin? Si tu veux. Permanents. Ça va être amusant!"

Je suis sans voix. On me les a pris en même temps. Dammit, la timidité tue même si le ridicule ne le fait pas.

Ma mère n'aurait pas voulu que je me fasse un tattoo. Elle m'aurait demandé où je serais passé.

Plus d'air. Les ricanements, le lit qui m'écrase, la lame du couteau qui me charcute la chair. Un faux mouvement. Et une ampoule dans ma tête explose. La douleur et blanche et explosive irradie dans mon crâne tout entier.

Puis soudain, le noir devient le néant.

"Halètements."

J'aspire comme un mourant la vie à pleins poumons, debout sur mon matelas, les poings serrés sous le menton, les yeux grands ouverts, fixés sur le semblant d'humanoïde que compose mes vêtements sur ma chaise.

Je baisse mes bras, soulagé. Puis jette un regard sur l'horloge. 03:13. Le tic tac tic tac se mixe avec le tambour de pluie contre le velux.

"Les nuages pleurent", je pense. Avant de trébucher dans ma couette, culbuter en un formidable grand jeté, qui se finit en roulade pour terminer en poirier sur le carrelage.

"Outch", je fais.

Je n'ai rien contre les poiriers, mais sur le marbre à 3h du mat', j'aurais pu m'en passer.

"Tu n'as pas bientôt finis?" fait une voix.

J'ai un moment de blanc.

Quelques millions d'années passèrent.

"Oui, toi là, le singe en position de Yoga du Bretzel."

Tel un hibou, je tourne la tête à 180°.

Enfin, c'est ce que je crois.

Sur ma lampe au plafond se balance un petit enfant. Petit petit hein, pas plus de 5 ans. Robe noire, cheveux, souliers pointus. Elle arbore un sourire à glacer le sang, et ses yeux vides semblent aspirer mon âme. Le tout habillé d'un rire de clochette.

Ce contraste déroutant m'hypnotise étrangement. Je n'ai pas peur, ni suis choqué.

Ce qui me tire de ma torpeur c'est le ricanement provenant du placard. "Fou" est le premier... non, le mot disparaît aussitôt de ma pensée.

"Gênant" apparu ensuite, pour aussitôt connaître le même sort.

"Mauvais" je le vois distinctement se faire dévorer par une mâchoire énormissime et à l'allure cruelle.

Le placard s'ouvre alors et dans un tintamarre le clown qui en sort victorieusement me chante à la figure "c'est luiiiiiiii!" tout en pointant son drapeau son drapeau "rire" à ma gauche.

Je n'aurais jamais dû tourner la tête. Ce que je découvre à ma plus grand horreur, c'est une montagne de fluides noirs musculaires parsemé de centaines d'yeux morbides, de gueules baveuses et bras dont les extrémités crochus peuvent décapiter des textes entiers comme dans du beurre.

Il se délectait de mon mot "mauvais".

"Cau... cau.... cauchemar" j'arrive enfin à balbutier. Les regards de ces 3 étranges créatures me figent.

"C'est toi qui nous a amené ici! Merci de nous avoir donné la vie Maître!" rigole la petit fille.

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