Quand passion et pouvoir riment, rien, pas même une prophétie, ne peut plus définir l'avenir.
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Selena n'était pas censée exister. Nouvelle venue dans une famille lointaine, elle découvre...
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ᴍᴀ ᴍᴇ̀ʀᴇ ᴀᴠᴀɪᴛ ᴅɪsᴘᴀʀᴜ. La trotteuse de la grande horloge qui dominait le quai courrait à une vitesse insolente tandis que je la cherchais, pour la énième fois.
Je parcourrai du regard le vaste hall dont le toit en verre baignait la gare d'une lumière crue. Marchant rapidement à travers le flux des voyageurs, évitant avec toute la dextérité dont j'étais capable, les couples enlacés aux yeux larmoyants, ou ceux qui s'arrêtaient brusquement pour laisser passer une personne en retard, je me glissai entre les hautes colonnes métalliques. Un nuage de fumée se dissipa sur le quai d'en face et je crus l'apercevoir. En vain.
Un doux visage, une sourire passé flottant sur les lèvres, surmonté de deux yeux gris égarés ; une démarche hésitante, et, sur ses fragiles épaules, un châle bleu pétant, spécialement mis par mes soins, ma mère était - à défaut de me ressembler - facilement reconnaissable.
Pourtant cette fois elle demeurait introuvable, ce qui avait le don de particulièrement m'agacer.
Un train passant soudain à toute vitesse juste à côté de moi me fit sursauter, et sur les vitres accélérées, je croisai mes yeux froncés d'inquiétude, de ce brun sale que je détestais. Ah si seulement cette couleur pouvait avoir le superpouvoir de retrouver ma mère à chaque fois que je la perdais !
Malheureusement, la Furie étant morte, et avec elle son talent incroyable pour comprendre maman, je n'avais aucune idée où chercher.
Le cœur battant, l'angoisse commença à monter en moi.
Il fallait que je réfléchisse. Où pouvait-elle être allée ?
Les restaurants, cafés, kiosque à journaux... Elle n'y était pas. Les passages sous-terrain ? Elle avait tellement peur des escaliers que c'était impossible qu'elle les ait descendus, seule qui plus est.
Les guichets et la sécurité ? Je leur avais demandé, décrit ma mère, insisté pour qu'ils préviennent les agents du quai. Ils avaient hoché la tête avec ce sourire poli des gens qui promettent beaucoup et oublient aussitôt.
Je ne pouvais compter que sur moi.
Elle se trouvait donc forcément dans ce grand hall. Peut-être n'aimait-elle pas le châle bleu et l'avait jeté quelque part ?
Tic tac tic tac.
Je ralentis ma course, tendant l'oreille vers le rythme obsédant de la trotteuse. Une cadence précise, un son profond et régulier, légèrement grave, la vibration du pendule était même perceptible. Très certainement une L. Leroy & Cie, une des plus grandes maisons d'horlogerie française. Une sonorité moins sèche et légère que celle des horloges Gents of Leicester, typiques irlandaises, entendue la veille encore, alors que nous étions de l'autre côté de la Manche.
Cette rapide analyse eut pour bienfait de me calmer légèrement. Je décidai de m'arrêter près d'une colonne, là où le plus de gens passait. J'avais fait le tour du hall de toute manière, et si ma mère se déplaçait elle aussi, je n'allais jamais la retrouver en courant dans tous les sens.