Février 1973
Lungomare S. Felice, Punta Sabbioni, Italie.
"Cazzo ! Saleté de manette !" S'écrie Ezio en jetant cette dernière contre le sol.
La manette s'échoue sur le sol en un fracas et s'ouvre. Il se frappe le crâne avec sa main, encore un cadeau de sa mère qui n'aura pas duré longtemps, elle avait sacrifié une partie de son salaire pour la lui acheter. Il se tourne alors vers sa chambre. On y trouve son lit défait, recouvert de paquets de chips. Les meubles sont recouverts de poussières, et il y a un tiroir au sol qu'il doit encore réparer. Les jonctions au plafond son recouvertes de moisissures dues à l'humidité et la lumière blafarde de sa chambre est permise grâce à une lampe dont l'ampoule ne scintille que très faiblement. Ses vêtements sont étalés au sol et il devient impossible de faire la distinction entre les propres et les sales. Sa porte est entre-ouverte, recouverte de poussière et d'une lèpre grise. De ce fait, Ezio peine à l'ouvrir ou la fermer, risquant à tout moments de la faire tomber. Une voix autoritaire et sèche parvient alors à l'étage.
"Ezio ! A tavola !"
Ezio descend l'échelle, manquant de tomber en oubliant le cinquième barreau manquant. Un jour, il en est sûr, il ne pourra plus descendre de sa chambre. Il arrive alors en bas, où se trouve la cuisine salle à manger. Sa petite soeur Kiara et sa mère l'y attendent devant leur assiettes fumantes. Il s'installe à table. La pièce n'est pas fort éclairée, cela fait une semaine qu'ils vivent dans le noir en raison des volets cassés, impossible à ouvrir. Le canapé est complètement déchiré en raison des chats errants que Gaïa, sa mère, recueille dans la petite maison. Le lit n'est pas remis en canapé, mais ce dernier est fait, méticuleusement, il pourrait jurer que c'est sa soeur qui l'a fait. La porte des toilettes se trouve non loin, contre le mur, attendant d'être réparée, afin de permettre une intimité aux utilisateurs des sanitaires. Ezio plonge son regard dans son assiette. Déçu, il relève la tête.
"Mamma ! Encore des haricots ?
-Pourquoi tu te plains encore ? Tu sais très bien que nous n'avons pas les moyens, de plus ça te permettra de maigrir un peu. "
Ezio jette un regard noir à sa soeur. Elle le regard de son air supérieur. Qu'est-ce qu'elle peut être maniérée pour une fille de douze ans. Avec ses longs cheveux bruns et ses yeux électriquement bleus, elle pourrait faire peur à un de ces voyous qui se bat encore dans la rue. Elle n'est pas très grande et très fine, exhibant la malnutrition que son corps subit. Certes Ezio n'est pas un Apollon, mais si on retire le fait qu'il ne soit pas musclé ou pas bien grand, son visage angélique pourrait faire tomber n'importe qui.
"Figlio mio, soit tu manges, soit ce sera double portion por tua sorella.
-C'est vrai qu'elle en aurait bien besoin, lo scheletro !"
Le visage crispé de sa mère fit baisser ses yeux verts dans son assiette. Gaïa est une petite bonne femme, aux formes plutôt généreuses. Ses enfants n'ont jamais compris pourquoi elle n'a pas réussi à se remarier. A moins qu'elle fasse fuir les hommes avec son caractère plutôt autoritaire. Ses doux yeux azures cachaient une femme forte et déterminée. Bien qu'elle soit toujours rayonnante, elle a connu un passé difficile et enchaîne des petits boulots.
"Pourquoi tu n'essayes pas de te marier avec un homme riche ?
-Les hommes sont tous dangereux de nos jours Ezio.
-Même papa ?"
Gaïa tourne la tête vers sa fille, décontenancée. Elle n'aimait pas parler de son ex mari, mais elle n'avait pas le choix si elle voulait éviter la rafale de questions de ses enfants.
"Ton père était un alcoolique, un traditore ! Bien qu'il était rongé par la peur de perdre, il était un homme formidable. Il était différent... Lâcha Gaïa d'une traite.
-Alors pourquoi l'as-tu quitté ?"
Ezio avait posé sa dernière question la bouche pleine de haricots, ayant décidé qu'il ne se laisserait pas mourir de faim aujourd'hui. Sa mère reste stoïque, elle ne bouge plus. Sa bouche fine est à peine ouverte, laissant passer un léger fil d'air. Kiara pince les lèvres. Les deux enfants veulent absolument en savoir plus sur leur père dont l'histoire reste totalement mystérieuse et intrigante. Gaïa, pourtant, se taisait. Elle sait que si elle continue de parler de son ancien mari, la conversation pouvait prendre une mauvaise tournure, conduisant à une très certaine dispute. Toujours immobile, Gaïa regarde son fils avec un regard plein de reproche. Le frère et la soeur se lancent alors un regard complice et prennent leur assiette en main. Celle de Ezio est totalement vide et il avait profité pour vider de moitié l'assiette de sa soeur. A l'unisson, ils annoncent.
"Pas de dessert ! "
Ils se lèvent de table et posent leur assiette près du vieil évier, qui semble encore une fois cassé. Kiara part alors s'allonger dans le clic-clac jusqu'à maintenant bien arrangé. Ezio, quant à lui, monte dans sa chambre à la vitesse de l'éclair, sans oublier de passer le cinquième barreau, qui n'a toujours pas réapparu. Il faut vraiment qu'il pense à le réparer. Avant même de poser un pied à l'étage, il entend sa soeur crier.
"Ezio, n'oublies pas de te lever demain matin !"
Il lève les yeux au ciel et soupire. C'était plus fort qu'elle de lui rappeler qu'il se réveille toujours en retard pour son boulot. Il ne pouvait pourtant pas lui reprocher cette remarque, il devait se lever très tôt pour le boulot afin de gagner un peu d'argent pour aider sa mère à payer le loyer. En se levant trop tard, il se met à se dépêcher et fait un vacarme monumental, digne des éléphants d'Asie. Ce bruit insupportable avait le don de réveiller sa mère et sa soeur, et dans la précipitation, il tombait à chaque fois de l'échelle, lui donnant un magnifique bleu dans le bas de son dos. Contrairement à lui, sa soeur avait d'excellents résultats à l'école et brillait dans tout ce qu'elle faisait. Lui, avait gâché son avenir en arrêtant les cours en seconde. Il regrettait amèrement ce choix mais ne pouvait pas faire autrement, il devait aider sa mère et sa soeur à survivre en ces temps de guerre froide. Il venait d'avoir 17 ans et il ne savait toujours pas quoi faire de sa vie, il se laisse aller, faisant les choses au jour le jour. Il pensait à son avenir pourtant, mais sans jamais trouver de solutions. En réalité, il passait son temps à jouer aux jeux vidéos et à s'en plaindre plutôt que de faire des activités manuelles qui pourraient lui rapporter de l'argent en plus de son boulot. Ou même éventuellement l'aider à trouver un meilleur emploi. Ce soir, il ne comptait pas changer ses habitudes. Il prend sa manette cassée et tente de la réparer tant bien que mal et finit par y arriver. Il se place devant la toute petite télé de sa chambre, la seule télévision présente dans leur maison, et se met à jouer.
C'est lorsqu'un bruit de balle se fait entendre dans la rue qu'Ezio décide d'éteindre la console. Il regarde l'heure à la pendule, il est déjà minuit passée, il faut qu'il dorme, afin de se lever tôt pour le travail de demain. Si jamais il arrive encore en retard, il pourrait se retrouver avec une baisse dans son salaire ou pire, perdre son travail. Il s'allonge alors sur son lit, toujours habillé, les chaussures toujours enfilées. Il fixe le plafond, les mains derrière la tête. Son plafond perd de son blanc et des auréoles dues à l'humidité apparaissent de plus en plus. Les tâches vertes de moisissures sont également en train de prendre de l'ampleur dans sa chambre. Ses yeux commencent à se fermer doucement alors qu'il pense à son avenir, et comment améliorer les choses afin que la vie soit meilleure, pour lui mais aussi pour sa mère et sa soeur. Il se demande aussi pourquoi ses parents ont divorcés... Après tout, sa mère est assez forte de caractère pour sortir un homme alcoolique de la misère et l'aider à se relever. Il y a quelque chose d'étrange dans les discours de Gaïa qui laissent perplexe le jeune homme. C'est sur les pensées de son père et ce à quoi il pouvait bien ressembler que le jeune Ezio s'endort.
"Ezio mais c'est pas vrai !! Sciocco ! Tu veux vraiment te faire renvoyer !"
La voix aiguë de sa soeur se fait entendre dans toute la maison. Ezio se réveille en sursaut de son lit, et manque d'en tomber. Il ne prend pas la peine de changer de vêtements et saute sur l'échelle, et évidemment tombe dans un fracas qui fait voleter de la poussière tout autour de lui. Cette fois, sa tête aussi a eu le droit au délicieux câlin du sol dès le réveil. Il se frotte le crâne, plissant l'oeil droit et fronçant les sourcils. Il se relève doucement, manquant de s'écrouler de nouveau par terre. Après quelques secondes à retrouver ses esprits, il relève la tête et voit sa mère, les poings sur les hanches et le visage sévère. Ezio déglutit.
"Giovane, nous avons à parler."
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Unity
ActionEzio, jeune adolescent de Punta Sabbioni en Italie vit avec sa mère et sa soeur, dans une maison à Lungomare Felice. Cette maison vétuste cache la routine platonique de la famille. Alors qu'il est à son lieu de travail, des péripéties vont l'amener...
