1️⃣ Vie d'antan

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C'était mes cinq dernières semaines dans le monde matériel. Mon corps et mon âme ne voulaient bien sûr pas y croire, eux qui étaient toujours en quêtes de sensations fortes et d'envie de jeunes filles. Oui, Elizabeth Lee est mon nom et je suis condamnée à la pendaison pour trahison et meurtre envers la couronne anglaise.

« Je ne suis qu'une jeune femme sage et aimable... certes ivre ce jour là, mais je jure n'avoir tué personne! » avais-je dit au juge, qui n'avait absolument rien à faire de ce que je disais.

Mes parents eux, sont des psychopathes. Mais je ne suis pas comme eux! Lorsque j'étais enfant, ils étaient trop occupés à parler de leur magie stupide, de leur soit disant dieu imaginaire. Ils commettaient parfois des meurtres de sang froid pour leur grand maître idiot. Alors, je montais à cheval pour me divertir et je volais pour me nourrir. Puis un couple riche, me voyant voler chaque jours, m'accueillait chez eux, me chouchoutait et m'apprenait à lire et à écrire durant la journée. La nuit je rentrais dormir chez moi, sur ce lit miteux, avec mon chat angora blanc et mon labrador noir. Ces deux bêtes me tenaient chaud.

En grandissant, mon esprit resta libre et insouciant. Je faisais confiance à énormément de gens et j'avais beaucoup d'amis ce qui, peut-être, me coûta la vie.

Vers l'âge de dix-huit ans, je m'étais construite une routine. Je n'allais plus chez cette famille bourgeoise qui avait déménagée, pleurant et exhibant nombreuses excuses comme s'ils m'abandonnaient. Jean et Madeleine, tels étaient leur nom, me donnèrent la somme de cent mille franc.

« Ce n'est rien » m'avaient-ils dit en entrant dans ce carrosse énorme, orné d'or et d'argent.
Je ne les ai jamais revu depuis.

Avec l'argent que m'avaient laissé mes faux parents, j'ai pu vivre aisément. Ma routine était la suivante:
Je me levais le matin, prenait un petit déjeuné composé d'une miche de pain frais avec un trait de confiture de fraise tartiné dessus, puis je buvais un verre de lait avant de sortir m'occuper de mon cheval. Je le brossais, enlevant le moindre grain de poussière de son poil alezan foncé. Puis j'allais me balader, le doux claquement des fers de mon fière destrier sur les pavés encore froid et humide de la rosée du matin. Une fois dans les champs qui entourait la ville, je lançais mon cheval au galop, à fond, et je criais, j'étais heureuse. Je m'aventurais dans la forêt, sautant de petits troncs. Puis, je rentrais. Des rumeurs couraient comme quoi des sauvages habitaient dans cette dernière.

J'allais voir mes parents. Nous mangions ensemble dans un silence froid et pesant. Lorsque je j'essayais de parler, ils renchérissaient avec leur dieu étrange et me faisaient culpabiliser de ne pas penser comme eux.

Après avoir passé une après-midi pesante et ennuyante, je sortais, me dirigeant vers le port. J'allais sur la proue des frégates marchandes, sentant la brise marine dans les cheveux et imprégner mes poumons. Le crachin des vagues en pleine figure me rafraîchissait et me faisait sourire. Je m'imaginais en pleine mer, libre, ces grandes voiles blanches comme neige gonflées par le vent, les matelots chantant des tonnes de chansons enivrantes. Une fois rassasiée de tous ces rêves, j'entrais dans la taverne, commandait trois quatre chopes de bières et écoutait avec attention ces vieux marchands, racontant leur histoire en mer, toute leur carrière. Parfois, des pirates venaient, et chantaient à tue-tête de leur voix traînante et enrouée. Ils racontaient ensuite leurs aventures en mer, les tempêtes bravées avec courage. Quand le capitaine prenait la parole, avec son ton autoritaire, comme un vétéran, il comptait l'histoire de son navire. De tous les trésors trouvés. Puis il hurlait de rire et la taverne devenait plus chaleureuse et familiale. Une fois que les pirates et les marchands s'en allèrent dans leurs bateaux, je rentrai dans la petite salle à côté des écuries, ou un lit douillet trônait seul dans la pénombre. Je m'y allongeais au côté de mon vieux chat au poil rêche et de mon chien devenu presque blanc. Je m'endormais là, sans penser au lendemain.

Que c'était-il donc passé pour que moi, une femme si sage et bien attentionnée soit châtiée de la sorte?

J'étais allée à la taverne, accompagnée d'un ami. Tout était normal, nous avions même beaucoup d'affinité. Mais il me paraissait louche ce jour là. J'avais remarqué qu'il avait des lames sur lui. Des dagues, pour être plus précise. Nous avons bu et écouté les histoires des marchands. Moi, beaucoup plus que d'habitude, James, mon ami, me resservant à chaque fois. Je n'ai que des fragments de mémoire.
Le premier était que mon acolyte provoquait des soldats anglais vêtus de leur tuniques rouges.
Le deuxième était une marre de sang. J'en avait sur mes vêtements, sur mes bras, sur tout mon corps. J'avais deux dagues dans les mains, elles aussi pleines de ce liquide rouge foncé. Bien sûr, mon « ami » avait disparu.
Et le troisième était des loyalistes, me portant à bout de bras, mes pieds traînant au sol.
Ce n'était qu'un coup monté, une fourberie, une injustice! James était l'assassin et il était parti sans laisser de traces, me laissant là, au milieu de toutes ses victimes.

Voici donc la vie d'une femme, moi, Elizabeth Lee, vivant ses dernières semaines dans une prison où... il n'y a que des hommes.

Lueur d'un dernier espoirStories to obsess over. Discover now