Je ne pleure pas quand je suis triste – ou peut-être que si ; je ne sais pas ce qu'est « être triste ».
Je pleure quand je suis stressée.
J'ai pleuré à toutes mes rentrées jusqu'à ma troisième.
Parce que je ne savais pas où me rendre pour trouver ma classe, je ne savais pas si je la trouverais, si je serais dans la même que celle de quelques amis,
et que faire quand je l'aurais trouvée ?
Est-ce que je sais où trouver de l'aide si jamais ?
Est-ce qu'on se moquera de moi ? Possible, et ça m'importait à ce moment-là.
Je ne voulais pas me retrouver seule ; je ne voulais pas être perdue.
Voilà qu'elles coulent enfin ; mieux vaut la veille que le lendemain.
J'ai pleuré à ces nouveaux cours de guitare. Et de solfège.
Foutus déménagements.
C'est le concept de « nouveau » : on ne connaît pas. Je n'avais pas de repères, je ne savais pas à quoi ni comment me préparer,
je n'ai rien oublier ? Partitions, trépied. Trousse, cahier de portée,
je n'ai pas encore le livre de cette année. Vas-tu me le reprocher ? Ma mère l'a commandé.
L'attente avant les cours, augmentant le stress, m'arrachant la peau autour des doigts. J'ai les larmes aux yeux, la gorge serrée : ne craque pas, il pourrait arriver. Que dira-t-il en voyant mes yeux rougis ? Je ne suis plus une gamine.
Il a l'air formel ce prof de guitare, c'est quoi déjà son nom ?
Un morceau par cœur ? Je suis stressée, je ne sais plus, je tremble.
Et je les laisse couler.
J'ai failli pleuré durant toutes ces conversations. Et celles-ci n'ont pas loupé.
Toutes ces questions que je ne voulais pas qu'on me pose,
que je te raconte ce qu'il s'est passé ? Je ne suis plus sûre de tout, tu sais, et avec tout ce qu'on me raconte parfois je m'embrouille. Les données se mélangent, je doute alors que j'en étais sûre.
Je ne veux pas me tromper sur les détails, pourtant c'est eux qui t'intéressent.
Parfois je ne veux pas les donner, ils détiennent trop de pouvoir. Alors je cherche un moyen de ne pas les dire sans mentir, et pendant ce temps on attend. Je stresse.
D'autres fois je ne m'attarde pas de suite sur l'échange mais sur la présence, celle qui prend place dans mes pensées. Si je la vois, elle me voit ; mais moi je ne me vois pas.
J'espère me présenter comme je pense être. Il se peut que ce ne soit pas le cas. Dans le doute, je stresse. De quoi j'ai l'air, comment je suis ?
Je ne suis déjà plus ce qu'il se dit. Je ne sais pas quoi répondre.
Elles sont là.
Et puis ça arrive (bien plus souvent qu'on ne pourrait croire) qu'elles coulent bien après, de soulagement ; mais à ce moment-là je raconte ceci, j'explique cela, tu crois que je suis triste.
Mais je ne suis pas triste, j'étais stressée, c'est pour ça qu'elles sont là maintenant.
Alors on me demande si je vais bien, pourquoi je pleure, et je stresse de nouveau parce que je pleure alors que je ne voudrais pas pleurer.
Elles n'en finissent plus.
J'ai pleuré parce que je ne savais pas où il était, pourtant on devait se retrouver. Mais depuis que je l'attends, du stress s'est accumulé en moi.
J'ai (failli) pleuré parce que je ne savais pas si j'y arriverais à temps ; je n'ai pas une vessie compétitive quand je sais que je n'en aurais pas à proximité.
J'ai tant pleuré de soulagement.
Je pense que Lui ne me croit pas quand je lui dis, ou ne le comprend pas.
Pourtant qu'est-ce qu'il m'a vu pleurer !
Je pleure aussi quand je suis frustrée, à défaut d'hurler, de taper ou de m'emporter.
C'est mon moyen d'évacuer la frustration; je ne le contrôle pas. Je ne contrôle rien.
Quand je n'ai pas ce que je veux, quand je manque de quelque chose, que je sais que ça ne changera pas et que je dois trouver un autre moyen de satisfaire mon besoin, ma frustration grandit et les larmes me montent aux yeux.
J'avais d'abord parler de colère avant de frustration, mais ça ne tenait pas la route. La colère n'est pas la raison première, mais elle est parfois source de frustration ou de stress.
Comme la fatigue.
Je pensais que je pleurais de fatigue, mais ne serait-ce pas de frustration du manque d'énergie, de sommeil, de bien-être ?
Je ne pleure pas de tristesse,
je pleure d'autre chose.
