Mon téléphone indiquait dix heures trente lorsque l'écran s'illumina sur mon bureau.
Je n'eus pas besoin de regarder le nom affiché pour savoir de qui il s'agissait.
Taehyung.
D'ordinaire, à cette heure-là, il aurait été assis à côté de moi en cours, à commenter le professeur d'un ton faussement sérieux ou à griffonner des dessins inutiles dans la marge de son cahier. On aurait ri à voix basse, attirant parfois un regard agacé.
Mais depuis une semaine, sa chaise restait désespérément vide.
Il était parti à l'étranger avec ses parents pour un voyage d'affaires. Une absence temporaire, m'avait-on dit. Pourtant, quelque chose sonnait différemment cette fois. Même à travers nos messages quotidiens, je le sentais plus... distant. Plus tendu.
Tae :
- Tu fais quoi ?
Je souris faiblement.
Chaque soir, le même message. Il me parlait de ses journées dans des hôtels trop grands, trop silencieux. Des réunions de ses parents, des repas interminables. Lorsque je lui racontais mes cours, il me coupait presque toujours.
« Épargne-moi ça. »
Je faisais semblant de râler, mais au fond, ça me rassurait. Taehyung avait toujours été comme ça. Présent sans être vraiment doux. Attachant à sa manière.
Nous étions meilleurs amis depuis l'enfance. Depuis nos trois ans, selon nos parents. Nous avions grandi ensemble, partagé des vacances, des disputes inutiles, des silences confortables. Une proximité si naturelle qu'elle n'avait jamais semblé étrange.
Ses parents avaient souvent insinué que nous finirions ensemble. Une idée que j'avais toujours balayée d'un sourire.
Et puis, j'étais en couple.
Chan.
Il n'avait jamais vraiment apprécié ma relation avec Taehyung. Trop proche. Trop fusionnelle à son goût. Mais il avait fini par l'accepter, non sans réticence.
La journée passa sans incident notable.
Ce fut plus tard, dans la soirée, que mon téléphone vibra à nouveau.
Ce n'était pas Taehyung.
Maman Taehyung ✨:
- Bonsoir Hira. J'espère ne pas te déranger.
Je me redressai aussitôt.
- Taehyung ne va pas bien. Il est malade et nous ne pouvons pas rester auprès de lui. Nous devons changer de pays plus tôt que prévu.
Mon estomac se noua.
- Est-ce que tu accepterais de venir le rejoindre ? J'ai déjà parlé à tes parents. Bien sûr, seulement si tu te sens capable.
Je relus le message plusieurs fois.
Pourquoi moi ?
Hira :
- Oui. D'accord. Je viens.
Tout s'enchaîna ensuite trop vite.
Une valise préparée à la hâte. Mon père qui me conduisit à l'aéroport. Ses recommandations répétées. L'avion.
Taehyung ne m'avait pas écrit. Je ne savais même pas s'il était au courant de ma venue.
Je m'endormis peu après le décollage, épuisée.
Lorsque l'avion atterrit, il faisait encore nuit. La ville étrangère brillait sous mes yeux, irréelle. Un malaise diffus s'installa dans ma poitrine, sans que je puisse l'expliquer.
Le taxi me déposa devant l'hôtel.
Immense. Luxueux. Déplacé.
À l'accueil, on reconnut immédiatement mon nom.
- Votre chambre est prête. Il dort.
Ces mots me firent hésiter.
Je suivis l'employée dans un long couloir silencieux. La moquette étouffait mes pas. Devant la porte, je sentis mon cœur s'emballer.
J'entrai.
La chambre était plongée dans une pénombre douce. Les lumières de la ville filtraient à travers la baie vitrée. Et sur le lit... il était là.
Taehyung.
Allongé, immobile. Plus pâle que dans mes souvenirs. Ses traits semblaient tirés, comme si quelque chose l'avait épuisé bien avant mon arrivée.
Je déposai ma valise près du mur et m'approchai lentement.
Je m'agenouillai près de lui, hésitai... puis passai doucement mes doigts dans ses cheveux.
- Tae...
Ses paupières frémirent.
Il ouvrit lentement les yeux.
— Hira... ?
Son regard s'éclaira légèrement. Un sourire discret étira ses lèvres.
— Tu es venue...
Il attrapa ma main. Ses doigts étaient froids.
— Bien sûr que je suis venue.
Il me fixa longuement, comme s'il cherchait à mémoriser mon visage.
— Tu aurais pu dire non, murmura-t-il.
— Je sais.
Un silence s'installa. Pas inconfortable. Mais lourd.
Je finis par me redresser.
— Tu devrais te rendormir.
— Reste.
Ce simple mot me fit hésiter.
Je m'assis sur le bord du lit, à une distance raisonnable.
— Il faut que je prévienne Chan, dis-je en attrapant mon téléphone.
Son regard changea aussitôt.
— Tu parles souvent de lui.
Ce n'était ni une question, ni un reproche. Juste un constat.
Je fronçai légèrement les sourcils mais envoyai quand même un message rassurant à Chan.
Quand je reposai mon téléphone, Taehyung se tenait juste derrière moi. Trop près.
Ses mains se posèrent sur mes épaules. Je me raidis légèrement.
— Tae...
Il se pencha vers moi. Ses lèvres frôlèrent mon cou.
Le geste était lent. Calculé. Délibéré.
— Arrête, soufflai-je.
Il se figea immédiatement. Son souffle resta suspendu quelques secondes, puis il recula.
— Désolé.
Il retourna s'allonger sans ajouter un mot.
Le silence qui suivit me mit mal à l'aise.
Je restai assise, le regard perdu, avant d'envoyer des messages à mes parents et aux siens pour confirmer mon arrivée.
Je partis me changer dans la salle de bain, l'esprit en alerte.
Quand je revins, il tapota la place à côté de lui.
J'hésitai... puis m'allongeai dos à lui, laissant un espace entre nous.
— Tu crois vraiment qu'on est juste ce que tu dis ? murmura-t-il.
Je me figeai.
— Je ne comprends pas. Que veux-tu dire Tae ?
— Rien.
Il soupira doucement.
— J'aurais aimé que ce soit plus simple.
Je me retournai à moitié.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Laisse tomber. Dors.
Il tenta de m'enlacer, par habitude.
Je me dégageai doucement.
Il n'insista pas.
Cette nuit-là, je compris que quelque chose avait changé.
Et que je venais peut-être d'entrer dans une histoire dont je ne maîtrisais déjà plus les contours.
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STRANGE IMPULSES
FanfictionIls étaient inséparables depuis l'enfance. Lui, calme, protecteur, rassurant. Elle, sa seule constante, son refuge. Quand Taehyung quitte Séoul pour un voyage d'affaires avec ses parents, Hiragana pense simplement vivre une séparation de plus. Jusqu...
