Chapitre 2 - Rencontre improbable

Depuis le début
                                    

- Gabriel, désolé de te demander cela à la dernière minute mais tu peux accompagner Bruno le commerciale tout à l'heure à un rendez-vous ? Il fait une présentation de nos offres à l'entreprise qui s'est installée il y a deux semaines au 8e étage. En discutant, on se dit que l'appui de notre plus talentueux graphiste pour les aspects techniques peut jouer en notre faveur. Ca ne rigole pas car si on signe ce contrat de sous-traitance, cela peut nous apporter pas mal de nouveaux clients à l'avenir.

- La flatterie pour me convaincre hein. C'est bon, j'irai, mais j'ai le temps de faire un point avec Bruno avant ?

- Oui, oui le rendez-vous est dans 2 h !

- OK, je vais le voir dans son bureau alors.

Je passe l'heure suivante avec Bruno à peaufiner notre présentation et déterminer à quels moments il serait opportun que j'intervienne. Je vérifie les derniers éléments et contrôle ma tenue. Je ne me suis pas vraiment habillé pour un rendez-vous professionnel : jean bleu foncé et T-shirt à col V ample blanc, ça ira bien quand même.

Nous arrivons dans des locaux manifestement remis aux goûts du jour : les espaces sont clairs et le choix du mobilier et les couleurs inspirent confiance. Une assistante nous reçoit et nous escorte vers une salle au bout du couloir, frappe à la porte et nous annonce.

Nous entrons dans une pièce spacieuse dont les baies vitrées donnent sur une partie du complexe d'entreprises en contre- bas, panorama que nous n'avons pas depuis nos bureaux. J'entends mon collègue nous présenter alors que j'admire encore la vue impressionnante. Je me tourne donc à mon tour vers notre interlocuteur pour le saluer.

Mon sang se glace soudain et un gouffre s'ouvre sous mes pieds. Je reste figé incapable de bouger, le mouvement de ma main suspendue dans le vide. Le grand brun se tient juste devant moi.

Il a une hésitation, fronce des sourcils puis s'avance vers moi pour me serrer la main.

- Bonjour, Thomas Richard, codirigeant.

- Bon-bonjour, Gabriel Leroy, je-je suis graphiste.

Sa poignée de main et son regard brillant ne laissent aucun doute sur le fait qu'il voit très bien qui je suis. Le sourire qu'il m'adresse ne me plait pas du tout. En plus, face à lui je ressemble à une crevette et une crevette bientôt morte j'en suis persuadé. Tout ce que je parviens à me dire c'est que je suis dans un pétrin monstrueux. Je me vois déjà expliquer à mes patrons comment on a perdu un contrat juteux à cause d'une soirée qui a dérapé.

Il invite mon collègue à s'installer à la table et me fait un signe de la tête m'indiquant d'en faire autant. Contre toute attente, notre entretien se déroule normalement. Je reprends un semblant de contenance quand j'interviens à mon tour pour commenter la partie technique de notre présentation. Cependant, j'évite de trop croiser son regard qui me fixe comme un chien d'arrêt. Quand cela arrive, j'ai l'horrible image d'un lapin sanguinolent et agonisant entre les crocs d'un loup et cela me fait froid dans le dos. Malgré tout, il est attentif et semble même assez séduit par ce que nous avons à proposer.

Notre entrevue se solde ainsi de façon courtoise et est plutôt positive. Nous le saluons une nouvelle fois, le remercions pour son accueil et prenons congés (grâce au ciel car je veux sortir d'ici au plus vite). Bruno a déjà franchi l'encadrement de la porte quand une poigne de fer m'enserre le bras.

Le grand brun, enfin Thomas, se penche alors vers moi, les yeux brillants de satisfaction et me murmure d'une voix affreusement calme :

- Ravi de vous croiser à nouveau. Il me semble que c'est à mon tour de jouer.

Il me relâche comme si de rien n'était et me raccompagne à la porte. Dans l'ascenseur je me rends compte que je frissonne. J'en ai la chair de poule. J'envoie un nouveau SMS à mes amis contenant ces trois mots : « Je suis foutu... »

***

J'ai fulminé intérieurement plusieurs jours contre le jeune blanc bec et son affront. Je ne sais pas ce qui me met le plus en colère entre le fait qu'il m'a eu par surprise, le fait qu'il a visiblement aimé cela ou parce que pendant une micro seconde j'ai pensé qu'il était doué pour embrasser.

Heureusement le travail me permet de finalement l'oublier jusqu'à ce matin dans l'ascenseur. Une odeur de jasmin me fait repenser brusquement à lui mais elle s'estompe rapidement.

J'ai un rendez-vous cet après-midi avec un commercial d'une société du même immeuble. Un partenariat avec elle apporterait la compétence qui nous fait défaut dans notre prestation de service.

L'assistante me prévient de son arrivée et m'avise qu'il est accompagné d'un graphiste de son entreprise.

Je reconnais à nouveau ce parfum de Jasmin et je dois regarder à deux fois celui qui me fait face à présent : le gringalet est juste devant moi et sa brusque pâleur m'indique qu'il m'a reconnu également.

Cette journée devient très intéressante. Maintenant que tu es porté de main, je ne vais pas te lâcher mon petit. 

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