Meira aimait passer des heures à observer le monde autour d'elle. Elle avait toujours aimé le faire, aussi loin qu'elle s'en souvienne. Le paysage dans lequel elle avait la chance d'évoluer était si beau. Ici, tout était enchanteur, les prairies s'étalaient à perte de vue et les rayons de soleil les éclairaient de la plus délicieuse des façons. Quelques poussières se révélaient, élégamment, elles flottaient, avec toute la tranquillité du monde, suspendues dans l'air et dans le temps. Elles virevoltaient, lorsqu'une personne tangible les frôlaient et restaient immobiles lorsqu'il s'agissait d'un être intangible, un élu. Ils étaient peu nombreux dans ce cas, peu nombreux à être suffisamment proches de la magie, pour que leurs corps se fondent en elle, pour qu'ils deviennent semblables à l'air figé.
Meira avança dans la prairie, saluant les personnes qu'elle croisait sur sa route. Elles étaient nombreuses. Elle fit un sourire à Démétore, une jeune fille, aussi tangible qu'elle, avec qui elle courrait parfois dans les champs. Elle aimait embrasser ses joues et faire des parties de cache-cache avec elle. Démétore lui répondit, distraitement, alors qu'elle était en pleine conversation avec l'un des êtres si proches de la magie, Fendral. C'était une personne d'un certain âge, mais avec des traits qui savaient rester doux. Elle avait en permanence un air tendre et maternel, seulement, elle avait une douceur telle que Meira était mal à l'aise en sa présence. Elle se sentait brusque, maladroite ou même vulgaire quand elle était avec elle. Comme si elle était indigne d'être en sa présence. Pourtant Fendral n'avait jamais rien dit de tel, au contraire, elle ne faisait que la rassurer.
Meira continua d'avancer de son pas lent et clopinant. Au milieu de ce paysage exquis, elle se sentait laide et ridicule, avec cette patte folle et ses cicatrices qui lui barraient le ventre. Elle n'était pas la seule à avoir des plaies et des douleurs, mais les balafres qu'elle portait, c'était à elle de les assumer. Malgré tout, elle aimait marcher. Elle aimait voir les paysages célestes qui défilaient, si lentement. Parfois, elle s'immobilisait et fermait les yeux face à tant de beauté pour se concentrer sur son ouïe. Elle écoutait alors le chant de la magie, son crépitement si caractéristique. La magie ambiante chantait de façon différente suivant le lieu où elle se trouvait. Si elle décidait de s'approcher du haut des prairies, elle entendrait son chant plus clairement. Si elle préférait aller jusqu'au lac, immense, où se réunissait tant de personnes parlant et chantant bruyamment, elle ne le saisirait plus que par vagues, presque violente. C'était pour ça que tous se réunissaient ici, ils dansaient sur son rythme, sur ses courants, sur ses vagues, sur son chant. Si elle avait pu danser comme certains de ses êtres, directement sur l'eau, sans provoquer le moindre clapotis, elle aurait aimé aller là-bas.
Seulement, la danse n'était pas faite pour elle ou plutôt Meira ne lui était pas dédiée. Elle, elle aimait seulement marcher. Alors elle marcha, comme toujours, elle allait toujours au même endroit, à la fin. Peu importait les détours, les arrêts et les observations contemplatives. Elle se retrouvait toujours face à cette porte, à peine une fenêtre en réalité, une fenêtre sombre et embrumée. Certains murmuraient qu'il s'agissait d'une porte vers un autre monde, un monde de violence et d'angoisse, un monde mauvais. Meira adorait écouter ces vielles histoires et ces légendes. Ils étaient peu nombreux à en parler, mais une tangible, une personne bien éloignée de la magie, prenait le temps de les noter et de les classer. Meira allait souvent dans cette bibliothèque. Elle écoutait les mots, lancés avec force, par la voix d'Eryne. Elle écoutait les vers, les dissonances et cette musique toute particulière. Elle aimait ces moment-là, pourtant, elle ne bifurqua pas vers la bibliothèque. Elle poursuivit son chemin jusqu'à la porte. Elle avait parfois l'impression désagréable de tourner en rond, en permanence. D'avancer pour mieux reculer. De changer en permanence de direction, lentement, douloureusement, pour se retrouver finalement toujours au même point de départ.
Elle finit par se retrouver face à elle. Elle en écouta le sublime chant qui s'en dégageait et observa ses éclats brillants, miroitants par moment. Elle aurait aimé la traverser, mais ça n'était pas possible pour les êtres comme elle. Il fallait être aimé de la magie et en faire partie pour pouvoir passer. C'était le seul moyen, mais personne ne partait pour autant, car leur monde, leur pays et finalement leurs vies étaient merveilleux. Il n'y avait rien de mieux à souhaiter. Tous le lui disaient et pourtant ... Meira continuait de regarder cette porte pour un autre lieu, en se demandant, pourquoi, à la naissance, elle n'avait pas été aimé par la terre. Pourquoi avait-elle été désavouée par la magie ? Elle avait gagné un corps, une résistance à l'air, une possibilité de déplacer des objets et elle avait perdue tout espoir de fuite. A l'instant même de sa naissance, elle avait été condamnée à observer ce monde de toute beauté, sans le moindre espoir de pouvoir aller plus loin.
— Que fais-tu encore là ? Meira ... Je ne comprends pas tes espoirs.
Elle se tourna vers cette femme qui était comme une mère pour elle. Elle n'était pas tangible, ce qui lui conférait à la fois un air translucide et brillant. Tous les aimés de la magie ne brillaient pas de la même façon. Celle qu'elle nommait 'mère' était sublime à ses yeux comme si elle était faites des poussières les plus blanches et des plus beaux éclats lumineux. Si elle l'avait voulu, cette femme aurait pu traverser la porte à cet instant-même, par caprice ou curiosité, elle aurait pu fuir leur monde divinement calme, doux, tendre ... pour un ailleurs. Pour l'inconnu. Pour l'aventure, la découverte ... peut-être pour la vie aussi.
— Je voudrais voir quelque chose de nouveau. Tout est si morne.
— Calme ... Serein.
— Mort.
— Dansant au rythme de la magie. De la beauté.
— Il n'y a rien ... Rien ne se passe ... Jamais.
— Que voudrais-tu qu'il se passe ?
— Que de nouvelles personnes arrivent ... que d'autres repartes.
— On dit que seule la violence règne là-bas. Peut-être ne peuvent-ils pas venir ? Et qui souhaiterai partir ? Notre endroit n'est-il pas parfait ? Écoute la magie. Ecoute son souffle. N'est-ce pas merveilleux ?
Meira fit de son mieux pour entendre, sentir, vivre et elle devait reconnaître que ce monde était merveilleux, sublime, féérique et qu'elle ne pouvait espérer davantage de lui. Seulement, au fond de son cœur, elle rêvait toujours d'autre chose.
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Meira
FantasyMeira vit dans un pays fantastique, un endroit magnifique mais terriblement ennuyant. Elle est jeune et elle désire tout découvrir. Seulement, elle n'est pas aussi proche des esprits que certains élus et traverser la porte qui sépare les mondes va l...
