c'était là -

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La soirée chez Max, mon pote se déroulait de plus en plus mal, me concernant. Je ne supportais plus l'alcool, la musique m'explosait les tympans à chaque vibration d'enceinte, je voyais flou et plus moyen de marcher droit. Je me demande encore comment ma mémoire pouvait fonctionner ; j'étais hors-service. Il devait être trois heures du matin, le salon transpirait d'étudiants qui dansent, la cuisine grouillait de couples bras-dessus bras-dessous qui s'embrassent, et j'errais dans l'appartement à la recherche d'une fenêtre au moins. On a dû me proposer de fumer je-ne-sais-quoi réunis dans une feuille de cigarette, au moins dix fois ; je n'ai fait que refuser.

Je ne sais pas ce qui est passé par la tête de Max en organisant cette soirée et en invitant tous ces gens — j'ai toujours su qu'il avait de drôles de fréquentations (sans m'y inclure), mais il y a des limites. Je crois qu'il a changé. N'empêche qu'il fallait que je sorte, j'avais besoin d'air et au sens propre.

J'ai enfin trouvé une porte après cinq minutes à vagabonder et agoniser dans la maison. Je ne sais pas si c'est mieux pour les voisins, mais Max vit au rez-de-chaussée de son appartement. La musique allait encore bien fort après avoir fermé la porte d'entrée, mais ça faisait un bien fou. Je suis sorti du hall et j'ai avancé sur le trottoir désert et sombre et je me suis assis sur la bordure, la tête entre les mains pour empêcher une potentielle explosion. Et bien que persuadé d'avoir bien fermé derrière moi, je l'ai entendue claquer une seconde fois. Trop fiévreux pour tourner la tête, j'ai renoncé à tendre un regard pour savoir qui c'était. Cependant, la personne vint s'assoit à ma droite, non-chalamment au possible. Une fille. Mes mains tombèrent sur mes genoux et je lançai un œil à ma voisine. Des cheveux vert sapin emmêlés comme si elle venait de se réveiller tombaient durement sur ses épaules cachées sous un immense sweat gris foncé dix fois trop grand pour elle.

_ Hey, ai-je lancé, lointain mais tentant de paraître sympathique.

Aucune réponse. Elle n'avait peut-être pas entendu. Mais je pense surtout qu'elle n'avait pas envie de parler.

La nuit m'empêchait de voir son visage ; les lampadaires étaient trop loin pour nous. Son sac à dos tomba lourdement sur le sol et elle se prit la tête entre les mains comme j'avais fait plus tôt. Toujours sans la regarder, j'ai osé :

_ T'as de l'aspirine ?

Elle se tourna silencieusement vers son sac à dos à l'opposé de moi, fouilla quelque secondes et s'arrêta brusquement.

_ C'est quoi ton nom ? réfléchissait-elle avec une voix cassée qui avait un charme fou.
_ Ambroise.

Elle se tourna d'un geste de mon côté avec une plaquette ne possédant plus qu'un cachet blanc, ainsi qu'une bouteille d'eau minérale presque vide. Enfin je pouvais la voir. Une dose impressionnante de mascara avait coulé sur le haut de ses joues aux tâches de rousseur, lui formant des cernes plus sombres que le ciel. Une fine frange approximative et mal coupée ornait son front et tombait sur ses tempes.

_ Je croyais que c'était un nom de fille.
_ Comme quoi, dis-je en acceptant ce qu'elle me tendait. Merci.

Ses mains pâles comme le marbre, presque transparentes se sont cachées dans ses longues manches comme deux escargots, et y ont disparu.

_ Et toi ? proposais-je en lui rendant ses affaires.
_ Oublie-moi, Ambroise. On ne se reverra sans doute plus jamais, ça ne sert à rien.

Ayant refermé rapidement son sac, elle se leva finalement, sans plus un regard pour moi.

_ Attends ...
_ Ravie de t'avoir été utile. Tu aurais été le seul point positif de ma soirée.
_ Mais tu vas pas rentrer chez toi comme ça !
_ J'habite au bout de la rue, tu sais. Ça devrait aller.
_ Mais ...
_ Salut.

Ses Docs claquaient à chaque pas lent sur le trottoir peu éclairé. Ses fines jambes pâles étaient découvertes par une courte jupe plissée. Je la regardais s'éloigner dans la lueur du soir. Soudain elle s'arrêta et se retourna lentement vers moi, comme si elle avait oublié quelque chose.

_ T'es mignon, Ambroise. Mais ton prénom ne te va pas.
_ Je-euh ... merci.

Et elle s'en est allée sans plus un mot ni regard derrière elle. J'ai été con de l'avoir laissée partir comme ça.

les sapins et les lampadairesCerita yang bikin terobses. Temukan sekarang