Qui suis-je ? Une femme parmi tant d'autres. Où suis-je ? Peut-être à Nice où je me couchais hier soir, ou peut-être ailleurs, loin de toute civilisation.
J’ouvre lentement les yeux et reconnais la plage, le clapotis régulier des vagues, et la mer, toujours aussi interminable. Qu’ai-je encore fait lorsque la lune s’est levée ?
Oui, ça paraît compliqué mais c’est la vérité. La moi du jour est l’exact opposé de celle de la nuit. La dernière révèle mon côté obscur alors que l’autre me fait passer pour quelqu’un d’ordinaire.
Je baisse les yeux et retrouve mon téléphone un peu plus loin sur les galets. Je filme souvent mes épopées nocturnes. Je déverrouille l’appareil et clique sur l’album photos. Là, la vidéo la plus récente date bien de la veille, au alentour de minuit. Mon doigt appuie doucement sur le court-métrage. Je découvre qu’il dure deux heures. Je l’enclenche et fait rapidement défiler les multiples actions. Je m’arrête brusquement, trouvant un acte inhabituel : il semble que ce soit moi, escaladant le mur d'un studio. Le seul accessible étant celui de la Victorine, je devine qu’il s'agit de lui.
J’entends d'autres voix, je n’étais donc pas seule. Je distingue une caméra dans la main d’un de mes complices. Que voulions-nous faire ? Je continue mes recherches et finis par trouver mes "amis" à l’intérieur des mythiques studios, cherchant un décor approprié pour, d’après ce que je comprends, terminer le tournage d'un film.
Nous finissons, ou plutôt ils, (car je ne pense pas appartenir à leur monde) par dénicher la salle parfaite. Elle semble immense, plusieurs armoires de style vintage sont disposées, donnant l'impression d’un voyage temporel. Les lumières sortent de grands lustres en diamant, accrochés à un plafond tellement haut qu’il en donne le vertige.
Tout le monde se place. Cela ressemble à un tournage des plus sérieux. La "réalisatrice" arrive et remet à chacun son texte, elle a l’air posée et respectée, tout le contraire des jeunes présents autour d’elle. Elle a même droit à une chaise marquée de son nom : Jodie.
Soudain, un bruit mat me fait revenir à la réalité, sur la plage, devant la promenade des Anglais. Il s’agit d’une pierre jeté sur ses semblables. Je m’aperçois que le lanceur est un garçon d’environ mon âge qui m’observe de loin. Je crois l’avoir déjà vu, je dirige mon regard vers mon écran et le découvre, souriant à la caméra. Oh mon Dieu, j’espère qu’il ne m’a pas reconnu ! Je rassemble mes affaires (ce qui se résume à un paquet de chips à moitié entamé, mon sac à main et mon précieux jouet électronique), et déguerpis, fuyant l’étranger qui croit avoir passé la nuit avec moi. Il me suit, tentant de me rattraper, mais il n’y arrivera pas, je courrai jusqu’à perdre mon souffle et regagnerai mon hôtel coûte que coûte.
Je parviens enfin à rentrer dans l'établissement où j’aurai dû me réveiller ce matin, après un sommeil réparateur. Je transpire légèrement et essaie de récupérer un rythme cardiaque normal. La femme de l'accueil me jette un regard dégoûté, il semble clair qu’ici, les gens sont distingués et sophistiqués, pas du genre à courir pour fuir un garçon rencontré par erreur la nuit précédente !
Je m’annonce comme la petite-fille du directeur. N’ayant pas l’air très convaincu, elle décide de vérifier mes dires. Son supérieur décroche et elle le questionne. Voyant que la description physique donnée semble me correspondre, elle me demande ma carte d’identité. Je la lui tends et peux enfin retrouver ma confortable suite du dernier étage.
Bien installée dans le canapé, je décide de continuer la vidéo en vitesse accélérée. Le film semble parler de deux amants rendus fous par leurs familles. L'histoire ressemble un peu à la pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette mais en plus moderne. Je, ou plutôt l’autre moi, joue Juliette. Roméo est le garçon qui me poursuivait tout à l'heure. Je regarde l'heure, elle avance à une vitesse folle ! Je devrais partir. Mon train pour Paris, - où je dois présenter une conférence sur l’importance d’établissements plus adaptés pour les orphelins - part dans une quarantaine de minutes. Il serait bête de le rater pour une stupide vidéo ! Je sors de ma chambre et cours vers l’avenue Thiers, vers la gare.
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La vie n'est pas un gage
Short StoryQui suis-je ? Une femme parmi tant d'autres. Où suis-je ? Peut-être à Nice où je me couchais hier soir, ou peut-être ailleurs, loin de toute civilisation... ---------------------------------------------------- Cette nouvelle a terminé première à un...
