Le bruit des vagues, le doux son des pins bougeant de gauche à droite, laissant échapper une odeur d'écorce fraîchement renouvelée par la saison nouvelle. C'était les moments les plus agréables de l'année, leurs virées fraternelles renforçant leur liens fragilisés par la vie.
Ils étaient tout deux assis dans le sable, un verre de vin à la main; se tenant au courant de la moindre anecdote ignorée sur les connaissances communes. Plus jeunes, ils ne s'intéressaient pas l'un à l'autre; il est certain que la limite d'âge jouait dessus. Quels adolescents âgés de quinze et dix-sept ans s'entendent à merveille? C'est seulement à partir de leurs départs respectifs que des liens se créèrent, des passions communes, des événements auxquels ils allaient avec plaisir, des amis communs et des week-end à deux.
Revenons au moment présent. Bien que le paysage soit agréable, le froid se faisait sentir de plus en plus. Le vent se levait laissant place à la lune. Il était temps de rentrer, le repas se faisait attendre et la nuit tombait rapidement.
Il était si fier, elle avait toujours été ambitieuse, mais au point d'être disputée par plusieurs grandes maisons d'éditions, il n'aurait espéré mieux. Ils l'imaginaient déjà Best seller de l'année ou encore gagnante d'un prix au festival du livre, qui sait, l'avenir peut être reconnaissant des efforts fournis par chacun.
Quant à lui, habitant au dernier étage des plus beaux appartements Rue des carmes, il était serveur dans un salon de thé, dont une atmosphère chic et détendue s'en dégageait, exactement ce qui le représentait. Passionné par la photographie et l'art, il passait le plus clair de son temps libre dans les musées ou à photographier les détails de la vie dont il aimait garder la trace. Pas de compagne de son côté, contrairement à sa sœur qui elle était déjà fiancée . Mais il aimait sa routine et sa vie paisible.
Après le repas, ils allèrent se coucher. Un départ plutôt matinal était annoncé suite aux embouteillages prédits sur le trajet. Durant toute la nuit, la pluie et l'orage se succédant, les arbres se bousculant violemment laissaient constater que la douce soirée de la veille était bien loin. Il fut de même le lendemain matin quand ils prirent la route. Les fossés étaient débordant, créant une légère couche d'eau glissante sur la route.
Il aurait été plus prudent de faire demi tour avant que la voiture ne se transforme en ski nautique. Mais c'était trop tard. Un énorme fracas survint. Ce fût le noir total.
Elle cligna des yeux. Un temps indéfini s'écoula avant qu'elle ne les rouvrent complètement, sous la lumière bleu et aveuglante. Il faisait encore nuit. Elle tourna lentement la tête, et vit un camion renversé sur le bas côté opposé. Les bruits semblaient lointains comme étouffés. Malgré une vague d'angoisse qui l'envahit, entre pompiers, policiers et spectateurs tournant autour de la scène telle un film, ses habits recouverts de sang, le froid glacial qui paralysait tout son corps, elle chuchota doucement...
« Où est il ? »
A peine avait elle eu le temps de finir sa phrase, elle fut montée d'une rapidité éclair dans un des camions. En effet elle ne savait pas où il était. Elle avait simplement constaté les rapides aller-retour des pompiers vers leur voiture. Elle n'était pas en état de s'imaginer des choses et c'était sûrement mieux ainsi.
Coincé entre la portière et le toit écrasé, ses jambes compressées par l'avant de la voiture il était inconscient. Les pompiers essayant de le sortir sans provoquer de trop grosse hémorragie, échouèrent dès qu'il le déplacèrent.
Son corps n'était qu'horreur. Sa jambe gauche avait été écrasée par la pression contre la portière, son visage était couvert de plaies profondes, comme chaque parties de son corps mises à nu. Son rythme cardiaque s'affaiblissait à chaque minute qui passait. Son espérance de vie diminuait à chaque seconde qui s'écoulait.
Il fut transporté dans un centre hospitalier dès qu'il fut possible de le bouger sans qu'il perde des litres de sang. Les allez retour des médecins, les massages cardiaques, les scanners, rien n'y faisait, aucunes réactions.
Elle, s'en sortait simplement avec une fracture du tibia et de l'humérus et quelques côtes fêlées. Quel serait son état quand elle apprendrait celui de son frère. Elle n'avait pour le moment aucuns droits d'informations tant que les vérifications d'identité n'étaient pas faites.
Et je vous assure, ce fût long, très long. Vous imaginez vous en plein cauchemars sans savoir dans quel état est la personne avec qui vous étiez, car on refuse de vous donnez l'accès au dossier alors que vous savez qui vous êtes, alors que ça y est vous êtes en état de vous imaginer le pire. Que vous avez peur à chaque fois que vous voyez un médecin approcher, que vous vous répétez en boucle la pire annonce possible. C'est un calvaire. Les minutes paraissent être des heures interminables. Jusqu'à ce qu'enfin on vous annonce que vos week-end, vos fou rire, vos sorties, vos disputes, votre mariage, votre édition, les premiers pas de votre enfant, vos dîners en famille, tout ça se fera à présent sans lui. Que vos prochains mois, années, ne seront que des larmes, puis une reprise en main et une vie heureuse avec son souvenir qui suivra.
Quelque soit la suite qui l'attendait, il n'était plus.
