Première partie

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La clochette du magasin retentit, laissant entrer un petit garçon au visage joufflu. Il portait une jolie casquette  jaune  et  un  bermuda  à  carreaux.  L'enfant  semblait  perdu,  ses  yeux  trahissaient  un mélange d'inquiétude et d'espoir. Il avança timidement dans le magasin, en direction du comptoir. Quand il arriva, il dut se mettre sur la pointe des pieds pour voir la personne en face de lui. C'était un homme âgé, portant une moustache grise imposante et des cheveux frisés. Il affichait un sourire amical, faisant apparaître des rides aux coins de sa bouche. Le vieil homme se pencha en avant, observant attentivement son client.

« C'est vous le fabricant de masques ? » demanda simplement l'enfant.

L'artisan s'approcha du gamin et s'accroupit pour être à sa hauteur. Il lui fit un large sourire et répondit :

«  Oui mon petit, que puis-je faire pour toi ? »

L'enfant ne répondit pas tout de suite mais observa l'environnement l'entourant. Les murs étaient chargés de masques tous plus beaux les uns que les autres, avec comme particularité, celle de laisser entrevoir la partie inférieure du visage. Certains portaient fièrement de belles plumes de paon, d'autres étaient ornés de perles de toutes les couleurs. Chacun dégageait une personnalité singulière et semblait l'observer. Le petit garçon était comme hypnotisé par toute cette beauté. Il quitta le comptoir pour s'approcher d'un masque exposé sur une jolie étagère mitoyenne. L'objet était majestueux, composé de soie dorée et de paillettes. Il ferma les yeux et aperçut un château imposant dans une forêt lumineuse. Etait-il en train de rêver ? Le petit garçon revint rapidement à la réalité en secouant la tête. Il observa une dernière fois l'objet en fronçant les sourcils puis revint vers le vieil homme. Ce dernier avait observé la scène sans bouger, d'un œil amusé. L'enfant pencha la tête sur le côté afin de mieux observer son interlocuteur, mais son regard trahissait une question muette qu'il n'osait pas poser. Le petit haussa les épaules et regarda l'artisan d'un ton sérieux.

« J'ai entendu dire que vous étiez un magicien. C'est vrai ? » demanda l'enfant les yeux pétillants.

« Disons que je suis capable de choses qui ne s'expliquent pas. » répondit simplement l'artisan. « Je peux peut-être faire quelque chose pour toi. »

« Vous croyez ? » répliqua l'enfant, sceptique.

Le vieil homme regarda ce petit garçon qui avait poussé la porte de sa boutique. Il était si jeune et si fragile et pourtant, une lueur dans son regard trahissait une méfiance qu'il tentait de dissimuler. L'artisan se demanda quelle vie avait cet enfant, pour ne pas croire en la magie.

« En général, les personnes qui viennent ici sont désespérées et ont perdu quelque chose qu'elles aimeraient retrouver. » expliqua-t-il. Puis il ajouta : « Es-tu malheureux ? »

Le petit hocha la tête et répondit : « Moi aussi j'ai perdu quelque chose. »

Pour la première fois, le vieillard vit les yeux de l'enfant briller. Ils s'emplirent de larmes et sa lèvre se mit à trembler.

«  Ma Maman tenait la boulangerie dans le coin de la rue. Je passais mes journées avec elle, à goûter tous les gâteaux. Les gens étaient toujours contents quand ils venaient acheter une baguette. Il y faisait  bon  vivre...  Mais  aujourd'hui,  ma  Maman est  allée  rejoindre  les  anges  et  la  boulangerie n'existe plus. »

Les larmes coulèrent sur les joues de l'enfant. Le vieil artisan, ému par l'histoire du petit garçon, fouilla dans sa poche et lui tendit un mouchoir. D'une voix douce, il lui dit :

«  Je suis désolé bonhomme, mais je ne peux pas faire revivre ta Maman... »

L'enfant le regarda avec des yeux implorants. Il y avait une telle tristesse dans ses iris marron, que l'homme aux masques en eut mal au cœur. Habituellement, il parvenait toujours à garder une certaine distance avec le malheur et le désespoir de ses clients. Au fil des années, il avait appris à bâtir un mur entre ses sentiments et ceux des personnes qui lui rendaient visite, afin de ne pas en être affecté et de rester impassible. S'il montrait sa propre faiblesse, il savait qu'il ne serait plus crédible. Cependant, pour la première fois de sa vie, il se sentait impuissant face à la douleur de cet enfant. Mais, il se ressaisit rapidement :

« Je peux tout de même t'apporter un petit peu de bonheur si tu le souhaites. »

« Comment ? » demanda le petit garçon, les yeux déjà pleins d'étincelles.

L'artisan le regarda un moment. L'enfance.... Le moment de la vie où tous les rêves sont permis... C'était la plus magique des périodes d'un être humain, car il pouvait se permettre de croire en des choses insensées et de combler sa tête de désirs. Les yeux du vieillard s'emplirent de nostalgie. Il regrettait cette époque d'insouciance et d'innocence. Pourtant, c'était bien lui qui vivait grâce à la magie et qui tentait de redonner espoir à un enfant.

« Que dirais-tu de visiter une dernière fois la boulangerie de ta Maman ? »

Le modeleur de rêves [TERMINÉ]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant