A c h i l l e

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Les rues désertes et corps aigris gisaient dans l'ombre rafraîchissante, protégeant du soleil de minuit intarissable et aveuglant. Les lèvres asséchées étaient muettes, alors que seul un mot passait dans leur gorge serrées, s'entassant dans l'écho lointain des fenêtres. "Chimère". Prenez garde à ne pas écorcher ce nom, qui avait fondé un Etat sur de l'or sur lequel seuls ceux choisis avaient le droit d'y siéger, et avaient ainsi soudés en des nations, républiques et monarchies, un seul et unique Grand Empire.

L'idée avait tout d'abord semblé humblement noble. A l'image de la Bête Chimérique originelle, composée d'un lion, un serpent et une chèvre, il s'agissait d'unir les trois pôles principaux de la planète mondialisée. En renforcer les forces, en diminuer les faiblesses. Mais il ne s'agissait en vérité que d'une idéologie bien particulière, celle de devenir Empereur du Monde.

Depuis cette création d'Etat unique, un mélange parfait entre communisme et capitalisme avait prit place. Le peuple travaillait, était autonome, mais devait échangé chaque billet vert contre un ticket noir de rationnement qui était en sous effectif, se tassant en des appartements délabrés et bondés, protégeant tant bien que mal de la chaleur infernale d'hiver, si particulière à notre siècle.

Si seulement il n'y avait que l'état d'un Etat en construction qui posait problème au peuple. Cette Bête était constituée d'un haut rang, venant de ceux qui avaient aidé à créer cette immondice, ainsi que de la lignée de sang de celle ci, vivait donc dans des palais posés dans les plus belles grandes capitales. Alors que La Seine rouge était assechée, portant une Versailles chimérique, la maison blanche était endiablée, La cité interdite était possédée. Cet enfer doré était le doux fruit de l'Empire mondial, qui contrôlait des mots jusqu'à l'âme.

Une nouvelle langue était née avec cette dictature de feu. L'horrible Cheimé, qui en ferait pâlir Voltaire et mourir Shakespear. La langue en elle même n'autorisait aucun écart, aucune individualité, si bien qu'aucun mot n'existait pour présenter le genre ou l'âge même d'une personne, ainsi qu'aucune rancoeur ne pouvait y être designée. Tous les mots donnés aux peuples ne renfermaient que des idées positives, comme pour éviter ne serait-ce qu'une insulte pour cet enfer. Alors, les sujets les plus épuisés inventaient les leurs. Des mots qui n'existaient pas, venant de mélanges de restes de pages brûlées, d'union de deux thèmes, ou de sons eux même, mais dont la création pouvait toutefois être bien sévèrement puni.

C'est ainsi qu'Achille posa pied en Paris, venant tout droit de Moyen-Orient. L'homme à la peau sable et aux cheveux d'ébène, marchait dans les grandes rues fantômatiques, qu'il aurait parfaitement sû décrire, grâce aux livres qui avaient pu garder la vie sauve que ses grands grands grands parents avaient gardés. Dès son premier pas, une centaine de caméras occupant la petite ruelle tournait une par une son oeil vers lui, alors que les yeux émeraude du jeune homme s'obstinaient à regarder droit devant eux. Ses lèvres sèches esquissaient un doux sourire, le simple minimum lorsque la Chimère n'attend qu'une erreur pour attaquer. S'enfonçant dans le ventre français de la Bête dont l'appétit industriel grognait à mesure que la levée de fumée noire s'élevait dans le ciel, qui sortait de ses narines même, Achille se dirigeait donc vers le Versailles du lion solitaire dénué de crinière, qui se prenait pour le roi des animaux.

L'arabe arrivait dans l'une des multiples ruelles délabrées, dont seul le nom pouvait effrayer. Les hauts bâtiments d'une quinzaine d'étages n'étaient que cendres, alors que seule leur hauteurs permettaient aux ombres humaines d'ici-bàs de ne pas fondre sous la lumière. Les habitations y étant moindres, le désert de hauteur précédement vu avait laissé place à une hécatombe vivante, où nombreuses familles étaient assises contre les minuscules débris, protégeant plus jeunes en cachant ainsi une haine horrible, alors que tous leurs os étaient détaillés et luisants sous le peu de chair qui couvrait chacun d'eux. La démarche de l'homme en costume noir semblait en réveiller quelques uns, qui troqueraient bien leurs liberté pour un simple vêtement à rapiécer pour en faire une couverture, pouvant empêcher le soleil d'entrer, et qui ne pouvaient s'empêcher de ressentir jalousie et haine pour cet homme qui semblait vendre son âme au diable, et qui passait impassible devant ceux qui se sentaient privilégiés en siégant dans le fond de la Seine disparue, utilisant les rebords du cadavre du fleuve afin de se dissimuler un tant soit peu.

Vint alors enfin Versailles. Le paysage monarchique associé à la liberté avait bien changé. Pour commencer, des murs épais et hauts entouraient le terrain tout entier, empêchant quiconque du peuple de ne serait-ce qu'apercevoir la vision du symbole même de l'Empire. Après passé ces murs, on pouvait ainsi avoir accès à des jardins immenses de palmiers et cactus, entourant un radieux palais de verre, surmonté de nombreux appartements. Tous ceux qui travaillaient activement au bienfait de la Chimère y résidaient. Eux, n'avaient ni tickets noirs, ni soleil aveuglant. Ni eau corrumpue, ni odeurs douteuses. Eux étaient favorisés, et avaient en tant qu'animal domestique la Bête elle même. C'est alors que sans un bruit, Achille se présentait aux yeux mécaniques et rouges, qui le firent ensuite pénétrer l'estomac même, couvert de divers panneaux solaires lui fournissant l'énergie nécessaire afin d'être eux même indépendant du reste unifié. Les lèvres figées d'un sourire se mirent ensuite à s'ouvrir.

"Achille Moeurs".

Les portes du palais s'ouvraient aussitôt, laissant ainsi entrer la proie, la laissant marcher entre les murs de mirroirs. Serpentant ainsi, il fut amené à une pièce immense, entièrement vide, constitué uniquement d'un unique bureau face à une tour, qui une fois démarée servait à dévoiler des hologrames servant d'écran. Il prenait alors son poste, détraqueur de cette bête à tête de lion, sacrifice qu'il offrait de lui même, ou plus communément appelé, Ministre. Oui, il se donnait avec le sourire, cachant ses réelles idées du peuple et du monstre, prêt à succomber en tant qu'héro, dans l'anonyme que privilégerait le peu d'ombre de Paris. Même à mains nus, Achille Moeurs ne cédera jamais face à cette bête aux yeux multiples. Il ne cédera pas. Jusqu'à ce que la Chimère en ôte le dernier souffle, il ne l'autoriserait jamais, pas même une seconde, à prendre son talon dans l'une de ses gueules aux dents acérées.

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⏰ Última actualización: Dec 19, 2020 ⏰

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