Dear Kimberley

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Chère Kimberley,
Bonjour, ou bonsoir cela dépendra de l'heure à laquelle tu me liras.
J'espère que tu te portes bien, que tu es en parfaite santé, assez pour ne pas faire une attaque en plein milieu de ta lecture. Mais qui sait peut-être que ta disparition rendrait service aux femmes qui se préparent à bâtir leur propre foyer. Pour que sur leur chemin, tu ne te tapes pas leur mari, ce domaine dans lequel tu es spécialisée. Michtonnerie.

Tu te demandes sûrement qui se plait encore à envoyer des lettres en 2018; quelle amoureuse d'art je suis; ou, quelle personne pourrait coucher sur le papier toute la haine que tu lui inspires. Quel beau geste. Eh bien, entamons les présentations !

Je m'appelle Andrea Kwan. Et ce nom t'es familier. Oui, je suis la fiancée de Jake. Tu sais, l'homme qui est censé se marier et fonder une famille, que tu as essayé de me piquer.
Je soupçonnais déjà ton existence auparavant. Juan Carlos passait moins souvent à la maison, cachait des factures de vêtements, de restaurant, de montres et d'autres merdes dans sa poche. Aussi cela m'a paru étrange qu'il m'ait demandé ma main en précipitation. Et tout cela à cause, pour et grâce à toi.
Enfin , ne te sens pas trop importante, cela aurait pu être toi ou une autre.

Passons, je t'épargne les détails de mes suspicions. Sautons directement à l'épisode de la révélation.
Celui-ci s'est déroulé il y a quelques jours, mercredi dernier, je ne sais plus. Permets-moi de t'exposer le scénario.

Vers vingt-deux heures quarante nous étions chez lui. Il n'est point nécessaire de te donner les indications, tu sais exactement où cela se trouve, si? Poursuivons. Nous sommes allés à son appartement, un peu amochés d'ailleurs, tu connais nos habitudes. Je te parle des soirs où nous sortons ENSEMBLE, en compagnie de nos amis et leurs compagnons. Et c'est également ce que nous sommes, lui et moi. Des compagnons.

Alors, nous avons gravi les marches menant à sa porte. Toi et ses autres fréquentations, vous êtes-vous déjà plaintes de l'absence d'ascenseur à cet endroit? Non parce que, je suis là première à y avoir mis les pieds et, encore maintenant je finis essoufflée suite à la traversée fatiguant de ces escaliers.

Une fois entrés, nos vestes ont disparues je ne sais où, pareil pour nos chaussures.
La peau perlée de sueur, il a entrepris de se libérer de tous ses effets personnels (à l'exception de ses colliers et bracelets portes-bonheur), et s'est engouffré dans la salle de bain. M'offrant gratuitement ses cachoteries en l'espace de quinze courtes minutes. Curieuse, est mon second prénom. J'imagine que dans sa tête, depuis cette nuit, il regrette d'avoir bu trop de whisky.

Devine ce que j'ai fait!
J'ai déverrouillé son portable —je l'ai observé exécuter son mot de passe tous les jours, en attente de cet instant d'inattention— et ai fouillé à l'intérieur.

Au départ, c'est parti d'une farce que je souhaitais lui faire. Je croyais que dans ses dossiers il gardait précieusement de vieux clichés de son enfance, et des films cochons. Et sans surprise, il y en avait des masses dans sa galerie ; possédait en plus, des applications douteuses ...
Mais en creusant un peu trop, j'ai aperçu entre deux snaps , ton visage. Celui d'une gamine doublée d'une fausse blonde. Parce que, c'est ce que tu es , non? Une adolescente aux cheveux massacrés par la teinture, camouflant tes mèches sombres.

Cherchant plus profondément, je me suis rendue compte que ton nom dans ses contacts était celui de son jeune frère, Joshua, le savais-tu ?
Ah oui, pour info, j'ai transféré tout ce que j'ai vu sur mon téléphone. Tout, il ne manque pas un seul de tes nudes.
Voilà, petite pause. Avant que tu ne fasses une syncope.

Reprenons. Il est sorti de sa douche embuée, une serviette autour de la taille. Je doute qu'il était encore trop bourré.
Évidemment qu'il prévoyait de me faire l'amour. Me prendre doucement contre le matelas au-dessus duquel il a craché sa semence sur ton derrière facile. Pauvre fille.

Tu as aimé n'est-ce-pas? Toutes les fois où il t'administrait des va-et-vient répétitifs dans ce qui pourrait faire de toi une femme. Tu as aimé, non? Tu y as pris un malin plaisir. Les cadeaux qu'il t'a offert, les voyages qu'il t'a payé, tu n'en as refusé aucun, tu n'en as jamais eu assez. Jeune, stupide et cupide en plus. N'essaie surtout pas de me convaincre du contraire, si tu décides de répondre à ma lettre, les chiffres et les cartes de crédit le prouvent.

Finalement, il a compris, à la vue de mon expression faciale crispée et mes larmes formant un torrent le long de mes joues, que je venais de tout découvrir.
Cette séquence est beaucoup trop longue et chiante à raconter, je peux juste te dire que nous avons alterner entre coups, pleurs, menaces, et explications furtives. Ah, et en passant, il m'a confié ton numéro, et l'adresse de ta maison.
Réjouis-toi, les vraies femmes ne se déplacent pas pour de vulgaires amantes comme toi. Je ne me foutrai pas en spectacle, et ne deviendrai pas la bête de foire, ou faire la une des journaux dans tout Manille. Je préfère accorder ma haine à l'art et décorer ta boîte postale de mon écriture.

Mais juste une chose, Kim ... Pourquoi me fais-tu cela? C'est vrai, on ne se connaît pas, tu ne me dois rien. Mais quel type de satisfaction obtiens-tu en essayant de briser les projets que je me suis donnée tant bien que mal à réaliser au court de ces quatre dernières années?
Tu n'es qu'une jeune-fille, il m'a donné ton âge. Dix-neuf ans. Limite si tu sors à peine de l'adolescence.

Comment l'as-tu rencontré? Qu'est-ce-que vous vous êtes dit? Qu'est-ce-qui vous a poussé à échanger par la suite? Pourquoi as-tu continué de correspondre avec lui, sachant qu'il avait déjà une vie? Tu attends quoi, pour partir? Vider son compte en banque? Recevoir d'autres présents? T'es-tu demandée la souffrance que tu administrerais à sa future épouse, en entamant cette relation, toxique?

Contrairement à toi, je me fiche de la situation économique, sociale de cet homme. C'est moi qu'il a choisi il y a un bon moment déjà, pour vieillir auprès de lui . Quand j'ai appris la vérité et la nature de votre relation, il m'a promis de ne plus jamais te rappeler, ne plus te voir, ne plus rien t'acheter ... D'après lui, tu n'es qu'une vulgaire aventure, un petit plan baise pour décompresser. Rien de sérieux, et qu'il me choisissait et continuerait de me choisir si je le pardonnais.

Et toi, qu'en dis-tu? Devrais-je lui accorder mon pardon? Dis-moi que ferais-tu à ma place?
Que je suis bête, tu ne peux pas comprendre. Tu n'es que "l'autre" et le second choix, il est improbable que tu puisses un jour porter son nom.

Tant d'insultes et de moqueries en stocks, mais la prochaine fois peut-être parce que ce n'est pas le cas pour l'encre.
Je te souhaite une bonne journée, une bonne soirée, en attente de ta réponse. N'oublie pas, je prie pour le salut de ton âme de petite salope.

Sincèrement,

Andrea.

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⏰ Last updated: Nov 24, 2018 ⏰

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