Il neigeait. À travers ce rideau blanc, elle discernait au loin une montagne. Les rayons du soleil n'arrivaient pas à percer l'épaisse couche de nuage gris, d'où tombait cette poudre blanche.
Malgré les efforts de la jeune fille pour continuer à voir la montagne en face d'elle, la neige continuait de tomber, de plus en plus épaisse. Bientôt, elle ne vit que cela, qu'un épais drap blanc, qui englobait tout à perte de vue. Le paysage en face d'elle était uniformément blanc. Même en se tordant le cou, elle ne discernait pas les nuages au-dessus d'elle.
Voir toute cette neige qui tombait l'apeurait. Cela l'apeurait mais en même temps, elle était intriguée. Elle se demandait comment autant de neige pouvait tomber de ces nuages, comment autant de neige pouvait transformer à un tel point un paysage, où auparavant elle pouvait voir une montagne, et où maintenant elle ne voyait qu'une épaisse couche blanche, imperméable aux rayons du soleil.
Elle resta ainsi quelques temps. Le temps de voir que la neige qui tombait diminuait, petit à petit. Le temps de voir que les nuages, qu'elle pouvait à nouveau discerner dans le ciel, s'effilochaient. Ils s'effilochaient et lui laissaient entr'apercevoir des bribes de ciel bleu. Et, avec ce ciel d'un bleu azur, les rayons de soleil arrivèrent enfin. C'était magnifique. On eut dit que ces rayons de lumière dispersaient à eux seul le terrible manteau blanc dans lequel le monde de la jeune fille avait été enfermé durant un temps. Ils se reflétèrent alors sur la montagne, en face d'elle. Ils incendiaient la neige qui la recouvrait. Cette neige, la jeune fille la vit se transformer en un éclatant feu blanc, qui semblait consumer la montagne, dont les pics se perdaient dans le peu de nuages qui restaient dans le ciel.
Elle contemplait ce spectacle éclatant depuis le chalet, qui était perché dans la montagne faisant à celle que la neige consumait. La fenêtre se couvrant parfois de buée, elle l'effaçait de sa petite main d'enfant. Puis, elle reposait son menton sur ses mains croisées et se replongeait dans la contemplation de ce paysage de feu blanc. Dans le petit chalet de bois, elle sentait une délicieuse odeur qui embaumait l'air. Cette odeur, n'était-ce pas son père qui préparait le repas ? C'était bien lui. S'approchant de sa magnifique enfant, il la captura dans ses bras. Un rire cristallin éclata alors, tandis que la fille tentait de se libérer de cette étreinte paternelle.
Son père la reposa sur le sol et la petite fille courut jusqu'aux genoux de sa mère, qui l'attendait, assise à la table à manger. Ce fut à son tour de la capturer dans ses bras et de couvrir son visage de baisers. Le rire de la jeune fille repris de plus belle, vite rejoint par celui des deux parents. Ils étaient heureux, et ils mangèrent dans cette ambiance chaleureuse.
