L'Homme en Rouge

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"Il y a deux manières d'échapper à la souffrance et au mal : se laisser faire ou s'accrocher à ses espoirs..."

L'Homme en Rouge prit une gorgée de thé.

"Mais il arrive que se laisser faire s'avère plus douloureux, et que tous nos espoirs se soient effacés. Le mal prend alors le dessus et nous succombons. Alors dis moi, comment en réchappe-t-on ?"

Il planta son regard dans le mien avec un large sourire.

"Tu as une idée Amy ?"

Et je me réveillais.

Il faisait encore nuit. Je sentis la fraîcheur émanant de ma fenêtre ouverte. Je tendis le bras vers la droite de mon lit et sentis la place vide. Samuel n'était pas encore rentré. Tant mieux.

Je remuai dans mes couvertures, des bribes de rêves me revenant en mémoire. Tant bien que mal je tentai de me rendormir quand un bruit dans la cuisine me rappela pourquoi je m'étais réveillée. Doucement, je sortis de mon lit, et encore ensommeillée, je me dirigeai vers la cuisine. Le frigo était ouvert et un homme était penché devant. Je le reconnus.

-Samuel...dis-je.

Il se redressa et me regarda avec les yeux embués. Un sourire fou fendit son visage ravagé par l'alcool tandis qu'il levait la bière qu'il tenait dans sa main.

-Amy ! s'écria-t-il d'une voix forte, vacillant légèrement.

-Tu as bu...lui reprochai-je doucement.

Il s'avança en trébuchant vers moi et tenta de m'enlacer. Je fis un pas en arrière mais il s'entêta. Son haleine sentait la bière et le rhum. Je le repoussai en secouant la tête.

-Tu es saoul. Allons nous coucher silteplait.

Samuel se figea, puis son regard embrumé se durcit.

Avant que je n'ai le temps de réagir, il me frappa au visage avec une force qui me fit tomber. Une résistance que seule l'habitude procure m'empêcha de crier. Cela sembla l'agacer car il me frappa du pied au ventre. Cette fois je gémis.

-Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire ou pas ! m'hurla-t-il en ponctuant sa phrase d'un nouveau coup.

Je me recroquevillai. Voyant cela, Samuel poussa un grognement et alla se vautrer dans son fauteuil. M'avisant en train de me lever, il alluma la télévision et grommella :

-J'ai faim. Va me faire à manger.

Je vis l'heure - 04h27 du matin - mais ne dis rien. Mon ventre et ma joue me lançaient, et je me sentais à la fois terrifiée et profondément humiliée. La haine assombrissait mon coeur.

Je m'approchai de la cuisine en me tenant le ventre. Ce n'était pas une pièce à part entière, elle coupait le salon en deux en une large table de travail me permettant d'observer à volonté mon cher conjoint.

Ne sachant pas quoi lui faire à manger, je décidai de lui faire un sandwich. Je sortis du pain, du jambon et des tomates que j'entrepris de couper. Mon ventre me faisait souffrir.

"As-tu trouvé la solution ma tendre Amy ? "

Je sursautai et tournai la tête. Dans le fracas assourdissant de la télévision, j'entendais distinctement la voix de l'Homme en Rouge, en particulier l'adjectif qu'il utilisait pour me qualifier, le même qu'utilisait Samuel avant. Quand j'ignorais son penchant pour l'alcool. Quand je l'aimais. Quand je ne rêvais pas encore de l'Homme en Rouge.

Celui-ci était le même que dans mes rêves : habillé d'un costume rouge sang, la peau d'un blanc cadavérique, et les yeux aussi noirs que la Mort elle-même.

Je les voyais d'ailleurs rarement, ils étaient souvent cachés derrière ses cheveux sombres. Assis sur le tabouret à côté de moi, il buvait toujours son thé, calme et serein.

Machinalement je coupais mes tomates en me détournant de lui.

-Non, chuchotai-je, tu n'existe pas.

-C'est facile pourtant, s'amusa-t-il, tu as la solution juste devant les yeux.

-Tu n'existe pas, répétai-je doucement.

Mon couteau claquait sur la plaque de bois. Le rouge des tomates teintait le couteau d'un éclat sinistre.

"Ça vient ? " hurla Samuel sans me regarder.

Je serrai les dents.

-Je n'existe peut-être pas, admit l'Homme en Rouge, mais ta douleur, elle, est réelle. Vas-tu la laisser t'envahir ? Vas-tu en réchapper ? Mais comment en réchappe-t-on ?

-La ferme ! hurlai-je soudain.

Samuel me regarda soudain et ses yeux s'enflammèrent. Je me figeai.

-Que dis-tu ? siffla-t-il.

-La solution est là, douce Amy...sussura l'Homme en Rouge en sirotant son thé.

-Je...Je ne te parlais pas...balbutiai-je, angoissée.

-Arrogante ET menteuse, gronda Samuel en se levant.

Il releva ses manches et commença à s'approcher de moi. Je me levai si brutalement que mon tabouret tomba. L'Homme en Rouge qui lui était adjoint, posa sa tasse et commença à jouer avec le couteau que j'avais laissé.

-Je vais t'apprendre le respect, siffla Samuel, menaçant.

-Aide-moi, murmurai-je à l'Homme en Rouge, tétanisée.

-Je ne fais que ça Amy, me répondit-il en souriant. Trouve la solution.

-Je ne l'ai pas.

-Cherche encore.

Alors le temps ralentit tandis que les paroles de l'Homme en Rouge repassaient en boucle dans mon esprit.

Que faire lorsqu'on a déjà tout essayé et qu'il ne reste aucun espoir ? Que faire pour ne pas succomber à la douleur ?

Rien.

Il n'y a rien à faire.

Le mal est plus fort que tout.

"Parce qu'il faut devenir le mal" me chuchota l'Homme en Rouge qui s'était glissé dans mon dos.

Il me saisit délicatement la main qu'il approcha du couteau. Samuel approchait, menaçant. Ma main se posa sur l'arme.

Je n'entendis plus rien. Le silence se fit autour de moi, si bien que je pouvais entendre mon coeur battre. Boum Boum. Boum Boum. La voix de l'homme en Rouge retentit à mon oreille en un ultime murmure.

"Deviens ton propre mal, ma douce, ma tendre Amy. Rejoins moi..."

Samuel leva le bras. Et mon couteau se planta dans son ventre.

Le silence disparut tandis que Samuel me regardait, stupéfait.

-Que...? lâcha-t-il.

Mais je n'en avais pas fini. Ma haine remonta d'un coup et je frappai à nouveau. Il tomba au sol. Je frappai encore et encore, et encore et encore, jusqu'à ce que mes mains soient aussi rouge que l'Homme, jusqu'à ce que ma fureur prenne fin et qu'épuisée je lâche mon arme.

Agarde, égarée, je regardais le corps écarlate de ce qui avait été l'homme de ma vie. Des larmes coulèrent le long de mes joues, pas seulement de fatigue et de chagrin, mais aussi d'un profond soulagement, et d'une satisfaction infinie.

Une main se posa sur mon épaule.

Je levai la tête et croisai le regard aussi noir que la mort elle-même. Il brillait dun curieux éclat.

-C'est bien Amy. C'est très bien. La douleur est partie...

Et il sourit. Un sourire aux dents pointues. Un sourire diabolique.

-Mais l'enfer ne fait que commencer...

Pour toute les femmes battues : tenez bon.

Pour tous les démons : ne cédez jamais.

       de CerfDanaan, merci d'avoir regarder :)

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