Révélation

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A tambours battants la pluie ne cesse de tomber contre la large baie vitrée de ma chambre royale. Je me réveille en sursaut, encore haletante des suites d'une course-poursuite entre ma personne et un abominable cerbère aux yeux exorbités injectés de sang écumant de rage et de... Bave. Beurk. Je sens encore les égratignures sur ma peau écopée dans cette fuite à travers ronces et herbes folles.

Je frissonne me remémorant la terreur que ce monstre m'inspire et décide que ma nuit est définitivement gâchée.

D'un bond, je me lève, appréciant le contact de mes pieds nus avec la douceur du velours tapissant le sol de la pièce. Je pars à la recherche d'une autre âme souvent esseulée : à cette heure bien matinale qui serait prêt à écouter les angoisses nocturnes d'une princesse héritière d'un royaume prestigieux de la galaxie des huit? Je ne vois qu'une seule personne : mon fidèle ami confident de toujours, Hem l'insomniaque. Nous avons été élevés ensemble, suivi la même éducation dans l'académie royale de Kern. Nous y avons appris la discipline, enduré mille et un tourments auprès de professeurs tous aussi stricts les uns que les autres nous enseignant la stratégie militaire et tactique, le maniement des armes blanches, des explosifs et d'autres techniques guerrières encore plus modernes et effrayantes dont je tairai les détails à cette étape de mon histoire. L'art de l'espionnage, de la diversion et l'étude des langues mortes et vivantes de notre galaxie font également partie de notre pack éducatif... Nous parlons donc couramment 4 langues dont le langage universel, l'aclien parlé dans chaque recoin de l'univers conquis.

Mais ce n'est pas en aclien que je m'adresse à Hem. Nous avons opté pour le latin, langue morte depuis des siècles que nous avons étudiée en cachette lors de nos heures perdues dans la bibliothèque nationale de Kern. Je pourrais donc ajouter une cinquième langue à mon cv officieux. Je n'ose imaginer la réprimande dont je ferais l'objet si mes parents apprenaient un tel écart de conduite. Le royaume n'est pas fan des chemins de traverses, des langages éteints, cela rime avec traitrise, renégat et exil forcé ! Mais bon, en tant qu'héritière directe au trône, j'imagine que l'on ferme les yeux un peu plus facilement sur certains détails qu'il ne vaut mieux pas ébruiter.

Lorsque je le retrouve, quatre étages plus bas, enfermés dans une salle de lecture, le nez collé à la page d'un manuscrit ancien, je lui lance donc en latin :

- Debout feignasse !

Il ne bronche pas, ne bouge pas, impassible, figé dans un sommeil sans appel.

Je hausse les sourcils, habituée à le voir éveillé à toute heure de la nuit. Il est donc humain et succombe, comme nous autres mortels à l'appel de Morphée.

Prise de tendresse, je l'observe m'installant dans un fauteuil molletonné en cuir lui faisant face. La pièce est relativement petite comparée aux cent vingt autres du château mais offre une vue imprenable sur la ville capitale du royame. Il aime s'y confiner pour analyser d'anciens manuscrits fidèles à sa passion dévorante pour l'histoire antique terrienne. Il aime à penser que nous avons encore à apprendre de nos ancêtres, que le futur ne serait pas sans passé. A 21 ans, la majorité Kernienne, il pourrait comme tous nos amis, prendre le large, découvrir d'autres recoins de l'univers à bord d'une navette transuniverselle, avoir une vie de débauche, mais non, il reste ici, m'assurant qu'il préfère voyager à travers les vieux bouquins... Ses boucles blondes effleurent ses pommettes saillantes, à cet instant, je le trouve magnifique. Non seulement il est instruit mais il ne démérite pas à l'entraînement. Je repense aux joutes d'hier matin, à son maniement d'épée imparable. Il n'a pas perdu un seul duel. Sa précision est exceptionnelle. Je l'envie. Ne vous méprenez pas, j'excelle dans d'autres domaines tels que l'art de la négociation, la diplomatie et sort très bien mon épingle du jeu lors des duels, mais lui... combat comme si la mort était à ses trousse, avec cette folie douce et cette facilité qui semblent l'habiter. Dans un mois, nos études prendront fin. Je devrai alors prêter serment à la couronne et assumer pleinement mon rôle de princesse de la haute cour de Kern, épauler mes parents dans la gestion des affaires du royaume et j'ai même obtenu un siège au sein du concile des armées. Hem, lui, rejoindra les rangs de l'armée et prendra la tête des légions d'élite grâce à son statut de major de promotion. De quoi alimenter les fantasmes de ses admiratrices...

Je continue ainsi à rêvasser de mon ami et comprends bien les convoitises que les nobles jeunes femmes nourrissent à son égard... Il est beau, comme un dieu grec... Oh non, je ne suis pas amoureuse de lui... Nous nous connaissons depuis si longtemps, je le considère davantage comme un frère... Enfin j'imagine. Ces derniers temps, je ressens quelque trouble quand je lui parle ou qu'il me fait rire à gorge déployée. Ce doit être son charme naturel qui agit sur moi comme sur toutes les autres. Ne pas se formaliser à ce stade. C'est mon meilleur ami : me sentir proche de lui, rien de plus normal comme sentiment non ?

Je constate que sa nuque menace de se briser tant elle pend dangereusement dans le vide. Je m'approche de lui à pas feutré pour lui redresser délicatement la tête. Mon geste est brusquement interrompu par sa main qui me saisit le poignet. Une paire d'yeux verts étirés dans un regard rieur me fixe. Le contact de sa peau contre la mienne éveille en moi des sensations troublantes.

- Alors, comme ça on admire en douce la marchandise Lys ?

La commissure de ses lèvres se retrousse dans un formidable sourire dévoilant des dents impeccablement blanches.

J'agite compulsivement le bras afin de le libérer de son emprise. Ma gêne transparaît bientôt dans la teinte rouge tomate de mes joues. Mais quelle godiche. Je me sens complètement démunie comme une gamine prise la main en plein dans le pot de confiture. Je reprends un semblant de dignité quand je lui réponds sournoisement :

- Oui, j'admire le son unique de tes ronflements gutturaux qui m'ont d'ailleurs guidé jusqu'à toi...

- A d'autres petite menteuse...

Son sourire immense, comme si c'était possible, s'étire encore un peu plus révélant une fossette dans sa joue gauche. Je vais mourir. Là. Maintenant. Il me connaît trop bien et je déteste cette arrogance dont il use et abuse depuis quelque temps... Peut-être que son fan club de filles de la royale académie y est pour quelque chose.

Je comprends alors que je ne suis plus cette petite fille, ni encore cette adolescente vivant des moments de complicité folle avec un ami rieur et farceur mais bien une jeune femme devant un très bel homme et complètement démunie devant cet état de fait. C'est indéniable, Hemlin DeChambure me fait de l'effet.

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⏰ Last updated: Nov 02, 2018 ⏰

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