VISION

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La période Décembre-Février est considérée comme déprimante par les étudiants. Probablement parce que il fait froid, gris, les journées sont courtes, les fêtes arrivent et surtout parce que il y une tonne d'échéances. Je suis, comme la plupart des étudiants, affecté par cette déprime, et tout comme eux, il m'arrive de me demander si tout ceci en vaut la peine, si j'ai fait les bons choix d'orientations, et si ma décision de ne pas rentrer pour Noël pour travailler était une si bonne idée. Mais, il y a des gens, qui sont trop affectés, qui, telles des éponges, absorbent la peine des autres et l'utilisent comme des boulets pour se faire couler. Erine, elle est comme ça. Depuis que je la connais, durant ces trois mois, elle est méconnaissable : sautes d'humeur, crise de larmes, prise de poids, perte de poids, crise d'hystérie, perte de confiance, haine envers elle même, crise d'angoisse.... A cause de cet historique plutôt conséquent, les personnes très proche d'elle la soutienne comme ils le peuvent : sortie obligatoire, soirée détente, un rendez vous mystère, escape room...

Mon téléphone vibre dans mon sac, c'est Luc : « Allô ?

-Ca va ou quoi ?

-Ouai ça peut aller.

-Un petit apéro ce soir ?

-Un apéro ? T'es déjà en crise de la quarantaine ?

-Moque toi, moque toi....C'est une idée de Zazie. Elle y tient...

-Ouai mais non, je suis pas dispo ce soir je.. » Je m'arrête dans mon élan, assise sur le paillasson de son appartement se trouve Erine, elle est bien habillé, comme pour sortir, elle sanglote, son cœur secoué de tremblements : « Je te rappelle. » Je m'approche doucement, une tonne d'idée me traverse l'esprit, l'a-t-on attaqué ? Un viol ? Un vol ? Elle s'est tordu la cheville ? Son copain la laché ? Je m'agenouille en face d'elle, elle sent l'alcool et la cigarette. Elle doit sortir d'une soirée, elle a l'alcool triste ? « Erine ? Ca va ? » Elle relève la tête et essuie précipitamment ses larmes : « Oui, je... » Elle bégaille, incapable de former une phrase correcte, après plusieurs tentatives de décodages, je déduis de ses bribes de paroles, qu'elle a oublié ses clefs, et que sa coloc, est allé conclure une belle affaire avec un beau jeune homme. «  Viens a la maison, tu vas pas resté là... »

Erine s'asseoit sur mon canapé. Son regard est vide, elle semble perdue. Je lui souris et lui propose de commander une pizza, elle ne refuse pas, mais elle ne me répond pas non plus. Elle semble complètement déconnecté de la réalité. Je décide d'en commander deux, deux grandes, une quatre fromage et une reine. Je ne sais pas quoi dire à Erine. Elle a les poings serrés sur son jean, et elle fixe ses doigts. Je fais des vas et viens dans mon appartement, l'air est lourd et je commence à avoir des sueurs froides, je ne sens plus le bout de mes doigts : je suis plus que mal à l'aise, j'angoisse de la voir ainsi.

« Hey, Erine était avec toi à une soirée ? » J'envoie le message à Dory, un fille qui sait toujours tout, et connaît tout sur tout. « Nope, pas de soirée today. Y avait un brunch chez Gilles, rien de fou »

« Gilles ? » « Yep, un mec qui paye bien. » Je reste quelques instants sans comprendre. Un mec qui paye bien ? « Tu m'as perdu. » « Escort Andrew. Escort, on était 5, Erine nous a laché en plein milieu. On l'appelle elle répond pas. » Je me tourne vers Erine : je ne savais pas qu'elle était escort. Je pose mon téléphone et passe une main lasse dans es cheveux, la fatigue me tombe littéralement dessus. Erine me regarde à présent, et ses yeux sont pleins de larmes, elle se lève alors brusquement : « Je suis désolé, je dois y aller. » Je la regarde,, sans comprendre, je suis terriblement fatigué. « Qu'est ce que tu racontes Erine. » Elle tremble maintenant, ses pupilles se déplacent à une vitesse alarmante, dan stous les sens, elle ne sait plus ou regarder. Je m'approche d'elle, elle recule. « Erine calme toi. » Sa respiration est sifflante, je n'avais même pas remarqué à quel point elle transpirait. Elle était trempé : « Il faut que je rentre.

-Tu as oublié tes clefs.

-Je dois rentré ! » Elle avait hurlé. Erine venait de hurler d'une voix stridente. Dans mon salon. Je commence à perdre patience. Je ne comprends pas ce qu'il se passe et ça m'agace profondément. Je croise les bras sur ma poitrine et essaie de calmer les battements frénétiques de mon cœur : «  Tu ne pourras pas rentrer Erine, tu n'as pas tes clefs. »J'insiste sur ce point capital et elle éclate en sanglot. Elle me regarde, apeuré, elle laisse tomber son sac à main sur le sol et elle s'y laisse glisser elle aussi. Elle plaque ses mains contre sa bouche et elle continue de pleurer. Je m'agenouille pour la prendre dans mes bras, pour la calmer. Mais rien n'y fait, elle ne me regarde même pas, elle a les yeux fixés sur un point derrière moi. «Laisses moi, s'il te plaît...D'accord je reste, je reste, je RESTE ! » Elle tremble de plus belle, mais cette fois, elle cherche dans son sac, elle en sort quelques objets, il y a des préservatifs, ses clefs, son téléphone, des menottes, son passeport...Je ne comprends pas, je l'attrape par les épaules et je la secoue, mais rien n'y fait. Elle a les yeux exorbités à présent, elle s'échappe de mon étreinte et rampe vers la porte, elle pousse des glapissements de peur, en retournant vers moi, elle a peur, elle est terassé par la peur. Son visage est complètement déformé, je ne la reconnais plus. Mon estomac se noue brusquement : il y a quelque chose derrière moi.

Je me retourne lentement et je croise son regard. Un homme, d'un âge mur, il a un regarde de fou, un sourire trop grand. Il a perdu la raison. Je regarde autour de moi. Je ne suis pas chez moi. La pièce est sombre. Sale. Mon cœur va sortir de ma poitrine, je n'arrive plus à respirer. L'homme s'approche, il marche lentement, il enroule la cravate autour de son poing, il la tend, et la fit claquer. Erine crie. L'homme m'évite. Il marche à grandes enjambés. En quelques secondes il est au dessus d'Erine. Il éclate de rire en enroulant la cravate autour de son cou. Je me lève et cours vers l'homme, je le pousse, ou du moins j'en ai l'impression ? Je m'envole, comme si j'étais un Dieu qui regarde la scène, je vois les dernières minutes d'Erine. Je la vois perdre la vie.

Quelqu'un frappe à la porte. Je me réveille en sursaut, en sueur, en pleur, et nauséeux. Je me rue vers les toilettes et je vomis. Je suis bien chez moi, je vais ouvrir la porte, et le livreur me sourit : « Dure journée ? » Je lui sourie, le paye, et je ferme la porte. Je me jette sur mon canapé. J'ouvre mon cahier : « Mort 197 : Erine, mort par strangulation, vision en rêve mais a semblé être produite à cause de son esprit ? » J'éclate en sanglot. Personne ne sait encore que Erine est morte, mais moi je le sais. Je prends les comprimés sur la table et allume une cigarette : Il me faut oublier ces visions de merde. 

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