"Je lui pardonne."

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Voilà une phrase que je n'ai cessé de prononcer à quiconque me demandait si je lui en voulais encore.

Bien sûr que je lui en veux. Je lui en voudrais toujours. Même loin de ses serres, son emprise sur moi m'empoisonne à chaque instant et m'empoisonnera probablement pour les décennies à venir. Jour après jour, je dois me laver de ses crasses, de ses couches de chantage affectif dont elle m'a enrobée comme un poupon. Jour après jour, je dois râper ma peau au savon noir dans l'espoir de me débarrasser pour de bon de la dépendance toxique dans laquelle elle m'a noyée. Jour après jour, je dois mettre ma chair à vif. Je dois retrouver mon enveloppe originelle.

Mais quoi de plus humble que de répondre par le pardon.

C'est en partie vrai, je lui ai pardonné d'être qui elle est. D'ailleurs, je lui pardonne encore quand il le faut. Si par malheur nos routes se croisent, je ferme les yeux et je continue d'avancer en silence. C'est le seul pardon que je suis prête à lui accorder.

Qu'est-ce que j'aimerais pouvoir me planter devant elle et lui dire enfin ce que j'ai sur le cœur, mais je ne le fais pas. Je reste décente, car c'est la femme qui m'a fait naître. C'est la femme qui a tenté de m'élever, celle qui a tenté de m'aimer, celle qui, encore aujourd'hui, est incapable de réussir.

C'est mon aveuglement que je ne peux pas pardonner. J'ai été victime de ses illusions pendant si longtemps que j'ai fini par croire que je ne méritais pas mieux. Je me sens stupide rien qu'en repensant à toutes ces années de souffrance muette, à toute cette violence sourde, cette fausse affection nauséabonde qu'elle daignait m'accorder en public pour mieux m'étouffer ensuite. Je n'ai fait qu'office de leurre, de guirlande que l'on accroche pour se donner des airs de grandeur le temps d'une réception.

Je la déteste d'amour et je l'aime de haine.

Je lui en veux.

Abominable, humiliant, pathétique, à vomir, voilà ce que je pense vraiment quand mes lèvres tremblantes soufflent : "Je lui pardonne."

Ô oui, mère, j'ai accepté ma défaite. Je te serai toujours fidèle, toi, la menteuse. Je suis la première à embrasser tes paroles traîtresses et insensées, car c'est tout ce que tu peux m'offrir. Et que tout enfant a besoin d'une forme d'amour.

Maman est une menteuseHistorias para obsesionarse. Descúbrelo ahora