Dominations

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Après avoir déposé les desserts sur la table, l'impeccable maître d'hôtel s'effaça sans un mot, sans un regard, comme cela avait été de longue date convenu, laissant de nouveau seul le couple assis à l'unique table occupée du restaurant.

À la lumière tamisée des lampes de la salle luxueuse, les yeux de la jeune femme étincelaient tels des saphirs. Elle avait des iris d'un bleu profond qui rappelaient à l'homme en face d'elle le lac sur lequel il sortait parfois son voilier de quarante pieds, voilier sur lequel il l'emmènerait peut-être un jour, si elle était sage. Mais bien qu'il feignît à la perfection de soutenir sincèrement ces innocents yeux de biche chaque fois qu'elle les tournait dans sa direction ou s'adressait à lui, ce n'était certainement pas cela qu'il regardait avec le plus d'attention. C'était sa gorge splendide, ces seins à l'opulence juvénile bien à l'étroit dans la lingerie fine qu'il devinait sous la petite robe coquette...

Elle avait beau n'être qu'une insignifiante subalterne désargentée, elle lui avait fait à l'évidence l'honneur de mettre sa plus belle parure, ce soir ! Sans doute pour lui plaire, peut‑être dans le sot espoir de faire ainsi favorablement évoluer sa carrière ; ses raisons importaient bien peu. Seul lui importait le spectacle fabuleux qu'elle lui offrait et dont il entendait s'enivrer toute la nuit jusqu'à la lie. Elle n'était là que pour ça, quels qu'aient été ses efforts, méritoires, pour lui laisser croire le contraire. Sa beauté candide, alléchante, n'était que le succulent hors-d'œuvre du gargantuesque festin auquel il l'avait conviée.

Une chevelure blonde, abondante et fine comme de la soie, encadrait un visage innocent, sage, un minois de poupée de porcelaine ouvragé avec talent. Précisément le genre de visage sur lequel il aimait voir s'animer les expressions les plus salaces, le genre de bouche qu'il aimait voir formuler les pires grossièretés ! « Donne-moi ta queue ! », « Baise-moi comme une chienne ! », « Asperge-moi de ton foutre ! » : voilà ce qu'il l'imaginait déjà supplier, de sa petite voix cristalline d'ange bientôt déchu. Belle, ingénue, elle était tout à fait le genre de victimes qu'il affectionnait ; le fait que près de vingt ans de différence les séparent ne faisait aussi qu'exciter profondément son désir de la pervertir. Encore quelques verres de champagne, pour accompagner la meringue parfumée à la vanille... puis viendrait l'heure du vrai dessert !

Son argent et ses relations lui avaient permis de louer toute la salle du restaurant pour la soirée. Pas par romantisme, ça, non ; par pure commodité vis-à-vis de ce qui allait suivre ce dîner fastueux et riche en protéines animales. Depuis le temps, le personnel de l'hôtel était devenu familier de ses frasques. Ça, ils en avaient vu passer, des jeunettes toutes fringantes prêtes à se faire sauter comme de vulgaires putes, et il avait toujours pu compter sur leur infaillible discrétion ! Ses généreux pourboires y aidaient beaucoup.

C'est une réalité que seuls les gens fortunés comme lui savent accepter : tout le monde a un prix. Même cette petite Sainte Nitouche qui feignait pourtant encore de ne pas comprendre pourquoi il avait déployé autant de moyens pour la séduire. Elle s'inclinerait bientôt comme les autres, elle ferait absolument tout ce qu'il lui dirait. Comme il avait hâte de goûter à sa chair bien fraîche !

Depuis presque un mois, maintenant, elle le chauffait à mort au bureau, avec ses tenues légères pourtant sages mais à la fois profondément provocantes sur des formes arrogantes comme les siennes. Profitant pleinement et sans se poser de questions de son droit à porter des tenues plus légères que celles des hommes, elle faisait, comme beaucoup, de son mieux pour se sentir plus à l'aise malgré la chaleur torride de l'été... à la grande satisfaction de tous les hommes qui posaient les yeux sur elle et dont elle faisait dans le même temps insidieusement grimper la température corporelle ! Petite salope...

Tout en louant intérieurement les généreux bienfaits du réchauffement climatique, il avait d'abord fait mine de ne rien remarquer, pour ne pas effrayer la bête. Puis il avait opéré un rapprochement stratégique, histoire de prendre de l'avance sur la concurrence, les nombreux autres prétendants acceptant rapidement, par respect pour l'incontestable supériorité de sa position, de se faire sagement oublier comme les moins que rien qu'ils étaient, avant de prendre franchement les choses en main, attirant la donzelle dans ses impitoyables filets. Il touchait maintenant au but. Encore quelques instants et il connaîtrait enfin l'immense satisfaction de lui arracher cette robe, dérisoire protection face à ses appétits carnassiers, et dévoilerait tous ses charmes affriolants de nymphette... Il la baiserait ensuite jusqu'à s'en assécher les couilles... et pas question que la gourgandine laisse une seule goutte salir la moquette du restaurant ! Autrement, le directeur, ce rat cupide, exigerait de lui une petite rallonge pour la faire nettoyer...

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