Tic.Tac. Tic. Tac.
Il tourna la tête d'un côté, puis de l'autre. Non, rien n'avait changé, c'était effectivement le même décor qu'il y a cinq secondes : un long couloir aux murs jaunes, un jaune très pâle,sans expressivité. Si une couleur pouvait avoir des sentiments, ce jaune serait, à coup sûr, impassible, et discuter avec ce jaune serait sûrement fort ennuyeux. Dans ce couloir il n'y avait que trois portes, en gris peintes, avec des inscriptions. Les seuls objets « décoratifs » (même s'ils ne l'étaient à proprement parle) se tenaient appuyés l'un face à l'autre contre le mur : un vieux présentoir plein de vieux tracts et un porte-manteau dénudé. Il n'y avait qu'une seule fenêtre, au bout de l'allée, les vitres opaques et sales, son cadre de bois usé par le temps. Il était assis sur l'unique chaise (une chaise en plastique branlante et peu confortable) son sac posé par-terre à côté de lui. Des voix montèrent du vieil escalier de pierre érodé et lissé par les pas. La porte claqua. Plus personne
Tic.Tac. Tic. Tac.
Il regarda une des portes, dessus était écrit : « SALLE1 ». Qu'y avait-il derrière cette porte ?
Combien de gens ? Que faisaient-ils ?
Et si, comme lui, quelqu'un attendait qu'on lui ouvre la porte ?Peut-être ne peut-on pas l'ouvrir de l'intérieur ? Une voiture passe en contre-bas. Peut-être, au contraire, quelqu'un désire rester dans cette salle, passionné, enflammé par ses occupations, son labeur ? Peut-être était-il heureux et satisfait derrière cette porte ? Ou bien est-ce l'enfer ?Qui sait... Chercher à savoir qui est heureux et qui n'est l'est pas n'a aucun sens tant qu'on ne sait ce qui peut le réconforter et lui apporter ce bonheur. Une voiture passe à nouveau.
Tic.Tac. Tic. Tac.
Il jeta un œil sur une autre porte : « SALLE 2 »
Est-ce dans cette salle qu'il trouverait du bonheur ? Qu'est-ce qui le rendait heureux finalement ? Sa famille ? Non. Ses amis ? Encore faudrait-il en avoir...Il n'avait rien de toute façon, pas d'argent, pas de maison, pas de famille, pas d'amis...pas d'avenir. Qu'allait-il faire de sa vie ? Il avait échoué dans ce qu'il avait entreprit, de sorte qu'il ne lui restait plus une seule porte d'ouverte. Quand une échappatoire s'offrait à lui, elle disparaissait avant qu'il ne l'atteigne. Et puis, -il vraiment la peine d'avancer ? Il est resté ici si longtemps...La porte d'entrée s'ouvrit, se referma, celui qui avait voulu entrer ici était sûrement déjà reparti.
Tic.Tac. Tic. Tac.
Il se leva. Sa chaise racla le sol dans un crissement aigu. Le son se répéta à l'infini, résonnant, peu à peu étouffé, entre les murs froids de béton. Il devait reprendre les choses en main. Il agrippa la poignée de la première porte, et, poussé par un élan de détermination, la tourna. Dans un « Clic » la poignée résista, et la porte refusa de s'ouvrir. Peu surpris, il se dirigea vers la seconde porte, et retenta sa chance. Il tendit la main au-dessus du pommeau. Serait-ce un énième échec, comme tous ceux qu'il avait essuyé dans sa vie ?
Tic.Tac. Tic. Tac.
Allait-il déranger s'il passait cette porte ? Allait-il se faire réprimander ? était-il en avance ? Il n'avait pas rendez-vous... Ferait-il une heureuse rencontre en commettant une malheureuse erreur ?
Il appuya sur la poignée de la porte de la « salle 2 ».Rien. Encore rien. Est ce qu'il était trop tard pour lui ?
Il regarda la dernière porte et tenta de se persuader qu'il lui restait encore un chance derrière cette porte. « Cesse de tergiverser,de te remettre en question, avance ! ». Il prit une grande inspiration, poussa la porte, et rentra à l'intérieur de la troisième salle.
Quelques instants il resta ainsi stupéfait, déconfit, rattrapé par l'inéluctable vérité qui s'imposait à lui. Les yeux ternes, le corps voûte, il ressortit sans prendre la peine de fermer derrière lui. Logan se retourna à nouveau vers l'entrée de la salle, Sur la porte il était écrit :
« W.C »
Tic.Tac. Tic. Tac.
Il était seul. Et seule la conviction et le bon sens lui laissaient croire qu'il ne l'était pas. IL n'avait contemplé que son propre reflet dans l'eau, et n'avait dévisagé que lui face aux miroirs. A quoi pouvait ressembler l'Autre ?
Soudain, il entendit un bruit, un claquement répétitif. Il se mit aux aguets. La porte s'ouvrit. Quelqu'un montait les escaliers.Quelqu'un ? Mais il était seul ! Le bruit de ses pas se répercutait dans le hall. On approchait. Pris de panique Logan,chercha où se cacher. Oui c'est cela, il voulait disparaître, devenir invisible, se réfugier dans un minuscule trou.Il se précipita aux toilettes, referma la porte et bloqua le verrou. Puis il attendit, écoutant l'Autre, celui qu'il avait pourtant tant imaginé, tant attendu, celui dont il avait rêvé. Dans sa précipitation il avait oublié la lumière. Il restait plongé dans l'obscurité, l'oreille plaquée contre le bois de la porte, appuyé contre la paroi. L'Autre, l'inconnu arriva à l'étage, s'arrêta un instant sur le palier, puis s'assit sur la chaise.
Tic.Tac. Tic. Tac.
Que faire ? Attendre qu'il reparte et le laisser s'évanouir dans la brume après l'avoir tant cherché ? Aller à sa rencontre, passer l'encadrement de la porte ? Pour l'instant peut-être valait il mieux patienter, rester prudent ?
Curieux et enfermé, il entreprit de faire le tour de sa cellule. Il n'eut qu'à tendre le bras pour que ça soit fait. En s'étirant il s'étendait d'un bout à l'autre de la pièce. Il lui suffit de décaler sa jambe pour butter contre la cuvette. Il n'avait pas assez d'espace. Pourtant,plongé dans la pénombre, il eut cru que sa geôle s'ouvrait sur un monde immense et nouveau. Pourvu que tout cela ne dure pas...
Tic.Tac. Tic. Tac.
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Tic-tac
Short StoryIl se croyait seul, il aime être seul. Enfermés, ils écoutent le "tic-tac" en attendant une solution. Au carrefour de leurs peur, quand les fous se rencontrent dans SA tête.
