Je n'arrive même plus à pleurer.
La pluie bat contre les carreaux de la fenêtre de la cuisine, et ce bruit me rappelle la piètre isolation de la maison, et cette pauvreté grandissante.
Ema me demande si je vais bien, et je réponds machinalement que oui.
Elle décide soudainement d'ouvrir la fenêtre, de pencher son doux visage sous la pluie torrentielle, et de sourire. Son sourire s'illumine sous le temps grisâtre, et sous l'absence de soleil une lumière éblouissante se dégage d'elle. Son sourire me contamine.
Et c'est ce bonheur si petit, si subtil, si bref, qui nous maintient en vie, qui nous aide à nous battre, qui nous empêche de plonger. Nous, victimes de nos parents, de la vie, du monde, de l'endroit où l'on a atterries sans rien demander. Et oui cette vie est injuste, mais le sourire d'Ema sous la pluie me rappelle que cette vie est précieuse, qu'il ne faut pas la gâcher et qu'il faut en profiter pour faire quelque chose de beau.
J'attrape la seule tasse du placard pour me préparer un chocolat chaud, et Ema m'apporte du lait. Je constate alors qu'il ne reste que quelques rares morceaux de chocolat, qu'il n'y en aura plus pour le reste de l'année, et que nous sommes... En octobre. L'hiver sera rude. Ema me sourit et me dit de finir le chocolat, qu'on finira par aller en voler, de toute façon.
Sa manière de m'expliquer la chose me transperce, et je comprends alors que notre pauvreté nous ne l'avons pas choisie, nous la subissons au quotidien et devons nous débrouiller avec. Nous avons un toit, des vêtements, un minimum de nourriture et très peu d'argent, mais pas besoin de plus pour vivre.
Je la sers dans mes bras.
