Yokin

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Il vient de recevoir un message. On lui demande d'être figurant pour un film amateur de SF. Il connaît le réalisateur et sait que le produit fini n'aura absolument aucun putain de sens donc pourquoi pas ?

Le réalisateur lui donne des précisions.

« Ce film promet d'être un bon navet de SF » pense-t-il, « Mais au moins il sera là, lui. Il est assez drôle donc on ne s'ennuiera pas. »

Arrivé dans l'appartement qui sert de lieu de tournage, tous les acteurs s'éparpillent pour découvrir les lieux. Le réalisateur commence déjà à péter un câble.

Les trous dans les murs et dans les portes de l'appartement créés par les différents artistes qui sont venus habiter ici donne une atmosphère assez étrange de vis-à-vis indirect entre les différentes personnes qui se déplacent dans les pièces voisines.

La lumière de fin d'après-midi joue avec les vitres colorées des fenêtres. Une porte taillée en As de cœur le laisse l'entrevoir dans la pièce d'à côté. Il ne sait pas si c'est l'angoisse du tournage prochain ou de sa présence mais son pouls s'emballe.

Le réalisateur crie. Encore.

Il faut se maquiller. Il n'a pas l'habitude et c'est désagréable. Ils se regardent en riant. Elle les maquille avant d'aller se préparer.

Le réalisateur crie.

Comme prévu, il a eu des idées assez drôles mais le réalisateur veut garder son sérieux. Il finit par accepter une des propositions et allume sa caméra.

« Tu exagère » dit-il au réalisateur « Guillaume a pris son appareil parce que tu le lui a demandé. Il l'a prit pour rien du coup !

- Je ne voulais pas prendre le risque qu'on se retrouve dans la situation ou l'une des caméras est inutilisable. C'était une précaution.

- C'est pas très important, ne t'inquiète pas. Répond Guillaume.

- Ouais Ouais...

- Yokin ! Laisse tomber, on va perdre du temps et le réalisateur va crier. Encore. »

Il est agacé mais il faut rester de marbre. Surtout ne pas rentrer dans le jeu du réalisateur. Il aura ce qu'il veut de toute façon.

Sa présence est malsaine. Il le connaît mais il ne le comprends pas.

Les autres acteurs savent que c'est une autre personne derrière la caméra. Le roi est conscient de sa bipolarité.

Les scènes se tournent doucement, il faut souvent recommencer. Heureusement la lumière de l'après-midi reste la même pendant des heures à cette saison.

Il s'est rapproché de lui. L'Horloge n'en a plus rien a foutre du rythme.

Le réalisateur crie.

Cette fois c'est un cri hystérique.

« OUI ! Oui ! C'est excellent ! Faites ça ! Guillaume et Yokin ensemble ! OUI !!!

- Non mais c'était... commence-t-il

- Guillaume caresse lui le visage !

- Pardon ? Mais Quoi ??? »

Il rigole nerveusement mais l'autre malgré le malaise, reste serein. Surtout ne jamais rentrer dans le jeu du réalisateur. Il ne faut pas.

Mais le réalisateur insiste. Finalement la scène est terminée.

« Tout ça pour des figurants ? » Pense-t-il

Il est tard, même si ça ne se voit pas. Il aide le réalisateur à ranger. Le réalisateur raccompagne les acteurs les plus pressés à la sortie.

Ils sont seuls.

Toujours les portes trouées par les As de Cœur entre eux.

Ils se demandent silencieusement « Est-ce qu'il a besoin d'aide ? » sans parvenir a formuler quoi que ce soit.

On entend le réalisateur remonter.

Il est temps d'ouvrir la porte As de cœur.

Non

Trop tard ?

Ils sont dans la dernière salle, il reste du temps.

Du temps. Juste assez pour sourire sans être suspect.

Leurs mains se frôlent. C'est tout. Mais il a transformé l'autre en horloge.

Ils ont terminé. Le réalisateur crie dans la cours de l'immeuble. Les acteurs restants sortent tous. Le réalisateur salue leur prestation. Pas de façon extrêmement discrète, bien évidemment.

Il commence à saturer. Il faut arrêter de crier. Il faut qu'il arrête.

Il va partir. « Partons ensemble. » propose-t-il

Deux horloges. L'une est nerveuse. L'autre sait très bien se contrôler. Il semble indolent.

La cours de l'immeuble disparaît dans l'ombre. Désormais, la lumière crépusculaire est a l'extérieur uniquement. Le réalisateur leur crie de l'attendre. « Il faut la clef pour sortir ! »

Le réalisateur est le geôlier. Un geôlier crie et humilie les prisonniers. Pourtant personne n'est prisonnier ici sauf le réalisateur. Il a toutes les clefs mais pas les siennes.

Du coup, au moment de partir, ils sont prêts à le pardonner. Il peut crier. C'est normal. Il est coincé. Le réalisateur parle fort.

« Merci, Guillaume et Merci Yokin. Pour les idées et pour m'avoir aidé a ranger. »

Ils se retiennent de rire. La lumière de feu les recouvre. Ils se tournent et partent.

Le réalisateur ferme la porte violemment.

Ils laissent tomber la pression et se moquent du réalisateur en s'éloignant.

Éclats de rire. Les horloges sonnent.

Il faut parler avant la disparition de la lumière.

Alors ils parlent.

Et ils s'embrassent.

C'est bon. Ils sont proches. Ils sont plus proches. Ils sont trop proches.

Trop proche de l'immeuble.

Et le réalisateur est malsain.

Il regarde la lumière baisser et le baiser sombrer dans l'ombre des rues.

Le réalisateur est silencieux.



Yokin & GuillaumeOpowiadania do pokochania. Odkryj je teraz