Vue chérie 1

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« Triste époque ». Robert ne cesse de se répéter ces mots alors qu'il s'installe sur son canapé. Deux mots qui reviennent en boucle dans son esprit. Deux mots qu'il n'a pas arrêté d'entendre de la bouche de son propre père des années auparavant. La vie semblait dure, dans les années deux-mille-cent. Il allume la télévision. Un tableau sordide et terrifiant s'impose alors à ses yeux. Il y est habitué maintenant, et pourtant il ne peut s'empêcher de fermer les yeux pour échapper à la panique qui le submerge.

Cette époque n'est pas triste. Elle est sombre. Sombre et mortelle. Dieu seul sait qu'il aurait préféré naître dans les années deux-mille... Il se force à reprendre ses esprits, à regarder l'écran, à écouter la journaliste. Ecouter. Ne pas regarder. Malgré lui, il se laisse imprégner des images qui défilent, les mêmes depuis des mois. Il y voit des gens, des hommes, des femmes, des enfants même, allongés sur des lits d'hôpital. Il y voit des patients terrifiés, des machines impuissantes face à la détresse de ceux-ci. Celles-ci ont depuis longtemps remplacé les médecins. La chaîne a trouvé judicieux d'ajouter un fond sonore, sombre lui aussi. La journaliste ressasse le même bla-bla : virus inconnu, maladie, épidémie, extinction, ... La peur envahit Robert. Il sait ce qu'il l'attend. Robert est malade, comme bien d'autres avant lui. Comme d'autres le seront après lui. Il a contracté la maladie quelques mois auparavant, malgré qu'il se soit barricadé dans sa petite maison de campagne, des planches de bois cachant les fenêtres. Il a compris dès les premiers signes du virus. Et ils évoluent rapidement.

Robert est épuisé de vivre ici, seul et dans l'attente de l'inévitable. Il n'est pas dupe, il sait que l'issue est fatale. Le virus vaincra. Le virus tuera. Assis sur son canapé, Robert repense à son enfance. Il se rappelle ce foyer chaleureux et sa famille soudée. Il avait été heureux. Malheureusement, sa vie a commencé à s'effondrer lorsque son frère a été tué par ce virus quelques mois plus tôt.

Une vision s'impose alors à son esprit. Son seul regret. Iris. Son cœur s'emplit de bonheur à cette pensée. Robert soupire en repensant à cette femme extraordinaire, qui avait changé sa vie et qui n'en fait plus partie désormais. Il se souvient du coup du foudre, celui dont on parle dans les livres. Il se souvient du naturel avec lequel il était allé l'aborder, lui si timide d'ordinaire. Il sourit en se remémorant la manière dont elle avait de tourner une des mèches rousses de ses cheveux entre ses doigts, lorsqu'elle était préoccupée. Ses yeux bleus perçants lui reviennent en mémoire. Et son rire agaçant, mais tout aussi charmant. Ils se sont séparés il y a bien des années, et pourtant, il sent que les sentiments n'ont pas changés. Il brûle toujours autant d'amour au fond de son cœur quand il pense à elle. Iris. Son prénom frôle ses lèvres tandis qu'il les murmure doucement. Iris a-t-elle été touchée par le virus, elle aussi ? Peut-être pas. Il se refuse d'y songer. Après tout, elle a toujours été une femme forte, une survivante. Il aurait aimé la revoir une dernière fois. Rattraper le temps perdu. Dissiper le malentendu qui les avait séparés longtemps auparavant. Pourquoi y songe-t-il maintenant ? Alors que tout est perdu ?

La télévision continue à transmettre son flot de paroles incessantes. Robert l'éteint. Il perd du temps, il s'en rend compte. Soudain, tout s'éclaire : il faut qu'il la retrouve. Avant qu'il ne soit trop tard. Rapidement, Robert enfile ses chaussures et noue rigoureusement son masque sur son visage. Il regarde son manteau avec hésitation puis finit par s'y envelopper. C'est idiot pourtant, il est déjà trop tard pour lui. S'emparant d'un pied-de-biche, il s'active à retirer toutes les planches qu'il avait installées sur sa porte. Il arrache, détruit avec une fougue qu'il n'avait plus ressentie depuis longtemps. Lorsque le trou est suffisamment grand, il se faufile à l'extérieur. Dehors, il y a la maladie, le désespoir. En sortant, il est marqué à jamais par le spectacle effrayant qu'il y voit. Spectacle qu'offre la propagation d'un virus inconnu et insoignable parmi la population. Et pourtant, il s'y attendait. Une seule chose le frappe cependant. Il lève les yeux hauts vers le ciel et est étonné de voir le soleil briller. Il sourit. C'est un signe. L'espoir renaît en lui. Iris est vivante, il est en certain.

Vue chérieCerita yang bikin terobses. Temukan sekarang