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Paris gronde. Paris remue. Paris se meut et en émane des bruits, des odeurs, des couleurs. La ville est parsemée de bâtisses témoignant d'un siècle d'or, de tours attestant de son pouvoir actuel et de travaux garantissant un avenir rayonnant. Là, une boite de nuit à la mode ; là un bar devant lequel des jeunes fument ; là la Seine qui coule et s'écoule. Sans début. Sans fin. Sans règle. Indéfiniment. Depuis la nuit des temps. Eternellement. Une chose qui ne change pas dans ce monde où les transformations sont brutales et incessantes. La Tour Eiffel la surplombe, la surveille, la signale. Des personnes traversent le pont de Bir Hakeim, d'autres se font engloutir par une bouche de métro. On marche, on crie, on s'agite et on rit. La vie court et soit tu lâches, soit tu suis. Le choix impose un renoncement. Choisir de vivre ou abandonner la vie ? Cette question, elle m'est quotidienne. La mort fait partie de la vie. De ma vie. Difficile à accepter et pourtant impossible à refuser. Vivre c'est savoir sa fin inévitable. Vivre c'est attendre. Attendre. Le temps fuit dans une direction. On ne veut pas voir, pas comprendre, pas entendre. Et pourtant on sait tous comment ça se terminera. La vraie et seule question est quand ? Quand vais-je mourir ? Dans deux minutes ? Le mois prochain ? Dans dix, vingt, cinquante ans ? Personne ne le sait.

Vivre, c'est accepter l'inconnu.

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Le toit a toujours été mon endroit préféré dans cet immeuble. Le seul lieu où je me sens bien. Le seul lieu où les souvenirs ne m'oppressent plus. Même ma chambre n'est pas un lieu sûr. Ici, je peux songer, réfléchir et même rêver sans que des photos ou des sanglots me ramènent à la réalité. Triste réalité. Ma vie n'est pas une succession de moments de bonheur comme on pourrait le penser en me croisant. Nora Samaras. Ma vie craint. Ai-je été heureuse un jour ? Peut-être. Quand j'étais enfant. Quand je n'avais pas conscience de la réalité. Quand je n'avais pas connaissance du monde vicié et vicieux qui nous entoure. Mais mon enfance s'est vite achevée et mon innocence s'est évaporée avec cette partie de ma vie. Aujourd'hui je comprends enfin pourquoi Peter Pan ne voulait pas grandir.

A dix-sept ans, je suis entouré par le faux. Le faux et la mort. Mon frère est une célébrité. Ma mère est dépressive. Mon père est mort. Je suis au milieu de ça. Je tente de rester à la surface. J'essaie mais je me noie. Je le sais, je le sens. La douleur m'assaille la poitrine quand je pense à mon passé, mon enfance. Quand mon père était avec nous. Il était le ciment de notre famille. Il fixait nos êtres ensemble, nous maintenait, nous soudait. Sa mort a causé plus que sa propre disparition : elle a signé l'explosion de notre famille. Ma mère essaie mais mon frère nous a abandonné pour ses amis et le rap. Moi j'essaie aussi mais comment pourrions-nous être une famille maintenant que mon père n'est plus ?

Je crois qu'aujourd'hui, je serais soulagée de disparaître.


Nora SamarasWhere stories live. Discover now