Chapitre 1

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La musique qui venait de changer de volume me réveilla en sursaut. Je retirai machinalement le masque que je portais sur les yeux et il me fallut quelques secondes pour me souvenir de l'endroit où j'étais.

Je jetai un coup d'œil autour de moi pour y apercevoir mes amies qui dormaient profondément et j'esquissai un sourire en pensant aux aventures qui nous attendaient.

Lorsque je retirai mes écouteurs, le vrombissement caractéristique du moteur de l'avion se fit entendre de nouveau, l'ambiance y était détendue et calme. L'écran devant moi indiquait déjà dix heures de vol : encore un peu de patience et nous poserons enfin nos pieds sur le sol coréen.

Ce constat me fit repenser avec nostalgie aux raisons qui m'avaient amenée dans cet avion. J'avais depuis très jeune une passion dévorante pour les pays d'Asie. Après avoir découvert les merveilles de la pop culture japonaise, mon intérêt avait naturellement basculé vers cette péninsule coupée en deux et encore méconnue qu'était la Corée.

Au lycée puis pendant mes premières années d'études supérieures, je m'étais toujours sentie un peu à part. Mon monde était rempli de musique pop colorée et de séries télévisées asiatiques que je pouvais regarder pendant des heures en passant du rire aux larmes. Evidemment, tout cela était bien étrange pour mes amis de l'époque.

Arrivée en master pourtant, j'avais réussi à intégrer un établissement qui me permettait de suivre mon dernier semestre d'études en Corée du Sud : à 22 ans mon rêve était enfin à portée de mains. Et voilà que nous étions maintenant en route vers l'aéroport d'Incheon pour vivre l'expérience la plus incroyable de toute notre vie.

- Tu rêvasses encore Anna ?

Estelle, toujours engourdie, venait de se réveiller à ma droite.

- Moins que vous. déclarai-je en donnant un coup de coude à Gaëlle sur ma gauche

- Hey, c'est bientôt l'heure, réveilles-toi !

Elle retira doucement son masque et me lança un regard noir en faisant la moue tandis que les lumières se rallumaient dans l'appareil.

Après quelques minutes, le commandant de bord indiqua que nous étions en train de descendre et les passagers se mirent à ouvrir les hublots, laissant entrer les premiers rayons du soleil. Malgré quelques appréhensions, l'atterrissage s'était finalement bien passé et un grand panneau publicitaire à l'effigie de Gong Yoo nous attendait à notre arrivée au dépôt de bagages.

J'avais le sentiment étrange d'être rentrée à la maison. Sentiment qui ne mit malheureusement pas longtemps à disparaître.

Nous étions en août et malgré toute la bonne volonté des étudiants coréens venus nous accueillir à l'aéroport, la chaleur écrasante, le fort taux d'humidité, les valises de 26 kg et les deux heures de bus vers notre ville d'adoption eurent raison de mon excitation et de ma bonne humeur.

Une fois arrivées à l'université, il nous fallait encore récupérer nos clés au dortoir réservé aux étudiants étrangers et y acheminer nos affaires au sixième étage sans ascenseur... Un vrai parcours du combattant !

Sur la porte de la chambre, un petit écriteau indiquait « Room 611 – PERNET Anna / XIAO Lin », j'avais donc vraisemblablement hérité d'une colocataire chinoise. Je l'ouvris avec excitation afin d'y découvrir mon lieu de vie pour les six prochains mois.

C'était un espace étroit et tout en longueur dans lequel tenaient deux lits, deux bureaux et deux armoires en bois. J'étais visiblement la première à être arrivée. Je déposai donc rapidement mon sac à dos sur le premier lit et allai retrouver mes amies dans le hall où nous nous étions données rendez-vous.

L'état du dortoir était plutôt discutable et, bien sûr, il n'y avait pas d'air conditionné dans ce vieux bâtiment. Nous étions toutes les trois dubitatives et écoutions avec dépit le son des grillons qui résonnait par les fenêtres ouvertes.

- J'ai soif ! lança Estelle

- Tu as vu un endroit où on pouvait acheter de l'eau ? demanda Gaëlle

Je haussai les épaules en essayant de me remémorer les lieux par lesquels nous étions passées pour en arriver là.

- Il y a peut-être quelque chose à boire dans la cuisine ?

Chaque étage était en effet doté d'une cuisine et de deux salles de douches communes. Nous nous dirigeâmes donc vers la petite pièce dans laquelle se trouvait ce qui ressemblait à un distributeur d'eau froide et chaude.

- Vous pensez qu'il y a des verres quelque part ? demandai-je

- Tu es sure qu'on peut boire ça ? s'inquiéta Gaëlle

- Regardez, apparemment on peut boire dans ces trucs-là.

Estelle pointait du doigt le côté du distributeur où se trouvaient de petits morceaux de papiers pliés de sorte que l'on pouvait y mettre de l'eau à l'intérieur.

- Euh, tu veux boire là-dedans ? m'étonnai-je

- Bah, tu vois autre chose ?

Effectivement, c'était notre seule option. Nous prîmes donc chacune un bout de papier pour y verser de l'eau tout en nous demandant ce que nous étions en train de faire.

Notre premier choc culturel venait de se produire.

Une fois dans ma chambre à nouveau, je regardai avec désespoir la poussière et les traces que les anciennes locataires avaient laissées sur le bureau et décidai alors d'appeler mes parents pour me plaindre.

Je ne savais pas d'où venait ce sentiment mais, malgré tout l'amour que j'éprouvais pour ce pays, je voulais déjà le quitter...

Je ne savais pas d'où venait ce sentiment mais, malgré tout l'amour que j'éprouvais pour ce pays, je voulais déjà le quitter

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