Chapitre 4

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L'humaine ne se réveilla pas de tout le voyage. A chaque pause, Arthur demandait à Lukas de vérifier qu'elle était encore vivante. Ce n'était pas une chose qu'il faisait de gaieté de cœur, après tout, il avait pleins de choses à faire, comme râler sur tout ce qui le dérangerait. Néanmoins, là, cela prenait une tournure qui commençait à véritablement l'irriter.

Ils étaient arrivés près du QG de leur clan, en pleine campagne de Provence. Avant, il était situé aux Etats-Unis mais la Dame en était partie au début de la Première Guerre Mondiale : elle voulait être au plus près des combats. Elle s'y était ensuite installée. Cela ne dérangeait pas Lukas : pour lui, tant qu'il y avait de l'action, tout allait bien. Lui venait d'Espagne, néanmoins, cela ne voulait dire que peu de choses pour les Fays : ils n'étaient chez eux qu'entre eux.

Mais toujours est-il que lui demander de porter l'humaine jusqu'à la Dame, c'était trop. Si Arthur voulait un animal de compagnie, c'était à lui de s'en occuper. Pas au pauvre Lukas. C'est pour cette raison qu'il s'offusqua :

« Fais le toi-même ! Je prends les cartons !

- Non, répliqua l'autre en rangeant son portable dans sa poche. La Dame envoie du monde pour nous aider.

- Je veux pas porter ça. J'aime pas ça. »

Lukas savait bien qu'il faisait l'enfant, néanmoins, il n'avait pas envie de faciliter la tâche de l'autre : après tout, il avait déjà dû s'accorder avec lui pendant plusieurs jours, il ne fallait pas trop lui en demander. Déjà que cela l'énervait toujours de devoir marcher jusqu'au QG puisque tout véhicule humain y était interdit... La Dame acceptait la technologie par commodité mais elle considérait que marcher un kilomètre à pieds n'était pas la mer à boire. Il devait bien avouer qu'il n'avait jamais compris cette logique.

Arthur souffla et lui lança un regard qui était clairement celui du père fatigué par sa progéniture capricieuse. L'autre voyait très bien qu'il essayait de contrôler son tempérament : il avait été sur les nerfs depuis qu'ils avaient passé Lyon.

« Je vais devoir attendre ici que les autres arrivent avant que l'on se débarrasse de la voiture. Vas-y : il faut voir ce qu'elle a comme problèmes.

- Je peux le faire à ta place ça.

- Bon écoute : j'ai faim. J'ai vraiment faim. Ce ne sont pas deux sandwichs poulet-crudités et trois paquets de chips qui vont faire l'affaire. Donc, je n'ai pas envie d'avoir l'équivalent d'un repas juste sous mon nez, collé contre moi, alors que j'ai bien envie de manger un bout. Je viens de passer de nombreux kilomètres à sentir son odeur partout alors dégage-la moi de là avant que je ne me contrôle plus ! »

Son ton était monté bien vite.

Comme Lukas n'était pas très attentif aux besoins d'Arthur, il n'avait pas remarqué ça. Toutefois, maintenant qu'il y pensait, il aurait dû voir les signes. Tous les Fays ne mangeaient pas de la chair humaine, cela dépendait pour beaucoup de leur type. C'était en général ceux qui étaient les plus « bestiaux » par leurs caractéristiques qui le faisaient même s'il y avait toujours des exceptions. 

Mais toujours est-il que lorsqu'un Fay goûtait cette viande particulière, celui-ci finissait par ne plus pouvoir se nourrir que de ça. C'était une sorte d'addiction, même si elle ne dérangeait pas vraiment la plupart du temps, et tout autre nourriture ne pouvait alors que seulement calmer leur estomac.

Lukas était tout de même heureux de ne pas être tombé là-dedans. Il y faisait toujours attention : il trouvait qu'il n'avait besoin d'avoir un paramètre supplémentaire à gérer. S'il avait faim, il pouvait se contrôler. Ce qui n'était pas le cas d'Arthur. Après la majorité d'une existence passée à être le garçon modèle, on pouvait dire qu'il avait plutôt mal tourné selon l'opinion populaire.

La Dame des OmbresOù les histoires vivent. Découvrez maintenant