Je me doutais que ça finirait ainsi. C'était écrit, inévitable. Les histoires qui commencent mal ne peuvent pas bien se finir. La mienne est fondée sur un mensonge, elle se terminera par un meurtre. Je suis déçue de savoir que je vais manquer les expressions d'incrédulité, d'horreur de mes camarades et leurs ragots croustillants. Une élève du prestigieux lycée de Mellington décédée dans de mystèrieuses circonstances ? Je vois d'ici les gros titres. J'aurais aimé être seule pour vivre mes derniers instants. Ce n'est pas le cas. Il y a trois autres personnes avec moi. Aucune ne parlent. À quoi bon ? Connaître leur passé ne me servira à rien. S'ils sont là, c'est qu'ils sont déjà morts, à l'intérieur. Et puis parler rend les choses plus réelles. Pourquoi regarder ces inconnus, pourquoi leur parler alors que nous serons bientôt tous morts ? Ou alors, tenaillés par la faim, nous finirons par nous entretuer comme des bêtes sauvages. Mais j'en doute. Pour en arriver là, il faut l'envie de vivre. Je n'ai pas envie de vivre. Je veux juste en finir. Crever, mettre un terme à tout ce cirque qui dure depuis trop longtemps. Finis les regrets amers, les souvenirs qui rappellent le temps où tout allait bien pour mieux éclairer, tel un projecteur, la douleur et le malheur qui sont devenus mon quotidien. Quelques mois plus tôt, j'aurais crié, je me serais battue. Mais plus maintenant. Je n'ai plus de larmes pour pleurer, plus de voix pour hurler ma colère, plus de forces pour me lever. Soudain, interrompant le fil de mes pensées, une des personnes présentes lâche un sanglot. Dans ma poitrine, je sens mon cœur brisé s'agiter, comme si un souffle de vie tentait de s'insuffler en lui pour le faire renaître de ses cendres. C'est le problème des gens qui ont trop aimé. Leur cœur est solide, mais il arrivera forcément un jour où il se cassera, tué par un choc trop violent. Le mien est mort, voilà plusieurs jours que j'ai fait son deuil, plusieurs jours que je ne ressens rien, hormis une douleur inimaginable. Mais ce n'est pas un poignard qui a porté à mon organe le coup fatal. C'est plutôt un poison. Un poison vicieux, lancinant, atroce, qui m'a entraîné au fin fond de l'abîme sans que je m'en rende compte. À présent, il est trop tard pour faire marche arrière. La question qui se pose est donc : comment vais je occuper mon temps durant les minutes ou les heures qui me séparent de ma délivrance ? Vais-je contempler en silence l'étendue de mon malheur ? Vais je ruminer une vengeance que je ne pourrai jamais assouvir ? Vais-je passer la colère qui me déchire les entrailles sur mes compagnons d'infortune ? Qu'avons nous en commun si ce n'est la chute magistrale de nos existences ? Des enfants de l'ombre ou de la lumière, des papillons de nuit ou de jour. Je suis sûre que, peut importe les mésaventures qui nous ont conduits ici, nous avons tous vu nos espoirs vaciller, notre vie s'éloigner et nos murs s'écrouler. Eh bien quoi ! Il ne reste donc plus rien de l'insouciance de notre jeunesse. Les humains seront-ils éternellement condamnés à sacrifier la minorité pour que la majorité ait une vie longue et paisible ? À favoriser les plus forts, même si ce sont des monstres ? Après mûre réflexion, je décide de me remémorer chaque instant de ma misérable et courte vie. Pas par masochisme ou désespoir, je vous rassure, de toute façon, je ne vois pas comment je pourrais souffrir encore plus. Mais simplement pour ne rien oublier. Pour me souvenir de ceux qui ont causé ma perte autant que de ceux qui se sont emparés de mon cœur. De mes amis autant que de mes ennemis. Car n'est-ce pas cela, être humain ? Ressentir mille émotions, de la douleur la plus terrible à l'extase la plus grande ? Comment regretter d'avoir souffert lorsque les bons moments nous reviennent en mémoire ? Comment souhaiter l'arrêt et l'absolution de ces marques d'humanité ? Vous êtes sceptiques ? Alors suivez-moi dans les recoins de mon passé, dans les méandres d'un cœur blessé qui n'a d'autre volonté que se rappeler ce qu'il a autrefois éprouvé.
Venez si vous voulez.
Partez si vous craignez
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The Deep Of My Heart
Teen FictionTalia Standown est une jeune lycéenne. Sincère, honnête, sociable. Elle a de bonnes notes et une famille parfaite. Brisée, seule, perdue. Tandis que son frère aîné sombre dans la drogue, que sa petite sœur se remet difficilement d'une maladie grave...
