Depuis tout petit, j'avais l'habitude d'être un emmerdeur, un fouteur de merde, un enfant terrible. J'étais le genre de gamin un peu trop agité se marrant parfois seul dans la cour de récré. Mes camarades, rectification :« mes camarades » comprenaient mal mon besoin d'être seul. L'envie puissante de s'isoler dans une sorte de bulle et de ne plus en sortir, bulle qui pouvait éclater à n'importe quel moment, vu à quel point elle était fragile en ce temps-là.
Parfois aussi, mon entourage composé à cette époque de gamins boutonneux et d'institutrices mal baisées, percevaient mal ma forte empathie due à ma « trop grande sensibilité des choses » (terme utilisé maintes fois par de nombreux escrocs) faisant en sorte que je pouvais lâcher une larme, crier de rage ou encore rire aux éclats bêtement, dès que je voyais une personne près de moi souffrir ou au contraire jouir d'un petit « moment de grâce »
Tout ça, sans m'en rendre compte une seule fois de ce qu'il se produisait.
C'est en partie due à mes parents et à leur éducation plutôt atypique...Mes parents ont tout deux entre 25 et 30 ans à cette époque, et jouissaient d'une vie de bohème t o t a le.
Vivant sans aucunes responsabilités ou autres formes d'attachements.
D'une vie dans laquelle je n'existais quasiment pas.
Ce qui est assez ironique puisque ce sont ces mêmes personnes là, qui ont le plus apporté au misérable être que j'étais, niveau leçons et expériences de vie. Par exemple : la fois où comme cadeau d'anniversaire, j'avais reçu pour mes 7 ans un jouet accompagné de cartes de voeux.
Vous voyez !
Ces cartes que personne n'apprécient vraiment, ces cartes qui au bout de 3 jours sont jetées à la poubelle, ces cartes expliquant à un gamin de 7 ans pourquoi « papa » et « maman » avaient tout deux rater l'anniversaire de leur fils unique.
Vous voyez !
Ce genre de cartes merdiques gâchant la journée d'un pauvre gosse... Eh bien, ce souvenir pourtant bien vieux, m'est resté entre la gorge. Il avait beaucoup de mal à s'extérioriser et c'est à cause de ce genre de déception sentimentale, qu'au fur et à mesure, je m'étais bâti une forteresse autour de moi.
Ne laissant entrer personne, et surtout ne laissant aucune de mes émotions ressortir, et là aussi...
Tout ça, sans m'en rendre compte une seule fois de ce qu'il se produisait
Je m'étais forgé une coquille vide.
Seulement, tout bascula un jour, lorsque j'appris la mort d'un « camarade » à moi.
Ma peine était profondément douloureuse, non pas que je l'appréciais énormément mais dans le monde d'un enfant aussi jeune, la mort n'est qu'un concept qui n'existe pas (ce qui bien évidemment avait choqué le bon fonctionnement de ce monde).
Je sanglotais au point où mes larmes coulaient et ne semblaient plus vouloir s'arrêter.
Je sanglotais au point où mes yeux, devenus tout rouge, ne voyaient presque plus rien.
Je sanglotais au point où je me retrouvais encore une fois, seul, dans mon coin.
Jusqu'au moment où une force me souleva et me serra tellement fort contre elle que je respirais à peine et cette force n'était autre que : mon père.
Pour la première fois de ma vie, il me traita comme sa progéniture, comme son enfant, comme son fils.
C'est aussi pour la première fois de ma vie que je ressentais une telle chaleur émanant d'un être vivant...
Les paroles qu'il prononça à ce moment-là sont restées gravées en moi.
Il me dit : « Fils, pourquoi pleures-tu pour la mort de cet enfant si tu ne pleures pas pour la mort de tous les enfants dans le monde ? La vie est un cycle continu et la mort en fait partie.
Nous aussi, un jour on te quittera, non par choix mais par obligation... Alors sèche tes larmes et vis. »
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Eros
Short StoryQu'est-ce que l'amour ? La peur ? La vie ? La mort ? Cette histoire parle d'un jeune garçon nommé Eros se posant régulièrement ce genre de questions. Élevé par des parents un peu trop spéciaux, il grandira différemment des autres enfants perdus da...
