Strange Intrigue

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Je n'ai pas à me plaindre, je ne suis pas malade. Si je me répète ça chaque matin, c'est pour ne pas regarder avec pitié et dégoût les misérables qui peuple cette île. Car si il y a bien une chose qu'un malade ne veut pas, c'est de ta pitié. Tes yeux ne doivent pas te trahir car rien qu'avec un regard, ils découvrent ce que tu cache derrière ta bonté déguisée et tu perd leur confiance, leur amitié. Lui, il veut être considéré commet le plus banal des hommes et toi tu n'a d'yeux que pour son apparence d'estropié. J'ai seize ans depuis deux heures et vingt-six minutes exactement, mais se matin personne n'étais là pour le fêter. Il faudra que je patiente encore quinze heures et trente quatre minutes avant de pouvoir embrasser ma mère de seize nouvelles bises, pourtant assez traditionnelles. Je regardais fixement le bouton d'appel de notre ascenseur et se n'est que lorsque son bip familier retentit que je puis émerger dans se qui, pour moi, était alors ma seule réalité. Bien que dans mes souvenirs les ascenseurs naviguaient entre le rez-de-chaussée et le neuvième, voir le dixième étage, ici il n'existait pas le moindre étage, seulement des dizaines et des dizaines de paliers souterrains. Je résidais au palier moins sept, appartement numéro cinq avec porte rouge. Et puis là, normalement, c'est le moment où on se demande pourquoi je vis sous la surface, terré comme un lapin. Pour faire court, ici les gens "en forme" sont plutôt rares. Là-bas, quand j'étais plus petite, je me rappelle avoir posé plusieurs fois ces questions qu'on qualifiait de "banales", du genre :
"Ça va ?" Et l'autre répondait souvent sans réfléchir :
"Oui ça va... et toi ?" Des mots qui sont bien plus lourd de sens aujourd'hui. Je fais partie des rescapés de la Déchirure, je suis en bonne santé, sans membres atrophié, sans faiblesse cardiaque ou bien nerveuse. Moi et les autres on peut nous compter en une centaine, petite poignée de rescapés au milieux d'un univers totalement infecté. Les plus jeunes sont affectés au services "Interventions à risques" en tant que sapeurs-pompiers, par manque de ressources physiques chez les adultes. Tous les autres sont essentiellement médecin, aide soignant ou bien infirmier. Ma mère est infirmière, c'est pourquoi je ne pourrai la voir que tard ce soir étant donné la population maladive qui peuple notre îlot.

" Bonjour Madeemoiseellee ! Le visage fendu d'un grand sourire, Eidi s'avança dans l'immense boîte ambulante qui nous servait d'ascenseur, il faut bien comprendre qu'avec autant de monde sous terre on ne peut pas se contenter du modèle réduit. Je vous laisse imaginer quand c'est jour de fête.
- Salut, dis-je.
- Quoi !? Et non, tu peux pas me faire ça ! C'est ton anniv... c'est pas aujourd'hui qui faut être de mauvais poil.
- Ouais, mauvais calcul, ma voix avait dérapé.
- hééé... tu vas la voir ce soir t'inquiète pas. Bien essayé, mais mon moral ne remonte pas aussi facilement que je le voudrais. Le pauvre, il n'y est pour rien.

- Écoute...Je me dis la même chose depuis trois jours.
- Sois pas trop dûre avec elle, dit-il, brusquement sérieux.
- Je sais."
L'ascenseur ralentit de nouveau et une touffe brune s'avança:
"Hey, alors comment se porte l'intéressée ?
- Cas pas commun sergent.
Monsieur se la joue militaire maintenant, c'est que elle lui fait de l'effet notre coordonnatrice préférée.

- Joyeux anniversaire !
Dit-elle, ses yeux accordé aux miens, remplit de sincérité.
- Merci.
Ma voix n'était qu'un souffle mais je réussis à sourire, en forçant un peu.
- Bon encore une bonne journée devant nous ! "

Les poings au niveau des hanches elle se tenait fièrement devant la porte, comme si elle attendait qu'elle lui cède. Un jeu auquel il me plaisait à jouer étant enfant, lorsque on se met à chanter le décompte. On part de trois puis deux puis un et lorsque l'on arrive à zéro, on tend toute notre pensée vers l'objet désiré en souhaitant très fort que la porte s'ouvre. Parfois l'effet voulu prend forme et on ne peux s'empêcher de sourire, un torrent de joie débordant de nos yeux rieurs. A ce moment là,  j'aurai donné n'importe quoi pour me joindre à Taïga. Je voulais retrouver cette petite fille, ce souvenir léger d'une partie de moi-même qui m'a été retiré, interdit, sans que je puisse faire quoi que se soit pour le retenir.

" Elle n'est pas dans son assiette " chuchota Eidi, histoire de bien enfoncer le couteau dans la plaie.

Taïga marqua une pause, ne sachant quoi répondre. Puis elle tourna la tête et plongea son regard dans le mien. Après quelques  secondes elle se détourna. Je frissonnais légèrement, comme à chaque fois. Elle était de ces personnes qui savent, avec un regard, connaître le fond de la pensée humaine. On aurait dit qu'elle sondait mon âme, qu'elle voyait en moi des choses qui pouvaient même m'être inconnue. C'est d'ailleurs ce qui m'a fait légèrement flippé lorsque je l'ai rencontrée.

Emporté par ton chantStories to obsess over. Discover now