Le sang, les cris étouffés et l'horrible sensation de l'arme glaciale contre sa tempe sont autant de souvenirs qui maintiennent Elizabeth dans l'angoisse. Allongée dans son lit, elle fixe le plafond de chambre, incapable de chasser de sa mémoire les macabres événements de ce soir de novembre. L'image nette de la balafre sur le joue de Hadrian et le filet pourpre qui glissait jusqu'à son menton s'imposent à son esprit, comme pour lui insuffler l'idée que rien n'est terminé. Les scènes défilent de nouveau tel un film obsédant, nouant son estomac. Elizabeth parvient presque à sentir la main de son ravisseur se resserrer autour de sa gorge. Sa respiration se bloque lorsque apparait Hadrian, plaqué contre un mur du sous-sol, maintenu contre le ciment froid d'une pression de fer contre les épaules. Elle ferme les paupières, pour maintenir ses démons en cage, loin de la réalité. Tentant de réguler son souffle erratique, la jeune femme agrippe les draps entre ses poings lorsque l'on frappe doucement à la porte de sa chambre, close.
Sa mère passe sa tête dans l'entrebâillement, afin de vérifier que tout va bien, qu'une fois de plus elle n'a pas disparu. Le souvenir de l'enlèvement est encore vif, même chez ses parents qui ressentent le vide de son absence jusque dans leurs membres. Même si Irène Palmer est soulagée de trouver sa fille dans le confort de son lit, l'inquiétude sommeille toujours au fond d'elle.
- Excuse-moi de t'avoir surprise, Lizzie. Je voulais simplement savoir si tu avais faim.
Elizabeth lâche lentement les draps et masse les paumes endolories de ses mains avant de se redresser. Cela fait deux jours qu'elle refuse d'avaler quoi que ce soit, encore trop bouleversée pour que son corps ne refuse la nourriture.
- Un verre de jus d'orange ne serait pas de refus, répond-t-elle.
Irène sourit affectueusement à sa fille, hochant brièvement la tête. Quand elle referme la porte derrière elle, Elizabeth en profite pour plonger de nouveau dans la chaleur de ses draps. Elle ne veut pas d'un verre de jus d'orange. Mais elle sait que ses parents ne seront pas éternellement dociles face à son jeûne. Recroquevillée sur elle-même elle se tourne vers sa table de nuit comme chaque matin avant de se lever et d'affronter le regard du monde extérieur. Elle attrape le cadre près de sa lampe de chevet, le serre tendrement contre son cœur avant d'observer longuement le visage à sa droite sur la photographie. Hadrian apparait plein de vie, simplement heureux de la tenir dans ses bras. Bien que l'image devrait lui infliger une infinie tristesse, Elizabeth sent une vague de courage réchauffer sa poitrine.
- Je te retrouverai, Hadrian. Je te le promets, souffle-t-elle contre le verre qui la sépare du cliché.
La jeune femme repose avec délicatesse le précieux cadre à la place qui lui revient et repousse les draps de son corps désormais frêle. Dehors les arbres ont perdu jusqu'à leurs dernières feuilles. L'automne cède la place à un hiver que toute la ville prévoit rude. Elizabeth garde une certaine distance avec la fenêtre, convaincue qu'un photographe attend sagement derrière un buisson d'obtenir le premier cliché d'Elizabeth Palmer, la rescapée du rapt sanglant des deux étudiants d'Ivory. Depuis son retour à la civilisation les journalistes vadrouillent en hordes de vautours dans le quartier en quête d'une information capitale concernant l'affaire qui fait encore frissonner la ville entière. Tout en enfilant sa robe de chambre, Elizabeth jette un rapide coup d'œil dans le miroir. Son visage autrefois lumineux est désormais blafard. Ses joues sont creusées par son manque d'appétit et ses yeux cernés par une angoisse croissante. Elle baisse le regard face à ce reflet qu'elle rebute.
- Ton jus d'orange est prêt !, claironne sa mère depuis la cuisine.
Elizabeth profite de cette intervention pour se détourner du miroir et descendre les escaliers. Comme tous les matins depuis son retour, ses parents l'attendent patiemment autour de la petite table de la cuisine. Un copieux petit-déjeuner auquel elle ne touchera pas l'accueille, ainsi que son verre de jus d'orange. Le rituel quotidien se met alors en place. Son père l'embrasse avec tendresse sur le front, désignant le ciel bleu derrière la fenêtre, son éternelle tasse de café à la main. Sa mère lui offre un sourire chaleureux, ponctué d'un regard empli d'espoir vers les viennoiseries qui débordent du sac en papier de la boulangerie du bout de la rue. Mal à l'aise, Elizabeth se renferme souvent dans sa bulle, sirotant gorgée par gorgée son verre de jus d'orange. Ce même verre qui constituerait surement son unique repas de la journée.
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Par une sombre nuit d'octobre
Mystery / ThrillerElizabeth est victime d'un kidnapping avec son petit-ami, un soir d'octobre. Si elle parvient à échapper à ses ravisseurs, son compagnon demeure retenu en otage. La jeune femme décide alors de braver tous les obstacles pour tenter de le retrouver.
