Le vent effleurait doucement mon visage, emportant sur le côté quelques mèches ondulées de mes cheveux. Je sentais le parfum salé des vagues qui caressaient sans cesse mes doigts, celui des pins brûlés par le soleil, l'odeur âcre de la fumée. Le chant inlassable des oiseaux et le bruissement des feuilles que j'écoutais les yeux fermés, tous les sens en éveil, exprimaient la tranquillité dans laquelle je baignais et que rien ne pouvait venir déranger. Quelques fois, un phoque accostait sur le sable, venait vers moi, poussé par une curiosité instinctive. Je ne bougeais pas, le laissant approcher. M'ayant observé un certain temps, il repartait au large, ne trouvant rien d'intéressant en moi qui puisse le faire rester plus longtemps. Un autre animal faisait son apparition, un renard cette fois-ci. Il tourna plusieurs fois autour de moi, s'arrêtant au niveau de ma tête. J'avais les yeux fermés, mais je sentais la présence de chacune de ces créatures comme s'ils étaient ouverts. Doucement, tout doucement, j'ouvris mes paupières, bougeai mes doigts, puis, avec autant d'attention, je m'assis, la bête rousse toujours à mes côtés. J'avançai une main vers elle, elle recula légèrement dans son hésitation et s'avança enfin, reniflant le bout de mes doigts. J'eus un cillement presque imperceptible, mais la jeune créature, qui ne devait pas avoir plus d'un an, fit quelques bonds en arrière. Je laissai retomber mon bras, me levai, et regagnai l'orée des bois sans un bruit, usant de toute l'attention dont j'étais capable afin de ne pas troubler ce calme infini.
Arrivée sous le Grand Pin, sur la rive gauche de la rivière, je préparai un feu. Puis, prenant mon arc, je parti chasser. J'attrapai une oie sauvage et un chevreuil. Je retournai au Grand Pin et ravivai mon feu. Je plumai mon oie et la tins au-dessus des flammes rouges. Le soleil se couchait derrière les dunes, et, de sa teinte de braise, donnait aux feuilles leurs couleurs dorée, rougeâtre, brune et orange. L'air se fit frais, le chant des volatiles fut remplacé par celui des grillons et des rapaces nocturnes, celui des bruissements des feuillages multiples par les crépitements du feu. Les premières étoiles firent peu à peu leur apparition dans le ciel d'encre. Les flammes baissaient un peu plus chaque instant, pour ne devenir que des cendres encore chaudes. Pendant ce temps, j'avais dissimulé mon gibier afin de ne pas attirer les bêtes, après avoir mangé une partie de l'oie. Il y avait en effet une souche d'arbre proximité dans laquelle je plaçai le chevreuil. Je la recouvris ensuite de branches de pin fraîches pour masquer les odeurs de proie aux prédateurs. Je montai ensuite dans l'abri que j'avais construit dans les branches élevées, mais encore solides, du Grand Pin pour y déposer le reste d'oie dans une caisse où des fougères évitait tout contact de la nourriture et des échardes. Je redescendis à temps pour m'allonger dans l'herbe, dans la pénombre, afin d'observer les étoiles qui parsemaient l'obscurité de la nuit.
Je fus sortie de mon sommeil par le son d'une branche que l'on casse. Mon pouls s'accéléra et je fus aussitôt sur mes pieds, l'arc à la main, corde tendue, visant tantôt un buisson, tantôt un autre, aux aguets. Rien, plus un bruit et pas un mouvement. L'immobilité totale de la forêt était la réponse à mes inquiétudes. Avais-je rêvé ? Impossible, mes sens ne me trompent que très rarement. Je baissais mon arme quand un crissement se fit entendre à ma droite. Aussitôt, je fis volte-face et ma flèche alla se planter dans un arbre d'où semblait provenir le bruit. Etant plongée dans les ténèbres, je ne pouvais me fier qu'à mon ouïe. Néanmoins, ma cible ne se trouvait qu'à quelques pas du tronc où s'était logée ma flèche. Je le sus car je percevais la prunelle de ses yeux,
reflétant de temps à autres le clair de lune, les nuages voilant parfois ce dernier. Mais ces pupilles reparaissaient chaque fois au même endroit, me fixant avec insistance. Je m'assis au milieu des brindilles, la tête légèrement inclinée, et nous attendîmes l'aube, nous observant toujours avec la même intensité. J'avais depuis longtemps deviné quel était ce visiteur, et les premières lueurs du jour le confirmèrent : il s'agissait d'un loup gris. En l'occurrence, sa robe avait une teinte blanchâtre avec quelques nuances cendrées sur le dos et le haut de la tête. Ses iris étaient d'un bleu vif. Nul de nous deux n'éprouvait la moindre peur, c'était simplement de la curiosité. Je ne ressentais aucun besoin de fuir, il a eu maintes occasions de me sauter à la gorge. Je voulais savoir qui de nous deux se lèverait avant l'autre. Et ce fut lui. Il se redressa, s'étira et émit un bâillement. Puis, après s'être secoué, il s'approcha de moi, jusqu'à n'avoir sa truffe qu'à une très courte distance de mon nez, de telle manière à ce que nos souffles se mélangeaient. Nous restâmes un instant ainsi, à nous observer. Peu à peu, je posai ma main sur son pelage, au niveau du cou, puis me mis à lui caresser le front et enfin le museau. Je me mis debout, lui jetai un dernier regard et montai dans mon abri. Je descendis quelques temps plus tard, le reste d'oie à la main.
Il ne lui prit qu'un jour pour comprendre mes gestes, et je fus extrêmement surprise par sa docilité. Elle exécutait chacun de mes ordres en une fraction de seconde. Oui, c'est « elle ». Je partageais avec elle mes repas du matin et du soir, elle ne me réclamait jamais d'avantage. Je lui laissais autant de liberté qu'elle le souhaitait, cependant, elle ne revenait que quelques instants plus tard. Ce comportement m'intrigua fortement. Je n'en fis rien les premiers jours, mais son retour de plus en plus rapide et sa docilité ne firent qu'accroître mon étonnement. Il m'avait souvent été donné d'observer des loups, mais jamais je ne leur avais vu pareille attitude. Je ne savais que penser de cette conduite.
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Deux Zones
Ciencia FicciónHistoire d'un autre monde. Celle de la sphère B614, où deux zones s'opposent: la première se considérant civilisée et voulant à tous prix contrôler la totalité de la sphère, et la seconde, la "sauvage", restant encore et toujours incontrôlée. Deux p...
