Seul, Seule.
Avec la douce empreinte d'une ombre, les douces ténèbres d'une pensée, de cette pensée que tu retiens. Avec ces mots que tu devines, que tu découvres, de simples lettres noires profanant avec délicatesse un papier blanc. Avec cette impression que tu as cherché, celle de te perdre au coeur des pages pour finalement te retrouver.
Tu te perds, lorsque la couverture se révèle à toi, comme une évidence, et pourtant si semblable à une porte fermée ... Lorque tu parcours de ta paume le papier, que ton regard s'arrête sur le bord écorné, tu comprend que, si tu es là, c'est que ce livre t'attendait, toi. Toi et ton âme qui, en cette nuit, cherche un apaisement qu'elle semble enfin retrouver.
Et tu lis. Dévoilant à ton regard le secret que le livre semble renfermer, tu te laisses emporter, dans ce tourbillon de mots, de paroles, de figures de style et de symboles; dans cette danse, mystérieuse et pourtant si attrayante, qu'est la danse des lettres, de ces lettres qui t'apparaissent, là, maintenant.
Sous tes yeux presque innocents, s'enlaçent et s'entrelaçent les pensées de l'auteur qui, comme toi à cet instant, s'est trouvé transporté, envoûté par une douce obscurité où les secrets se dévoilent lentement.
Sous tes doigts qui tournent les nombreuses pages sans plus les compter, comme tatoués à l'encre noire sur le papier, apparaissent puis disparaissent des mots, des phrases, des idées : celles que l'auteur a mis tant de temps à chercher. Ces lettres aimées, haïes, murmurées et criées des milliers de fois, ce sont celles que l'auteur n'a pu trouver, avant de finalement réussir à les graver au coeur de ce livre que tu ne peux te résoudre à fermer.
Entrelacée aux pages, aux mots que tu lis silencieusement, une introspection te trouble ; tu te retrouves en ces émotions, ces sensations qui se dévoilent, qui se confondent.
Doucement, tu fermes les yeux, faisant une pause dans cette lecture qui te troubles à chaque phrase un peu plus. De simples lettres, formant des mots qui se jouent de toi à chaque page, ont réussi à te faire ressentir ce que tu ne peux voir.
Dans la nuit, tu ressens.
Mais ressens-tu réellement ?
Seul, Seule.
Avec une émotion qui s'empare de toi, te laissant tremblant, tremblante. Avec cette nuit qui t'entoure et sert de théatre au déchaînement de ce que tu n'as jamais osé exprimer.
Seul, Seule ...
Avec toi même.
Et tu reprends ta lecture, te plongeant à nouveau dans les pensées d'un auteur qui, comme toi, souffre de ressentir ce que ces lettres gravent sur le papier. Qui ressent, semblable à toi, les émotions qui s'échappent au fur et à mesure que les pages se tournent.
Alors, tu t'oublie.
Tu te perds.
Et tu te retrouves.
Puis, tout simplement, silencieusement, tu refermes ce livre, Lecteur, Lectrice ...
YOU ARE READING
Lecteur, Lectrice ...
Short StoryLecteur, Lectrice ... Un simple livre. Si peu, et pourtant tant de choses ...
