Il était encore là ce matin-là. Assis contre le mur de mon immeuble, il ne bougeait pas. Il ne bougeait pas souvent, en vérité. Même quand on lui jetait une pièce ou deux. Il se contentait de nous regarder avec cette lueur dans les yeux, cette lueur qui ressemblait presque à de l'espoir. Il disait qu'il trouvait inutile de parler, qu'un regard est plus important qu'une parole.
Ce matin, j'ai descendu l'escalier de mon immeuble après m'être, comme chaque lundi, préparée pour le collège. Je m'en souviens très bien, c'était un jour de pluie et, pour une fois, j'avais pris mon parapluie. J'ai ouvert la porte du vestibule et je suis sortie dans la rue. À dix pas de moi, le sans-abri. Le S.D.F. L'orphelin, probablement. «Le clochard», j'avais pensé sur le coup. Je devais passer devant lui pour aller au collège, ce qui ne m'arrangeait guère. Je n'aimais pas les S.D.F.. Ça peut paraître méchant, mais en réalité, je détestais me sentir riche dans ma vie parfaite et luxueuse devant des gens qui n'ont rien, ou qui ont tout perdu. J'avais honte de moi-même. Je me sentais redevable.
Je suis arrivée devant l'adolescent assis contre le mur, un grand maigre avec des cheveux blonds souillés, ses yeux cachés par sa tignasse. Je me suis arrêtée sous la pluie, et il a arraché son regard à la contemplation de ses mains rugueuses pour le tourner vers moi, l'air interrogateur. Sans le regarder, je lui ai tendu mon parapluie sous l'averse qui venait d'éclater. J'étais bien trop timide pour tourner la tête vers lui. Têtue comme je l'étais, je ne suis pas partie tant qu'il n'eut pas prit le parapluie et je suis arrivée en retard.
Il s'était passé un moment avant qu'il ne l'empoigne. Il m'avait avoué plus tard qu'il s'était demandé si je n'étais pas folle. Avant que je ne le laisse, rouge tomate, il m'avait attrapé la main et m'avait forcée à le regarder. J'avais vu ses lèvres formuler le mot «pourquoi» et j'avais haussé les épaules, les joues en feu. En réalité, j'avais agi sur un coup de tête, je n'avais absolument pas réfléchi à ce que je faisais. Je me suis dégagée de sa prise et j'ai couru dans la rue, mes cheveux bruns trempés par l'eau.
ŞİMDİ OKUDUĞUN
Niam
Kısa HikayeIl y avait un SDF en bas de chez moi. Un "claudo", comme vous dites. Il avait dix-sept ans ; j'en avais quatorze. Aujourd'hui, soixante ans après, je vais vous conter une partie de ma vie, un premier amour printanier, aussi discret qu'un brise de pr...
