Au fond du gouffre froid de la solitude, j'errais dans la nuit. La nuit sombre, noire, salie des péchés de l'homme. Aucune forme de lumière n'existait dans ce bas-fond de l'existence.
Soudain, dans un craquement lugubre, une faille se créée, haut dans le ciel rocheux. Un minuscule rayon de lumière blanche, chancelante mais aveuglante, perce l'épaisse couche de roche froide et dure. Je remarque une ombre passée à travers de cette faille de lumière et flotter au rythme de la légère brise de chaleur venue brisée la froideur étouffante du lieu sombre.
Je suis figée sur place, déconcertée, suivant des yeux l'ombre blanche, aussi légère qu'une plume, danser sous la lumière naissante, tel un flocon de neige. Cette dernière se pose délicatement au sol, couvée de mon regard. Elle est à environ vingt mètres de moi, sous un halo de lumière. Je plisse mes yeux inhabitués à une lumière de cette intensité. J'arrive à distinguer la nature de l'ombre blanche, c'est une feuille de papier. J'y perçois des écritures noires que je n'arrive pas à décryptées.
Irrémédiablement attirée par cette source de lumière, je tente de me saisir de celle-ci. Je tends la main, me débat, essaie d'avancer mais je ne parviens à rien. Je sens comme une sorte de force glacée de retenir. Je baisse la tête et découvre de grosses chaines de glaces qui me lient les mains et les pieds à la paroi rocheuse. J'ai beau tirer aussi fort que je le peux la glace ne fait que se solidifier, me triturant la peau. Le gèle grimpe, gagne du terrain sur ma peau à mesure que je me débats. Mes poignés et mes mains sont déjà complétement couverts de glaces, gelés. Mes chevilles aussi commencent à se faire recouvrir.
Je sentais mes forces me quittées petit à petit. Je me sentais vidée. J'avais terriblement froid et mes membres de torturaient. La glace me rongeait de lintérieur et sincrustait dans ma peau tel une aiguille grandissante et intrusive. L'espérance me quittait peu à peu, en même temps que je sombrais. Mon rythme cardiaque se faisait plus lent ainsi que ma respiration qui devenait difficile. La glace avait recouvert l'intégralité de mes jambes et mon bassin. Mes bras aussi étaient totalement emprisonnés. Le gèle progresse encore, de plus en plus haut, recouvrant mon corps.
Je sens peser sur moi des milliers de regards perçants qui scrutent la moindre faiblesse, la moindre émotion sur mon visage fermé. Je voudrais pleurer, hurler, frapper mais rien ne vient, rien ne sort. Mes cordes vocales refusent démettre le moindre son, mes larmes restent prisonnières à lintérieur de mon corps et mes poings ne mobéissent plus. Ma voix intérieure me crie de réagir, de faire quelque chose. Son ton est empli de panique et de peur. J'aimerai faire quelque chose, mais j'en suis incapable. Je l'entends faiblir jusqu'à disparaitre complétement de ma tête.
Tout est silencieux. Il ne reste que le bruit des battements de mon coeur qui ralentissent et ma respiration qui se fait de plus en plus compliquée. J'observe la glace grimper et grimper encore. Je la vois qui recouvre mon ventre. Elle monte vers la partie droite de mon torse, la recouvre entièrement et se rapproche dangereusement de la partie gauche, de mon coeur. J'assiste à la dégradation de mon corps, impuissante, faible. Les battements de mon coeur s'accélèrent d'un coup puis s'arrêtent. Ma respiration se coupe. Plus aucun son ne provient de mon torse. Celui-ci ne se soulève plus au rythme de mes respirations ; je ne respire plus.
Toute sorte d'humanité a disparue de mon corps. Il ne reste qu'un corps sans vie, avec un coeur gelé. Je sombre, doucement, dans le désespoir. Je suis résignée, je vais mourir, lentement, avalée par la glace envahissante qui me faisait tant rêvée par le passé. Je sens le froid m'engloutir le cou, le bas du visage. Ma bouche reste figée dans une moue de résignation. Je perds l'odorat, l'ouïe. La glace progresse sur mon crane, ne laissant que mes yeux pour observer ce désastre. Le froid arrive sur mon front, descends. Soudain, je sens la glace s'incrustée dans mon oeil gauche, l'emprisonnant pour de bon. Il ne me reste plus qu'un il. Je panique, mon oeil aussi. Il commence à s'agiter, chercher de l'aide tout autour de lui. Il lance des appels à l'aide tandis que la glace se rapproche de lui. Il est trop tard, je vais mourir emprisonnée dans le froid. Je baisse mon regard, résignée.
Soudain, une deuxième lumière transperce le ciel sombre de roche. Celle-ci est plus intense, plus puissant que la première. La faille dans la roche est plus grande que la première. Le vent chaud s'engouffre dans la grotte et propulse la feuille lumineuse à mes pieds, comme sil voulait me le donner. Je sens quune once de force pénètre en moi. Je l'utilise pour basculer en avant et pouvoir toucher la feuille lumineuse.
A l'instant où j'entre en contact avec l'objet, une immense chaleur m'envahie, s'empare de mon corps. Je suis soulevée dans le ciel par un souffle chaud, les bras étendus sur les côtés et ma tête pendant en arrière. La chaleur fait fondre la glace me libérant de son emprise. Mon oeil est libéré, mon visage, mon cou. Mes jambes reprennent vie, mes bras, mon ventre. Mon torse commence a dégelé et d'un coup, une grande bouffée d'air pénètre dans mon corps, mon coeur se remet à battre, ma voix intérieure se réveille.
Le souffle chaud me dépose délicatement au sol où je tombe à genoux par manque de force. Toutes mes émotions reviennent, s'emparent de mon corps. Ma voix, mes larmes, mes émotions, tous me submergent en même temps. Des larmes jaillissent en masse de mes yeux desséchés. Ma voix enflamme ma gorge et résonne dans toute la grotte sous la forme de hurlement et de rires. Mes membres me répondent à nouveau, tous en même temps. Mes jambes me soulèvent d'un coup, me jettent vers les parois. Mes bras se mettent eux aussi en marche, propulsant mes poings, l'un après l'autre en rythme contre la roche avec une force que je ne me connaissais pas.
Le sang gicle de mes poings, colorant la roche de rouge. Je me mets ensuite à escalader les parois de la roche, à une vitesse déconcertante. J'arrive au sommet, près de la faille la plus grande. Mes mains se mettent alors en marche toutes seules et creusent la roche agrandissant la faille et laissant pénétrer toujours plus de lumière et de chaleur. Je me tue les membres mais je me sens comblée, vivante.
Soudain, la force lumineuse envahie la grotte, détruisant le ciel de roche. Je suis éblouie par la puissance de cette lumière. Puis, le vent se lève et tourbillonne et menveloppe, me chatouillant la nuque. Je balaie les alentours du regard et aperçois la feuille qui volette autour de moi. Je lâche prise et le vent me réceptionne. Je suis soulevée par la brise chaude, toujours plus haut. Soudain, je dépasse les parois de la grotte et découvre une étendue verte, magnifique. Je suis déposée délicatement sur l'herbe tendre. La feuille se dépose juste à côté de moi. Je me sens soudainement épuisée après tous ces efforts. J'ai le temps d'apercevoir les quatre lettres qui trônent au centre de la feuille lumineuse avant de m'effondrer au sol.
H
O
P
E
Hope
L'espoir.
C'est l'espoir qui m'a sauvé. L'espoir
J'ouvre soudain les yeux et balaie la pièce du regard. Il y a un miroir, une douche, un bain, deux lavabos. Je suis assise à terre, sur du carrelage blanc. Je baisse les yeux et pousse un cri d'horreur. Je tiens dans ma main une lame de rasoir. Elle est positionnée tout contre mon avant-bras gauche. Un léger filet de sang coule de sous la lame. J'ouvre prestement ma main et la lame percute le sol froid dans un bruit de métallique. Mais qu'allais-je faire ?! J'observe le fin trait qui orne ma peau fraiche et pâle. Ce rêve, cet espoir, c'est ce qui m'a sauvé, m'a empêché de commettre l'irréparable.
L'espoir
Il faut garder espoir, toujours, quoiqu'il arrive.
J'entends l'éclat de voix de mes parents qui se disputent dans le salon, encore. Je baisse la tête et observe ma larme au sol. Je relève soudain la tête.
Garde espoir, ne craque pas, tout va sarranger.
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HOPE
Short Story"Au fond du gouffre froid de la solitude, j'errais dans la nuit. La nuit sombre, noire, salie des péchés de l'homme. Aucune forme de lumière n'existait dans ce bas-fond de l'existence." "Garde espoir, ne craque pas, tout va s'arranger."
