La pluie martèle les trottoirs déserts de Greenwich Village. Épaisses et teintées de jaune par la lueur maladive des réverbères, les précipitations s'apparentent presque à de l'huile. Le coin d'un avis de recherche battu par l'averse se détache petit à petit de la devanture d'un magasin. Sa protection de plastique trempée ne laisse voir du signalement qu'une dague fendant un barrage de vrilles ondoyantes. Une bourrasque l'arrache pour de bon à son mur, l'envoyant s'écraser contre un poteau de signalisation couvert d'autocollants plus ou moins dénonciateurs.
Samantha le dépasse sans ralentir sa course. Les hommes armés la rattrapent.
Une flaque éclate sous ses semelles, tachant ses chaussures de pluie acide. Plaqués contre son visage, ses longs cheveux roux lui barrent la vue. Ses mains et ses bras sont couverts du sang encore tiède de ses parents.
Elle tourne la tête et réalise que les hommes en noir gagnent du terrain. Les lunettes de leur casque tactique ne reflètent ni l'auréole blafarde de la lune, ni celle des réverbères, mais Sam n'a pas besoin de croiser leur regard pour deviner leurs intentions.
Le tonnerre gronde derrière elle. Sam tombe tête la première sur la chaussée et se mord la langue. Le choc libère un sanglot resté trop longtemps dans sa gorge. La douleur, atroce, lui évoque un tisonnier chauffé à blanc enfoncé au creux de son genou. En se retournant, Sam découvre avec horreur le filet de sang rouge vif qui serpente le long de son mollet. Il rampe au sol, comme doté d'une volonté propre, dans l'optique de s'accrocher au premier organisme vivant qu'il trouvera, puis se solidifie en longs filaments rouge vif qui ne tarderont pas à s'assécher. Ces hommes viennent de lui tirer dessus comme ils ont tiré sur ses parents.
Sam contemple ce sang qui la rend si différente. Si dangereuse à leurs yeux. Malgré ses tremblements, un sursaut d'instinct de survie la pousse à tourner le dos aux hommes pour s'éloigner à la seule force de ses mains. Elle n'est pas encore morte. Elle peut toujours fuir.
Mais les hommes l'ont rattrapée. L'un d'eux lui écrase la tête avec sa botte, l'obligeant à rester face contre terre. Des feuilles détrempées se collent à son menton. Les deux autres se positionnent autour d'elle, le doigt sur la détente de leur fusil à impulsion électrique. Sam les entend échanger quelques mots à travers les battements affolés de son propre cœur.
Elle s'apprête à fermer les yeux, espérant au fond d'elle ne pas trop souffrir, quand une forme venue des hauteurs renverse l'homme le plus en retrait. Une forme humaine qui le rattrape par le casque avant de le tirer si brutalement en arrière qu'elle lui arrache purement et simplement la nuque.
Sam glapit de surprise. Les deux hommes sont en proie à la panique. Ils ouvrent le feu en jurant et sans se concerter, envoyant leurs balles et leurs électrodes dans le corps de leur collègue que son assassin utilise comme bouclier. Libérée de la botte de son tortionnaire, Sam se couvre les oreilles. Les détonations résonnent jusque dans ses os.
L'inconnu jette le corps décapité vers les deux autres, les déstabilisant juste assez longtemps pour percer la gorge du tireur le plus proche. La pointe d'une lame crantée, assez large et légèrement incurvée, disparaît sous la sangle du casque. Sam entend un son étrange, une sorte de gargouillis visqueux qu'elle n'oubliera jamais, tandis que l'homme tente de toucher sa propre gorge sans comprendre ce qui lui arrive. L'inconnu lui tord le bras pour passer derrière lui, dissuadant le dernier de faire feu. Le canon de son fusil électrique fixe vainement le corps de son collègue. Il ne voit pas la main de l'assassin broyer celle qui manie le fusil d'assaut, ni son doigt se superposer à l'index toujours posé sur la détente.
La violence éclate dans la nuit. Le troisième homme, celui dont la trace de la semelle doit s'être imprimée sur la tête de Sam, essuie une rafale qui le projette en arrière. Il tombe aux côtés de la jeune fille, le souffle coupé. Une mare de sang grossit dans son dos, mais Sam le regarde mourir sans une once de sympathie. Elle l'achèverait elle-même si elle savait se battre.
L'inconnu récupère son couteau, condamnant le deuxième homme à s'étouffer en tentant de contenir l'hémorragie. Un sang fluide jaillit par à-coups de sa carotide. Il tombe à genoux, vidé de ses forces, et se recroqueville à même le sol où il finit par s'éteindre avec un dernier râle. Ce bruit-là non plus, Sam ne l'oubliera pas.
Il nettoie sa lame en la secouant dans le vide, barrant le trottoir d'une gerbe de sang frais. Sam se tend à en attraper mal aux épaules. Allongée sur le ventre, les poings serrés, elle se demande si elle va mourir elle aussi. Si cet inconnu va lui arracher la tête, lui ouvrir la gorge ou lui tirer dessus à son tour et l'envoyer là où ces hommes ont envoyé ses parents.
Malgré ses larmes, la jeune fille tremble de rage.
Elle ne parvient qu'à baisser les yeux lorsque l'assassin s'accroupit devant elle. D'un poing sous le menton, il l'oblige à relever la tête. L'ombre projetée par la capuche de son sweat-shirt maculé de sang l'empêche de trouver son regard, mais Sam sait qu'il l'observe. Qu'il l'étudie. Ce qu'il découvre doit le satisfaire, car un sourire arque ses lèvres et le poing quitte son menton. Sam anticipe la douleur, certaine de vivre ses derniers instants.
Au lieu de ça, l'inconnu lui tend la main. Une main jeune, délicate, plutôt engageante malgré le sang et la saleté incrustée sous les ongles. Une main qui semble l'inviter.
Samantha lève les yeux sans se départir de sa colère. Dans l'ombre de la capuche se devinent les traits d'un homme dont l'avis de recherche est placardé aux quatre coins de New New York.
Elle n'hésite pas longtemps avant de la saisir.
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2033
Ficção CientíficaNew New York, 2033. Une attaque biologique a décimé la moitié de la population, répandant parmi les survivants un incurable virus mutagène. L'UCA, une organisation anti-terroriste destinée à endiguer l'infection, est le dernier rempart entre la vill...
