Une ombre frêle passa la grille du jardin du Luxembourg. Lentement elle chemina dans les allées. Faible, courbée et monotone, la silhouette faisait contraste avec l'élégance et la beauté mi-printanière mi-estivale du parc. Les passants s'écartaient légèrement sur le passage de cette ombre en lui adressant des sourires polis. Ce n'était ni du dégoût, ni de la peur. Alors quoi? Une sorte de respect craintif. Oui! Ne confondons point peur et crainte. On respectait cette ombre mais ce n'est pas pour autant qu'on aurait partagé sa table avec elle. En son absence on le vénérait, en sa présence on le craignait.
Sur cette ombre se dessinait le visage d'un homme. Un homme épuisé. Un homme dont la jeunesse était avortée. On avait grand peine à discerner son âge, tout ce qu'on pouvait deviner c'est qu'il était épuisé. Blessé. Qui l'avait blessé? La vie, sûrement. Mais cet homme, avait il eu le temps de vivre? Ou s'était il contenté d'exister. D'exister pour les autres. Cet homme qui avait tant donné n'avait ,pour sa part, rien reçu. Bien au contraire on lui avait tout pris. Enfant de la patrie, il avait protégé sa mère. Pour elle il avait sacrifié sa jeunesse, sa vertu. Pour sa mère il avait lutté jusqu'à n'en plus pouvoir. Et même au comble de l'épuisement on l'avait forcé à continuer. Et le voilà maintenant, ombre solitaire à errer parmi ceux qui jadis étaient ces semblables. Sa jeunesse se dissimulait sous les haillons de la vieillesse.
Il avait peur.
Dans ce décor enchanteur, l'horreur l'habitait toujours. Parmi ces vivants il voyait des fantômes. La vision de l'enfer continuait de hanter son esprit tandis qu'il lui semblait être revenu au paradis. Étais-ce un démon ? Étais-ce un ange ? Non, juste une homme. Un jeune homme à qui on avait tout pris. À qui en échange on avait offert la souffrance. On voyait les ailes de la mort se déployer dans son sillage. Et sur son visage se lisait la douleur.
C'était un soldat
Plus qu'un héros c'était une victime.
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J'étais soldat
Short StoryPapa, J'ai peur. Et la seule issue est de mourir. Je ne vis plus. Je survis. Je ne sais même pas si j'existe ou si je suis seulement de la Chair à canon. Ma vie se resume en un mot : enfer Je n'ai que 20 ans et il me semble que je n'ai jamais...
