« La vie est une obligation que tout le monde doit suivre. Parfois, je me réveille et je me dis que ça ne vaut pas le coup. Ou encore : j'ai envie que ce moment ne s'arrête jamais, et ce, même si je suis juste dans mon lit. Je me dis que bientôt je vais devoir quitter le cocon familial, remplacer mes habitudes par d'autres, vieillir, bosser toute ma vie. Et je n'en n'ai pas envie.
L'Humain est conditionné depuis tout jeune à faire cela. Lève-toi, marche, va apprendre, réussi tes études, réussi ton métier, travaille toute ta vie, ne t'arrête que pour te voir mourir. Au final, c'est cela ? Je veux dire, nous avons tous un but précis. Certains pensent que le destin est déjà tout tracé, d'autres pensent que nous le forgeons avec nos choix. Je suis plutôt au milieu de ces avis partagés. Vous voyez, je me dis que j'avance sur un chemin que je construis de mes mains, mais malgré tout, si quelque chose doit m'arriver, je ne peux y échapper. De toute façon quand on sait la « chose » qui va nous arriver, quand on tente de la fuir, de la tromper, elle nous retombe toujours dessus. Je ne suis pas résigné, j'ai juste compris le truc. Alors, j'ai le droit de me dire : à quoi bon ?
Néanmoins cette réflexion passe, on finit par s'endormir, et le lendemain, on ne se souvient plus de rien. La vie est une succession d'impression dit-on ? Pour une fois, celle-là ne me passe pas. Je ne sais pas quoi en penser. Est-ce bien de garder cette idée en tête ? Et si je l'exposais ? Qu'elles en seraient les réactions ? Il ne faut pas que cela se sache, il faut simplement continuer d'être le petit humain parfaitement conditionné de la société. Levons-nous, partons vaquer à nos occupations, rentrons chez nous, dormons, évitons l'inconscient, relevons-nous, suivons cette boucle sans fin. Les habitudes. La plus fatale des choses. Croyez-moi, vous n'en ressortirez pas vivant. Une fois qu'elles vous agrippent, elles ne nous lâcherons plus. Et même quand vous devrez les changer, les modifier, elles auront eu un tel effet sur vous que vous en serez tout chamboulé.
C'est alors qu'on se demande : comment peut-on passer cette étape ? Mais voyons, pauvre fou ! Si vous espérez encore vous échapper c'est bien que vous êtes déjà mort. Oh non. Je m'égare. Déjà mort ? Je vais un peu trop vite. Disons que vous avez un pied dans le vide et l'autre qui s'amuse à sautiller près du bord. Je ne ris pas : l'espoir c'est bien la pire arme de la société. Elle va vous en donner, donner de quoi vivre, à peine, mais assez pour ne pas se révolter, et vous, vous êtes là, à sourire bêtement. Personne ne s'en rend compte ou personne ne veut s'en rendre compte ? Quand vous avez l'espoir, vous vivez, mais vous êtes dépendant. Il ne reste plus qu'à vous retirer la source qui vous maintient en vie pour vous annihiler. Hé, n'est-ce pas une mort idiote pour le soi-disant plus grand prédateur de la Planète ?
Vous pensez que vous êtes fort ? Au-dessus de toutes les lois, à part celles que vous imposez aux autres ? Je crois que je vais me répéter quand vous je dis : pauvre fou. Oh, mais je vous vois déjà venir : qu'est-ce qui est plus fort que vous alors ? Mais tout. Tout peut vous écraser, votre misérable vie ne tient qu'à un petit fil. Ce fil, je me ferai une joie de le couper. Malheureusement, moi qui ose profaner tout cela, je suis aussi pendu par ce même fil. Il est bien enroulé autour de mon cou. Et la boucle est bouclée. Retour à la case départ, aux habitudes. Comportons-nous normalement, sinon, on va nous couper les vivres.
Qui osera, un jour, se révolter ? Peut-être toi ? Peut-être moi ? Je ne pousse pas à l'anarchie, à la révolte. Qui lira ces mots de toute façon ? Même si nous ne pouvons rien faire, même si nos actions sont inutiles, je vante une qualité à l'Humain : l'adaptation. Malgré cette répression semi-silencieuse, il y aura cette expression, cet air de dire, cette petite chose qui nous permettra de nous exprimer. On ne peut réduire un cerveau au silence si ce n'est en l'éclatant, n'est-ce pas ? »
C'est sur ces mots que le jeune homme venait de refermer son cahier. Après ces idées pour le moins non conventionnelles, non dans la norme, il va devoir retourner à ses chères occupations. L'organisation de sa grande armée. Non, il ne poussait personne à la révolte, c'était même l'inverse. Il comptait simplement « éclater quelques cerveaux ». Comment ça ? Malgré ce que vous aviez pu lire, la situation était plus compliquée que cela. Le voilà, un haut placé de cette même société qu'il a insulté à l'instant même. Le voilà, le tout puissant. Le voilà, prêt à régner, à dicter les lois que tous suivrons. Le voilà, lui, le noyau même de la pourriture. Il insulte sa propre création. S'il doit dicter un des défauts du genre humain, ce sera la lassitude. Ainsi, lui-même en est la personnification. Il s'est détaché de la société qu'il a bâtie, il veut maintenant la démolir.
Le roi n'est en fait qu'un vulgaire joker qui va s'engager dans une bataille. L'enfant a fini de jouer, maintenant, il veut détruire et tout recommencer. Il ne le sait pas encore, mais le chemin qu'il construit le mènera à une guerre aussi bien psychologique que physique. Jouer dans deux camps n'est pas une mince affaire. Continuer à faire vivre sa société tout en élevant les voix contre celle-ci. N'est-il pas malin ? Certains diront que ce n'est qu'un enfant.
