Elsa

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Elsa était fatiguée ce jour là. Elsa ? C'est une merveilleuse femme.  Elle travaille à l'usine, elle n'aime pas son travail, mais elle doit se nourrir, elle doit survivre. Son travail la maintient en vie, mais ce qui fait réellement battre le cœur d'Elsa, c'est l'Art, tous les arts, l'art engagé particulièrement. Du cinéma à l'architecture, de la décoration à la lecture, Elsa aimait son monde, son monde à elle, celui qu'elle créait. Elle n'aimait pas son environnement, le monde dans lequel elle vivait mais elle aimait son monde, le sien. Un monde gorgé de couleurs, d'odeurs, de personnes qu'elle avait imaginé, pendant qu'elle écoutait sa musique, la musique qui lui correspond, qui fait battre son cœur, qui la fait vibrer.

Dans la vie réelle, Elsa a 21 ans et elle ne comprend toujours pas le monde dans lequel elle vit. Dans lequel elle est venue au monde. Malgré son besoin d'argent, elle ne comprends pas celui-ci et son système. Pour elle, on ne paye pas avec de l'argent mais avec un temps de vie, on paye avec sa santé, avec ses sacrifices. Elle ne comprend pas pourquoi les personnes qui ont davantage de bout de papier qu'elle, ont plus de puissance et exploitent ses employés juste pour obtenir une idée, une idée de supériorité. Qui aurait cru un jour, que dans le futur, on aurait un échanger un bout de papier représentant un sacrifice, de la sueur et un temps que l'on aurait pu passer avec sa famille, son amant, ses amis, ses loisirs.

Pour elle la vie ne se compte pas, elle se vit, tout simplement.

« Pourquoi se battre pour ces conforts de plus en plus inutile ? Pourquoi une telle compétition ? » dit-elle lorsque l'on parlait du capitalisme dans des repas ou des lieux de débats, pour elle, cela n'a pas de sens.

Ce soir là, elle rentrait du travail, elle était fatiguée. Ce jour là, on était jeudi, jeudi c'était une longue journée pour Elsa. Elle avait retrouvé, le matin, en émergeant doucement de son court sommeil, des tas de granulés au sol, avec au milieu, son chat, rendu volontairement malade par ses ridicules voisins qui lui avaient donné des granulés toxiques car ils en avait marre qu'il rentre dans leur si précieux jardin qui leur avait coûté si cher, ils avaient alors voulu le tuer, juste pour leur confort.Elle l'avait donc amené chez le vétérinaire, il ne pouvait plus marcher, il était dépourvu de force. Le vétérinaire l'a pris en urgence et a décidé de le garder pour la nuit.Le soir même, suite à cette longue journée, elle voulait se reposer, elle voulait se changer les idées, elle s'était alors rendue dans un café théâtre, seule, dans ses pensées.Elle ne savait pas que ce soir, dans ce même salon, il y avait un concert de jazz, Elsa adorait le jazz. Tous les soirs après le travail, Elsa faisait marcher le tourne-disque dont prenait tant soin son père avant de partir rejoindre les étoiles. Il était posé à côté d'une caisse en bois, qu'elle avait récupéré dans le grenier de sa grand-mère. Dans cette caisse en bois étaient posés ses vinyles.Le piano, la contrebasse et les voix des chanteurs faisaient vibrer les murs de son petit studio où elle passait son temps libre à lire, à écrire, à créer ou à décorer.Dans ce café théâtre, sur la scène, une jeune femme, belle à tomber se révélait sur scène. Le corps de cette femme avait une forme harmonieuse, ses courbes harmonieuses ressemblaient à celle d'un instrument... d'un violoncelle.A côté d'elle, se tenait un homme au regard mystérieux, un verre de vin à la main, il semblait porté par la voix de la chanteuse, par les multiples instruments qui l'accompagnait ce soir là.Il observait Elsa, il ne la lâchait pas des yeux, il semblait absorbé par sa beauté, par son charme si naturel.Il portait un costume, un costume noir, en queue de pie, avec un nœud papillon rouge.Il regardait avec insistance Elsa, il avait un regard mystérieux qui bouleversait. Elsa l'avait remarqué, mais elle se concentrait sur cette belle femme, à la voix d'Ange, au courbes harmonieuses et au visage de porcelaine. 

Elsa voulait prendre l'air, observer les étoiles et se laisser porter par ses songes qui l'amenaient dans son monde.  Celui qu'elle cultivait, celui qu'elle rendait de plus en plus beau. Elle s'était donc assise, sur une chaise laissée à l'abandon sur la terrasse de ce café où cette magnifique jeune femme jouait, chantait et transportait les âmes. Elle pensait à sa journée, à ses voisins, à cette jeune femme, à cet homme qui l'observait avec autant d'insistance qu'un enfant devant un spectacle de marionnette. Quelques minutes après, Elsa vit à travers la porte en verre, une silhouette se dessiner et s'approcher. C'était la femme, la si belle femme aux magnifiques courbes et à la belle robe qu'Elsa avait tant admiré. Son cœur battait la chamade, elle ne s'y attendait pas. Elle se releva, elle s'en voulait de ne pas s'être plus apprêtée, ne pas avoir mieux soigné ses cheveux bouclés.  Elle ne savait plus où regarder, quoi dire, comment agir. Malgré tous ses efforts, le regard de la jeune femme croisa le sien, Elsa était d'autant plus bouleversée. La femme s'est mise à sourire, elle la regardait avec insistance. Quelques minutes après, la jeune femme partie, accompagnée d'une musicienne.  Elsa restait là,  clouée au sol. Il lui fallu  quelque temps pour se remettre de cet épisode. Cette femme l'avait bouleversé, elle voulait la retrouver, elle voulait lui parler, la regarder encore quelque temps. Elle se mit à courir vers la porte pour partir à sa recherche, et c'est alors qu'elle croisa cet homme. 

Cet homme était déroutant, son regard en disait long sur son vécu. Il avait un regard désespéré, un regard égaré. Il regardait souvent au ciel, comme si il demandait à l'univers de l'aider, de le sauver, de le sortir de cette prison intérieure. Pour Elsa, cet homme était malheureux. Elle en était certaine, elle l'avait vu. Elle avait l'impression de le connaître. Elle avait l'impression de comprendre ses pensées, ses désirs en un seul regard. Ils n'avaient pas besoin de se parler, ils n'avaient pas besoin de mettre des mots sur ce qu'ils pensaient, ils se comprenaient tout deux comme des frères et sœurs, des meilleurs amis, des âmes sœurs. Cette seconde rencontre l'avait surprise. Mais il fallait à tout pris qu'elle retrouve cette femme, qu'elle lui parle, qu'elle plonge son regard dans le sien, dans ses yeux verts émeraude. Malgré les musiciens, les danseurs, la belle robe, les paillettes, toute la superficialité qui ornait cette femme, Elsa avait trouvé en elle un charme naturel, une beauté atypique  dont elle ne connaissait même pas le nom.  


ElsaWhere stories live. Discover now