Joaquin a quitté Riverdale et laissé bien des choses derrière lui qu'il n'était pas décidé à quitter. Kevin, FP, les Serpents, son ancienne vie... Le jeune Serpent est seul avec ses pensées et ses souvenirs. San Junipero l'aidera-t-il à y voir plus...
Note de l'auteure : Comme je n'étais pas très heureuse avec la fin que nous ont offert les producteurs de Riverdale, j'ai décidé d'écrire une suite à ma manière. Après tout vous allez me dire, c'est comme ça que marchent les fanfictions, right ?
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Cela doit faire des heures qu'il est allongé là, ce jeune homme à la veste en cuir et au regard perçant. L'une de ses bottes touche le sol, l'autre est posée sur son siège, sans la moindre gêne. Sale voyou. Il n'a pas dit un mot depuis le début du voyage, comme la plupart des passagers qui viennent ici. Mais au lieu de se montrer discret et réservé, il garde la tête haute et espionne depuis son poste. Pour qui ? Pour quoi faire ? Voilà bien des questions sans réponses. Il se croit sûrement furtif, mais il est tout le contraire. Même un putain d'aveugle aurait pu remarquer qu'il n'a pas ses yeux dans sa poche.
Le bus est vide, mais cela n'a pas trop l'air de le déranger. Il campe sur ses positions, s'allonge deux-trois instants, réfléchit, puis me regarde et je fais de même par-dessus mon épaule. Ce type ne m'inspire pas confiance, mais il n'a pas l'air d'être vraiment dangereux non plus, comme le genre de déglingués qu'il m'arrive de transporter. J'en arrive presque à éprouver une sorte de compassion spontanée pour cet inconnu. Ça doit être dur d'avoir le cul entre deux chaises... Mais mon esprit n'a pas le droit de cogiter plus longtemps et toute ma concentration est refocalisée sur la route et le volant.
Joaquin est allongé contre le dossier de son siège et se laisse bercer par le ronflement incessant du moteur. Son corps est au repos et sa poitrine se soulève à intervalle régulier. Même son visage arbore un air plutôt calme, si ce n'étaient ses yeux qui le trahissaient. Avez-vous déjà eu l'occasion de voir un serpent ? On pourrait en faire ici la même description : la même apparence nonchalante, mais au fond, un état d'alerte permanent. Ses yeux bleu électrique sont à la recherche de quelque chose qu'il pourrait scruter, examiner sous toutes ses coutures comme il le fait toujours, mais il n'y a rien qui ne réussisse vraiment à capter son attention, que ce soit un détail intéressant comme les nuages gris à l'horizon, utile comme la tête du chauffeur, ou encore primordial comme ce briquet qui est brinquebalé dans une rigole, sur le tableau de bord. Non vraiment, il n'y a rien. Après tout, ce n'est qu'un bus... Pourquoi ressent-il toujours le besoin de vérifier qu'il est en sécurité ?
Le paysage défile à travers la fenêtre, identique et terne. Sous le coup de l'accélération, les arbres et la route poussiéreuse se changent en une bande verte et grisâtre qui n'en finit pas. Le bus tressaute une fois, puis deux, puis quinze lorsque ses roues buttent contre les graviers du sentier battu. Ici, il n'y a pas homme qui vive ; ce chemin est comme un passage vers une nouvelle étape de la vie. Tout le monde l'emprunte, mais personne ne s'y arrête.