Désorientée, une jeune femme courrait à travers les bois qui bordaient sa maison. La forêt était dense, la lune à son apogée et pourtant, la pâle lumière de cet astre ne lui était d'aucune utilité. C'était à peine si elle pouvait voir là où elle mettait les pieds. Elle avançait dans une obscurité presque totale, sans relâcher sa cadence soutenue. Brusquement, elle sentit quelque chose lui agripper l'épaule avec force, lacérant sa chair. La douleur sourde qui l'envahit la fit lâcher un hurlement de terreur. Projetant sa tête en arrière afin de heurter cette chose qui la poursuivait, elle s'extirpa de sa prise et reprit sa course, secouée de soubresauts. Son épaule la lançait et elle ne pouvait pas s'empêcher de gémir, sachant sa fin proche. Elle trébuchait, tombait et se rattrapait à des arbres sans prendre un instant en compte qu'au fur et à mesure, la bête se rapprochait, insatiable. Au loin, elle entendait des voix hurler son prénom comme si elle était leur unique chance de survie. Elle ne se retourna pas. Brusquement, elle se prit les pieds dans la racine d'un arbre et tomba en avant, son corps roulant indéfiniment contre la terre. Sa tête vint violemment percuter un tronc d'arbre, la sonnant. Elle ne sentait plus cette douleur incisive qui la faisait crier. Elle ne savait plus pourquoi elle se trouvait là, dans cette forêt si familière. Ses paupières se mirent à cligner de plus en plus lentement et elle put voir deux yeux dorés s'approcher d'elle dans l'obscurité, laissant l'impression d'un souffle tiède contre sa peau. Elle savait qu'elle pouvait enfin fermer les yeux. C'est ce qu'elle fit.
Brusquement, elle se réveilla en sursaut dans sa chambre dénuée de vie, peinant à respirer. Ses yeux parcoururent les murs, le sol, le plafond ; absolument tous les endroits qu'elle pouvait voir. Tout semblait normal, pas de bête qui voulait lui faire la peau. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux, tentant de retrouver un souffle correct. Elle avait déjà fait de nombreux cauchemars : on ne pouvait pas avoir vécu la vie qu'elle avait vécu sans avoir des retours de bâton plus ou moins violents. Mais jamais elle n'avait eu de rêve aussi réaliste, aussi tangible. Elle était couverte de sueur, tremblante et encore sous le choc. Soudain, elle lança sa couverture au sol en quête d'un peu de fraîcheur, d'air ; mais le regretta aussitôt, sentant des milliers de piqûres dans son épaule. C'était à ce même endroit qu'elle avait été griffée dans ce rêve. D'un pas hasardeux, elle se dirigea vers sa salle de bain personnelle, étant une jeune femme de dix-neuf ans qui avait besoin de plus d'espace qu'un couple ou qu'un garçon de sept ans à peine. Elle poussa la porte et alluma la lumière, le regrettant presque aussitôt, plaquant une main contre ses yeux. La lumière semblait insoutenable, inondant violemment la pièce. Elle avait déjà ressenti cet effet, évidemment, après une longue soirée comportant de nombreuses choses illicites.
Elle s'approcha prudemment du lavabo, prenant soin de ne pas trébucher sur les affaires sales qui traînaient à terre, alluma le robinet et plongea instantanément sa tête en dessous. L'eau glacée ruisselait sur ses cheveux et tombait en petites gouttelettes dans le vasque en céramique. Enfin, ce devait être de la céramique, pour ce qu'elle en savait. Elle attrapa une serviette posée sur le petit meuble couvert d'une couche importante d'autres serviettes et habits en tout genre, et frotta ses cheveux. Lorsqu'elle releva la tête, elle vit son reflet maladif : deux yeux rouges entourant des prunelles vertes ternes, des joues vermeilles et un teint de cadavre. En réalité, cette Joyce qui lui faisait face ressemblait plutôt à la Joyce qu'elle connaissait. Celle qui aimait les longues soirées avec des amis qu'elle venait de se faire et qui préférait largement la présence de ceux-ci que celle de ses parents. La Joyce qui avait quitté la maison, deux ans plus tôt, avec cinquante dollars en poche. Son reflet lui renvoya une expression sarcastique, sachant que cette Joyce avait fait des choses inavouables.
Elle se redressa rapidement et son épaule la lança une nouvelle fois, une douleur sourde qui faisait siffler ses oreilles. Ce n'était pas possible qu'elle se soit cognée en pleine nuit, elle dormait comme un cadavre dans son cercueil : droite et sans bouger. Doucement, elle releva son débardeur et ce qu'elle vit la laissa bouche bée. Un tatouage prenait place sur tout son omoplate, des traces de griffes qui la ramenaient, une nouvelle fois, à ce mauvais rêve délirant. Qu'avait-elle fait la veille ? Est-ce qu'elle était sortie, s'était faite tatouée, et était revenue sans en avoir aucun souvenir ? Comment est-ce que quelque chose comme ça pouvait arriver ? Les questions et les doutes se mirent à l'assaillir et elle décida de se diriger vers la chambre de ses parents, située un peu plus loin dans le sombre couloir de sa maison victorienne. Peut-être qu'eux savaient pourquoi elle se réveillait avec ce genre de connerie tatouée sur elle. Elle prévoyait déjà leur première réaction : "tu es sortie sans nous prévenir et tu t'es faite tatouée alors que tu étais sous l'emprise de la drogue !" Sauf que ce n'était pas ce qu'il s'était passé, enfin elle ne le pensait pas.
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A Lonely Witch
FanfictionDans une petite ville sans problèmes est commis un crible abominable, une tuerie sanglante qui ne laissa qu'une jeune femme vivante. Joyce est alors âgée de 19 ans et elle devra faire face à de nombreux questionnements et craintes. Et si, aussi fou...
