My R

34 3 3
                                        


"J'étouffe"

C'est la seule pensée qui se répète sans cesse dans mon esprit pendant que je monte les escaliers. À chaque pas qui me rapproche de la lumière, mon esprit s'engourdit. J'atteins la porte en suffocant. Je lui donne un grand coup de pied pour la faire valser. J'y suis arrivée, me voilà enfin sur le toit. L'air tiède de cette fin de journée d'été m'accueille. Cette journée avait été un enfer. Non. Ma vie entière était un enfer. Le regard plongé dans mes sombres pensées, je me dirige vers la balustrade tout en retirant mes chaussures.

Quand je lève les yeux, je remarque une fille se tenant de l'autre côté. Elle semble prête à sauter, son regard est fixé sur le sol et ses deux tresses volent au vent. Une vague de colère me submerge et je me mets à lui crier :

"Hé... Ne fais pas ça..."

Je ne sais pas ce qui m'a pris. La vie de cette fille ne m'importe pourtant pas. Je suis juste contrariée qu'elle soit arrivée plus tôt que moi. En pleurant la fille me raconte son histoire : le garçon qu'elle a toujours aimé ne l'a pas une seule fois regardée regardé.

"Je pensais qu'il était fait pour moi. Je voulais qu'on m'aime, juste pour une fois"

Je n'y crois pas. Vouloir se suicider pour une peine de cœur ? Es-tu contrariée car tu n'as pas ce que tu voulais ? Mais en réalité tu n'as jamais rien perdu !

"Merci, ça me fait du bien de t'en parler". Dit la fille aux tresses, avant qu'elle ne disparaisse.

***

Aujourd'hui aussi je suis sur le toit et découvre qu'une petite fille s'y trouve avant moi. À peine déchaussée, sans y penser, j'ai encore crié. Elle me raconta ses soucis :

"Tout le monde m'insulte, je suis ignorée. Je ne sais pas quoi faire pour être aimée"

Je ne comprends pas. Elle a peut-être perdue sa place mais elle est aimée par tout le monde dans son foyer ! Un repas chaud l'attend même en ce moment.

"J'ai assez faim, je dois l'admettre." Dit la fillette avant de disparaître.

***

Au fil du temps j'ai écouté un nombre incalculable de personnes. Elles en ont abandonné leur envie de sauter. Je devrais m'en réjouir alors pourquoi ma gorge est-elle toujours aussi serrée ? Aucune présence n'est à mes côtés pour écouter ce que j'ai sur le cœur ni même partager ma douleur.

***

Sans m'y attendre j'ai rencontré pour la première fois une fille aux mêmes problèmes que moi. Elle porte un cardigan jaune. Tout en ayant les pieds au bord du vide, elle lève les yeux et me dit :

"Je voudrais arrêter les blessures et les violents coups que j'endure chaque fois que je rentre chez moi"

 Raconta la fille en jaune. Soudain, j'ai crié des mots dans les quels je ne me reconnaissais pas : 

"Hé! Ne fais pas ça!"

Que faire ? Mes mots ne l'atteignent pas, alors que pour une fois je les pense vraiment. Tant pis. Disparais. Je ne peux pas supporter de regarder ton expression douloureuse.

"Aujourd'hui n'est sûrement pas mon jour" dit-elle en disparaissant.

***

Aujourd'hui je suis enfin seule sur le toit.

"Tout se joue entre moi et moi, il n'y a personne pour m'arrêter, personne qui voudrait me stopper"

Fis-je en souriant tout en défaisant mes tresses. La fillette que je suis élève son cardigan dans l'espoir de pouvoir mieux respirer.

My RWhere stories live. Discover now