Prologue

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Je me souviens de ce jour, je me souviens qu'il faisait beau, chaud. Pas une chaleur qui vous étouffe, qui vous cuit ou qui vous écrase, non, une chaleur douce, flottante et apaisante. C'était assez rare une journée comme ça à Phoenix, surtout en plein été. Ce jour là les Becker avaient sorti leur barbecue et leur petite fille Rose s'amusait à courir tout autour en faisant virevolter ses longs cheveux blonds. J'avais l'habitude d'aller chez les Becker depuis que j'étais toute petite, c'était une des rares familles qui habitait dans mon quartier et qui n' était ni snob ni hypocrite. Monsieur Becker avait l'habitude de me parler pendant des heures des étoiles et de leur signification, il s'occupait de moi comme si j'étais sa fille et je l'écoutais avec admiration comme s'il était mon père. Et j'aurai aimé qu'il le soit. Madame Becker quand a elle, passait tout son temps à cuisiner des douceurs aussi mielleuses qu'elle. J'ai jouis pendant un long moment de ma place de fille de « substitution » car jusqu'à mes quatorze ans, ils tentaient mais échouaient à avoir des enfants. Puis Rose est arrivée, toute jolie, toute neuve, toute vraie. J'ai été jalouse pendant un long moment de la place qu'elle avait pour eux et de celle que j'avais perdu par la même occasion. Puis ils ont commencé à me demander de garder Rose et toute la haine que je ressentais à son égard s'est envolée. J'ai découvert en elle la petite sœur, que moi fille unique, n'ai jamais eu. J'ai vu ses cheveux blonds s'allonger, son sourire trouver des dents puis les perdre, j'ai vu ses yeux bleus briller un peu plus chaque jour comme un saphir éclatant, je l'ai vu grandir jusqu'à ses quatre ans, jusqu'à ce fameux 7 juillet. Ce même jour, le vendeur de hot dog que je croisais chaque matin en allant au parc n'était pas là. Les fenêtres des Malcolm étaient fermées alors qu'ils aimaient tant le moindre bout de rayon de soleil jusqu'à présent. J'accélérais le pas en passant devant la maison des Murey pour ne pas à avoir une discussion de deux heures avec Madame Murey sur le prix des oignons, non pas que je ne l'aimais pas, mais je n'avais pas le temps pour ça. En tournant au coin de la rue je vis que la maison qu'avaient habité nos mystérieux voisins était toujours en vente. Je me souviens encore du jour où ils sont arrivés, ils se sont installés en à peine quelque heures et rien ne présageait leur arrivée, ça a été le principal sujet de conversation dans le quartier pendant un long moment. Personne ne les voyait, personne ne savait qui ils étaient, d'où ils venaient ou encore pourquoi ils étaient venus à Phoenix. Une fois une seule, j'ai aperçu à une des fenêtres de l'étage quelqu'un, qui je présume était leur fils. Il était blond c'est tout ce que j'ai pu voir. En continuant sur ma route je croisais Joey, le facteur, tout sourire, sourire qui s'effaça lorsque le chien des Collins lui courra après afin de gentillement lui croquer les fesses. Les Collins, ahhh les Collins, une famille tellement pourrie que même leur chien était un calvaire. D'abord le père Collins, il avait une masse abdominale plus proéminente que la moyenne autorisée dans le milieu des « aristocrates ». Cependant il cherchait désespérément un moyen de cacher le résultat de ses excès d'alcool. On pouvait pas en vouloir à Monsieur Collins de boire quand on voyait qui était sa femme. Thérésa Collins était le cliché exact de la femme de maison, frustrée, qui essaye de toujours tout contrôler même si elle doit en écraser son mari. Elle faisait tout pour détruire toute trace de virilité en lui à un état de poussière, même état qu'était le dessus de ses cheveux qu'il tentait, sans réussite, de camoufler par une moumoute. Les Collins étaient riches, à tel point que leur fille Madison était gâtée jusqu'à la moelle. Madison, grande, blonde, avec des interminables jambes, bref le portrait craché de sa mère. Avec de la peinture en guise de maquillage. Je marche, je marche et je vois le vieux chêne dans lequel je jouais, avec Émilie mon amie d'enfance. On courait autour comme si c'était notre dieu, on le câlinait comme un ours en peluche et on en gagnait des fourmis dans les cheveux ! Je me souviens m'être ouvert le genoux et avoir eu dix points de sutures en guise de récompense pour être montée sur ce fameux arbre. Et Émilie elle, en garde une belle cicatrice sur l'index comme preuve que l'on ne peut pas clouer une planche quand on a que sept ans, et ça même si c'est pour construire la plus belle des cabanes de la terre. On se croyait dans Térabithia, on avait notre monde. Un monde peuplé de zerfs (cerfs rayés ) et de lapilllons (lapins avec des ailes de papillons, si si ça existait),... Je crois que c'est là que j'ai découvert que j'étais homosexuelle. Nan je déconne c'est pas du tout ce genre d'histoire. Ce jour là... (et ouais je vais continuer pendant un moment, de décrire comment était cette journée sans te dire le réel moment important de celle-ci, alors si ça te saoule passe le prologue et voilà)... j'ai même revu Émilie par la fenêtre de sa cuisine, nos regards se sont croisés et pendant un bref instant j'ai oublié que ça faisait 10 ans qu'on ne s 'était pas parlé. Et puis elle a détourné le regard, elle l'a détourné comme tout le monde le fait avec moi. Parce que je suis la fille passe partout. La fille populaire sans vraiment l'être. L'amie de tout le monde mais l'amie de personne. Je sais pas si tu captes le truc mais tu vois cette fille que tu trouve sympa, à qui tu parle pas beaucoup, qui est à toutes les fêtes et se retrouvent sur toutes les photos alors qu'on se rappelle même pas qu'elle était là ? Tu vois cette fille qui lève toujours la main sans qu'on l'interroge ? Cette fille qui dit oui quand tu lui propose un rail de coke parce quelle veut que tu la remarque ? Cette fille qui paraît fêtarde mais bosse comme une folle ? Cette fille atypique et insipide qu'on a tous dans notre bande d'amis ? Cette fille, c'est moi. Et aujourd'hui, le jour où j'ai décidé de mourir.

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