La lune est une pièce en argent qui lui brûle les yeux. Les collines ocres moutonnent de petits buissons aux herbes sèches.
A travers la vitre crasseuse, elle voit le ciel, cet immense toile de fond des westerns. Une main experte l'a barbouillé de bleu marine, l'a teinté de rose avant d'y jeter quelques nuages.
Elle meurt de chaud. L'air est brûlant, dehors, il engloutit toute la vie dans sa moiteur. Mais à l'intérieur de la voiture, c'est encore pire. Elle a l'impression que des filaments visqueux de chaleur s'enroulent autour de ses cuisses, de sa poitrine, de ses mains cramponnées au volant.
Une minuscule poupée de chiffon rebondit sur le cadre poussiéreux. Ses yeux de billes noires accrochent la longue route qui serpente indéfiniment devant elle.
Notre héroïne - celle qui n'est pas encore une poupée de chiffon - tressaute au rythme du balancement des pneus sur la terre meuble.
Elle se croit seule, alors elle s'autorise à s'avachir sur son dossier. Sa mère lui crierait sans doute de se redresser, si elle était là. De choisir des vêtements qui ne baignent pas autour de son corps trempé de sueur. De se payer des chaussures plus adaptées que ces baskets misérables qui lui enserrent les pieds. Elle cherche à se déchausser, en donnant des petits coups secs, mais elle n'y arrive pas.
Mais sa mère n'est pas là. Sur ce point là, elle a raison.
Par contre, elle n'est pas seule. Bien sûr que non.
Nous sommes là.
Depuis sa petite boîte en métal surchauffée, elle peut voir les ombres se creuser, se remplir : elle les voit se réveiller. Les falaises se découpent brusquement sur le ciel, acérées : quelqu'un les a polie en secret jusqu'à ce qu'elles soient des couteaux.
Les cheveux de la femme s'engluent dans son cou. Nous sentons à plein nez le délicat onguent de sa sueur : c'est l'onguent de la peur. La poupée rebondit violemment contre le pare-brise, elle cherche à s'échapper. Mais ce n'est pas elle qui choisie.
La poitrine de la femme se soulève par à coups. L'air moite se fracasse sur les parois de sa gorge, plonge dans ses poumons et actionne brutalement la mécanique qui la fait vivre. Ses lèvres se creusent, se fissurent, de vraies canyons en miniature.
La terreur est là, sur elle.
Ce n'est déjà pas une bonne idée quand on est seule sur une route en plein milieu de la nuit.
Mais il y a pire.
Nous sommes là.
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NOUVELLES
Short StoryIl y a une femme poursuivie par des ombres dans une vallée brûlée par la lune. Il y a un mot qui rebondit sur les parois d'une salle de bain. Il y a de la neige, de lave, et un corps dans l'eau glacée. Il y a des tas d'autres choses.
