~ Prologue ~

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On est quatre. C'est à dire trop. Les parents le savaient, mais ils avaient essayés de ne pas y penser durant toutes ces années.

Dans la Patrie, comme on appelle notre monde, les familles sont divisées. Si les enfants sont trop nombreux, ils sont envoyés dans les camps de fabrication. Seulement les familles réduites de un ou deux enfants peuvent espérer accéder à l'Université.

Le reste de la population, donc la grande majorité, devient des citadins, comme les parents.

Moi, c'est Lejla. C'est ma quinzième année dans le monde, et dans deux années je quitterais ma famille pour les camps ou, si j'ai de la chance, je resterais citadine.

Pour l'instant, je suis la scolarité. Je vais dans le hall, la grande pièce où chaque jour les cent vingts élèves de la quinzième année de ma région se réunissent et travaillent sous les ordres du professeur et des gardes.

Je me lève ce matin, il est tôt, comme chaque matin où je travaille. Il est six heures du matin quand je part en câble-air, les cabines suspendues aux fils qui vont à plus de 300km/h. J'arrive vite, même si le hall n'est pas prêt de chez moi. Le voyage aura duré un quart d'heure, j'en ai profité pour relire mes règles du Régime, car je n'ai pas envie de me faire attraper par un garde. J'ai intérêt à les connaître sur le bout des doigts si je ne veux pas être punie. Ça m'est déjà arrivé une fois, j'ai du aller dans un camp de fabrication pendant deux jours, alors que j'avais à peine commencé ma treizième année, j'étais trop naïve. Mais rien que deux jours là bas, je vous assure que ça vous évite les écarts, et surtout l'envie d'y aller.

Pourtant, comme nous sommes quatre, il y en a bien parmi moi et mes frères qui devra y aller. C'est tellement injuste ! Pourquoi ? Je refuse de voir un de mes frères y aller, mais serais je capable, moi, d'y aller à leur place ?

Enfin, il faut que je me re-concentre, je suis arrivée dans le Hall et je ne dois pas faire de bruit. La pause viendra dans cinq heures, et en attendant, il me reste juste à me taire et à écouter.

Comme d'habitude, on nous apprend l'importance d'écouter le Régime, donc les chefs de la Patrie.

On nous apprend les règles, comme tous les jours ; les sanctions (encore le camp de fabrication) ; la culture, qui est le moment que je préfère : on nous parle des villes de la Patrie ; de la nourriture et combien elle est précieuse ; des maths et un peu des étoiles.

Je sais bien que l'on nous cache des choses, on ne nous parle pas de tout, on ne nous laisse pas tout dire. Mais c'est comme ça depuis toujours, où du moins depuis que Calixte est le chef du Régime.

Maman le dit parfois, quand personne ne nous entend : avant, c'était mieux.

Celle en tropWhere stories live. Discover now